Assurance vie, le marché joue le jeu

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À fin janvier, une petite trentaine d’assureurs vie ont communiqué leur politique de rémunération des contrats d’assurance vie. Et les rendements sont tous en baisse, en moyenne de 0,54 point selon le tableau des rendements 2016 de L’Argus. De quoi satisfaire le régulateur.

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Martin Poole/Getty Images/Istock

Les rendements 2016 des fonds en euros font, cette année encore davantage, l’objet de toutes les attentions. Et, « le constat est paradoxal », relève François Beugin, associé au sein de l’activité actuarielle du cabinet de conseil PwC. « Les taux de rendement bruts baissent, d’environ 50 à 70 points de base, en raison du contexte de taux bas et des contraintes de réinvestissement des obligations arrivant à échéance. Mais les taux nets peuvent être considérés comme en hausse par rapport à l’inflation (encore) très faible (NDLR : 0,6 % en 2016 selon l’Insee). » Bien que ces taux restent encore pour certains, attractifs, en tout cas supérieurs à la moyenne attendue de 1,95 %, le marché semble avoir joué le jeu de la baisse, avec en tête, pour l’heure, parmi les plus représentatifs, les contrats MIF et Monceau, respectivement en recul de 0,70 et 0,77 point de base. Sogécap, pour le contrat Séquoïa, SMA Vie et Mutavie ont également pratiqué de fortes baisses comprises entre 0,68 et 0,60 point de base. Parmi les acteurs à s’être déclarés jusqu’à présents, ils sont près de la moitié à avoir baissé leur rendement de 0,50 point ou plus.

La prudence est de mise

De quoi rassurer l’ACPR (lire interview) ainsi que le Haut conseil de stabilité financière qui, tout au long de l’année, a répété les appels à la prudence. Pas plus tard que le 12 décembre dernier, lors de sa dernière réunion pour 2016, l’organisme rappelait « la nécessité de poursuivre la mise en adéquation des rendements de l’ensemble des produits d’épargne avec l’environnement financier actuel, et la prudence qui doit présider à leur détermination pour garantir la solidité des acteurs ». Reste qu’une large moitié a fait le choix d’une baisse inférieure au seuil des 50 centimes. Quelques acteurs ont même continué à maintenir des taux attractifs en ne réduisant que de 0,20 ou 0,25 point leur taux. Pour l’heure, sont encore attendus les rendements des mastodontes de l’assurance vie en France tel CNP assurances qui n’a dévoilé que le taux du contrat CNP One, destiné à sa clientèle haut de gamme (1,70 %, en baisse de 0,5 point) et ceux qui étaient jusque-là distribués par le réseau Caisse d’épargne. Crédit agricole Assurances, 2e acteur français en assurance vie, n’a annoncé que les taux de ses contrats distribués via la plateforme UAF life Patrimoine, dédiée aux CGPI. BNP Paribas Cardif, Allianz, Aviva ou encore Groupama Gan Vie ménagent encore le suspens, mais a priori l’heure n’est définitivement plus à la surenchère. « Nous remarquons cette année qu’il y a beaucoup moins, voire presque pas, d’effet d’annonce en matière de taux de rendement. Le sujet est difficile pour les assureurs », constate François Beugin.

  • 41 % des assureurs ayant annoncé leur taux de rendement, au 24/01/2017, ont pratiqué une baisse de plus de 0,50 point.
  • 0,54 point c’est le niveau moyen de baisse de rendement des fonds en euros en 2016.
    Source L’Argus de l’assurance
  • 2,12 % Le taux de rendement, au 24/01/2017, moyen des fonds en euros en 2016.
    Source L’Argus de l’assurance

L’activité assurance vie a rarement été aussi complexe. Le secteur n’a qu’un mot à la bouche : diversification. Autrement dit faire progresser la collecte sur les unités de compte (UC) qui rapportent davantage et immobilisent moins de fonds propres, et maîtriser – voire limiter – la collecte en euros. Pourtant cette année, les recettes imaginées pour convaincre les épargnants à prendre une plus grande part de risque ne sont pas nombreuses. « Les UC ne décollent pas vraiment. Les recettes de type bonus au rendement n’ont pas vraiment bien fonctionné. Mais cela s’explique en partie parce que les “matelas” des assureurs permettant de booster les rendements ont beaucoup baissé », relève François Beugin. À ce jour, Axa et MMA vie ont reconduit leur politique de bonus, à savoir l’attribution d’un meilleur taux sur les fonds euros pour les assurés investissant en UC. Quelques majorations se pratiquent encore en fonction de l’encours, mais la stratégie semble moyennement payante. Ou plutôt, tardivement payante. « La collecte nette en unités de compte du marché progresse. En 2016, elle s’élève à 14,4 Md€ contre 700 M€ pour l’euro dont la collecte est en très net recul puisqu’elle était de 10,4 Md€ en 2015. On constate un vrai changement de tendance en faveur des unités de compte depuis le mois de septembre 2016 », relève Sandrine Lemery de l’ACPR.

Sandrine Lemery, première secrétaire générale adjointe de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution
« Si nous assistons à une remontée lente des taux, le marché sera assez solide »

  • Quelle analyse faites-vous des premières annonces de taux de rendement des fonds en euros ?
    Nous avions mis en garde les acteurs, de manière individuelle et collective, sur la nécessité de faire preuve de prudence quant aux rémunérations servies aux assurés. Le message semble avoir été entendu puisque la baisse des rendements paraît à ce stade un peu plus forte qu’en 2015. Le marché aurait pu baisser davantage, mais cela va dans le bon sens. Nous cherchions notamment à lutter contre les effets du positionnement relatif à court terme qui empêche certains acteurs de baisser autant que nécessaire. Et on voit que sur ce point, il y a du mieux.
  • Dans le contexte économique actuel, les efforts du marché sont-ils suffisants ?
    Si les taux d’intérêts restent très bas sur le long terme, ça ne sera pas suffisant, mais si nous assistons à une remontée lente, le marché sera assez solide. Les taux de revalorisation ne sont pas le seul moyen de piloter l’activité et nous ne regardons pas uniquement les taux servis mais plutôt les moyens mis en œuvre pour tenir à long terme les promesses contractuelles. Il semble en effet qu’il y ait eu un peu plus de mise en provision cette année que précédemment.

De nouvelles pistes

Pour accélérer le mouvement, certains assureurs explorent d’autres voies, tels les frais sur versement en chargeant davantage les fonds euros. Exemple, les frais sur versement du monosupport de la MACSF passeront de 1 %, à 3 % au 1er juin. Certes, la mutuelle des professionnels de santé avance un argument purement économique. « Le coût en capital de la gestion d’un fonds en euros a augmenté de 30-40 % par rapport à Solvabilité 1. Nous voulons que chaque contrat génère assez de bénéfices pour constituer le capital nécessaire à sa croissance, et ce n’était plus le cas du contrat RES monosupport du fait d’un rendement en baisse de l’actif général », justifie Guillaume Rosenwald, directeur épargne retraite du groupe MCSF . Tout en reconnaissant l’autre intérêt de la manoeuvre. « L’augmentation des frais sur versements est aussi une incitation pour nos sociétaires à transformer leur contrat monosupport vers le multisupport qui conserve des frais sur versement à 1 % », ajoute-t-il. Un argument massue !


Sandrine  Lemery

Sandrine Lemery

Première secrétaire générale adjointe de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR)

Sandrine Lemery est née en 1968. Diplôme d’ingénieur général des Mines. 1990 : diplôme de l’École polytechnique. 1992 : diplôme de l’Institut [...]

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article extrait de l’argus de l’assurance

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