Cat'Nat'-Réassurance : comme d'habitude

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Au 1er avril, ont lieu les renouvellements des traités dans la zone Asie. Les catastrophes naturelles hors normes dans cette région en 2011, qui ont plombé les comptes de plusieurs réassureurs, n'avaient pas été intégrées lors des renouvellements l'an passé. Toutefois, ces sinistres et leur gestion interrogent surtout sur des pratiques de marché inadaptées.

L'accélération de l'enchaînement de phénomènes naturels de grande ampleur ne relève plus de conjectures de scientifiques, c'est désormais une certitude. Pourtant, face à ce nouveau paradigme, qui ne date pas d'hier, il ne semble pas que la réassurance soit disposée à faire évoluer ses pratiques de marché. « La question de fond est : comment les assureurs et réassureurs, qui, trop souvent, regardent dans le rétroviseur pour connaître l'avenir, doivent-ils se repositionner dans ce nouveau contexte ? », observe Erwann Michel-Kerjan, le président du Haut Conseil sur la gestion financière des catastrophes auprès du secrétaire général de l'OCDE.

 

" Il faut radicalement changer les méthodes d'établissement de nos pleins de souscription. "

Jean-Philippe Casanova, ex-directeur général adjoint de la CCR

 

Une prévention hypothétique

Face à la série de catastrophes naturelles que l'Asie a subie en 2011, la plupart des réassureurs se contentent d'annoncer des hausses de taux. Hannover Re (980,7 M€ de pertes en 2011) s'attend à des hausses de 60% en Nouvelle-Zélande et au moins à deux chiffres dans les zones sinistrées du Japon. Même politique chez Munich Re et Swiss Re. Au global, les experts de JP Morgan tablaient sur une hausse moyenne des taux de 3%, et de 12% dans les régions frappées par les catastrophes naturelles.

Les hausses de taux restent donc la seule réponse dont semblent capables les réassureurs. Dans ces régions, la sous-tarification serait patente, avec des niveaux de primes ne tenant pas compte d'une exposition aux risques qui croît régulièrement. Pourtant, là n'est pas le seul problème. Outre la question sur une hypothétique politique de prévention que ces catastrophes naturelles engendrent, elles éclairent aussi des pratiques de souscription problématiques, qui expliquent en partie les pertes affichées par certains réassureurs. Beaucoup de contrats de réassurance ne définissent pas clairement que les événements naturels doivent être indépendants les uns des autres pour qu'un même traité soit actionné plusieurs fois par la cédante. Un « détail » qui, par exemple en cas de tremblement de terre à multiples répliques ou d'une inondation consécutive à un tremblement de terre, peut être capital. En Thaïlande, une même cause (mousson exceptionnelle de sept mois) a constitué, selon les traités, entre deux et quatre événements. Les tarifications des contrats de réassurance cat' ont donc été sous-estimées du fait de la non-prise en compte de la mise en jeu des reconstitutions pour un même événement.

« Il est plus que temps de mettre un terme aux terribles dérives qui peuvent survenir lors de ces méga-événements. Il faut radicalement changer les méthodes d'établissement de nos pleins de souscription cat', actualiser chaque année les expositions avec les modèles cat', tenir compte de l'augmentation des valeurs et des garanties non répercutées dans les primes de base, ou encore suivre de près les pratiques locales d'octroi des garanties, de couvertures, etc. », en conclut Jean-Philippe Casanova, ex-directeur général adjoint de la CCR. Et de souligner l'attitude des « loss adjusters » (experts) lors de ces catastrophes exceptionnelles, qui peut poser problème (rapports succincts, coûts élevés...).

 

Du retard en France

Les pratiques de souscription en risques cat' nat' sont en tout cas appelées à évoluer en France, enfin lorsque le régime catastrophes naturelles de 1982 sera réformé, puisque le texte est à nouveau reporté sine die... Attendue, cette réforme introduirait une dose d'incitation à la prévention via la modulation des primes. Et l'Observatoire national des risques naturels (ONRN), associant CCR et Mission des risques naturels (donc la FFSA et le Gema), dont la mise en place devait être annoncée le 19 janvier, n'est toujours pas créé. La signature doit intervenir dans les prochaines semaines.

ERWANN MICHEL-KERJAN, PRÉSIDENT DU HAUT CONSEIL SUR LA GESTION FINANCIÈRE DES CATASTROPHES AUPRÈS DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE L'OCDE

« Les réassureurs devraient étendre leur vision d'affaires au-delà du cycle annuel »

Avec 370 Md$ de pertes, l'année 2011 a été la plus coûteuse de l'histoire. Une exception ?

Hélas, non. Ces dernières années ont vu une succession de millésimes « historiques ». Nous sommes entrés dans une nouvelle ère de catastrophes. Trois éléments combinés expliquent cela : une concentration croissante des populations dans des zones exposées de la planète, une croissance des valeurs de biens exposés, grâce à une classe moyenne plus large qu'il y a trente ans, alors que sur le front des événements climatiques extrêmes la question d'un changement de climat est importante.

L'écart reste significatif entre coûts économiques engendrés et pertes indemnisées, dans des zones comme l'Asie. La (ré)assurance assume-t-elle son rôle, y compris en termes de prévention ?

Il serait important pour les (ré)assureurs de pouvoir étendre leur vision d'affaires au-delà du cycle annuel et de mieux expliquer leurs méthodes de pricing. Beaucoup d'assurés ne comprennent pas pourquoi les assureurs, a priori experts en calcul de risques, augmentent significativement les primes après une catastrophe. Celle-ci n'était-elle pas incluse dans le prix de la prime qu'ils payaient l'an passé ? Le coût du capital est rarement expliqué aux assurés.

 


 


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