Patrimonia 2015

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Gestion de patrimoine : robo-advisors, la menace fantôme ?

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Patrimonia 2015 a ouvert ses portes, ce jeudi 2015. L'Argus du 25 septembre met les CGPI à l'honneur et fait le point sur un nouvel outil qui pourrait menacer la profession : les conseillers-robots, qui connaissent déjà un certain succès aux Etats-Unis.

 

Aux Etats-Unis, les conseillers-robots représentent 135 Md$ d'encours sous gestion en 2015.
Aux Etats-Unis, les conseillers-robots représentent 135 Md$ d'encours sous gestion en 2015.
Corbis

 

Les conseillers robots marchent sur les plates-bandes de la gestion de patrimoine, en la démocratisant. Mais plus qu’une menace, ils pourraient à l’avenir jouer main dans la main avec les GCPI.

Cet été, un abonné au site Fundshop possédant des unités de compte investies sur le marché chinois aurait pu recevoir dès juillet une alerte, par e-mail, l’incitant à arbitrer vers des fonds moins exposés. Cet exemple, donné par Léonard de Tilly, cofondateur du site, donne une illustration parlante de la valeur ajoutée d’un «robo-advisor» (ou «conseiller-robot») et a de quoi laisser songeur plus d’un investisseur particulier ou un CGPI.

Quatre robo-advisors français à suivre

  • Advize.fr : Courtier et CIF * Advize propose depuis 2012 le contrat Ma sentinelle vie de e-Cie vie (Generali) en partenariat avec Morningstar qui sélectionne des UC adaptés aux objectifs de l’assuré.
  • Fundshop.fr : CIF * lancé en 2014, Fundshop a mis en place un service B to C à partir de 9 € par mois pour arbitrer les contrats d’assurance vie existants.
  • Marie Quantier.com : CIF * lancé en 2015, Marie Quantier optimise l’allocation d’actifs déposés chez des courtiers en ligne (Boursorama, Bourse direct, Interactive Brokers) pour 5,90 € par mois et 5 % de la performance.
  • Yomoni.fr : Cette société de gestion agréée par l’AMF, fin août 2015, va lancer Yomoni vie avec Suravenir, une assurance vie uniquement à base d’ETF (exchange-traded funds), des fonds indiciels aux frais réduits.

* Conseil en investissement financier

 

Phénomène de société aux États-Unis, les robo-advisors sont une nouveauté élaborée à partir d’ingrédients éprouvés : des logiciels de gestion automatisée d’épargne, basés sur des algorithmes réservés jusqu’ici aux traders. «Ce sont des algorithmes financiers académiques utilisés depuis toujours», reconnaît Léonard de Tilly pour qui l’innovation apportée par les robo-advisors réside davantage dans le fait de «rendre accessible à tous ces modèles sophistiqués via une interface facile à utiliser». Apparus il y a à peine trois ans outre-Atlantique, les sites comme Wealthfront ou Betterment battent des records (voir interview). Selon une étude d’AT Kearney, en 2020, les conseillers robots devraient gérer 2 000 Md€ d’encours aux États-Unis. Un succès qui s’explique par le goût – et l’habitude – des Américains pour les produits boursiers ainsi que par leur fiscalité permettant d’imputer les pertes sur les gains. Robotiser le calcul de ces tax-losses apporte alors une réelle valeur ajoutée. En France, l’arrivée des robo-advisors a de quoi dérouter les CGPI, qui craignent une ubérisation du conseil en gestion de patrimoine. Car, là où les sites d’assurance vie en ligne avaient ouvert une brèche il y a 10 ans en réduisant les frais d’entrée et de gestion, les robo-advisors vont plus loin. «Dans la banque en ligne, le client est souvent perdu face à des dizaines, voire des centaines de fonds», explique Léonard de Tilly. Le robo-advisor, lui, accompagne le client dans ses choix d’unités de compte et l’alerte en cas de mouvement de marchés.

Les fintechs à l’assaut de l’Hexagone

Les fintechs françaises qui se sont lancées dans la bataille affichent des promesses alléchantes : «Gérez vos placements comme un expert», assure Fundshop, qui, avec son statut de conseil en investissement financier (CIF), a déjà séduit 2 500 utilisateurs. Yomoni, tout juste agréé société de gestion par l’AMF, promet «La gestion de fortune pour tous». Advize, l’aîné de ces fintechs, à la fois courtier et CIF, propose «L’assurance vie service compris» pour ses 3 000 clients. Anatec, en cours de lancement, mise sur «L’épargne pour tous». Quant à Marie Quantier, CIF également, le site promet d’offrir la technologie des salles de marchés aux «primo-accédants des marchés financiers», comme le précise son fondateur, Mathieu Hamel.

Pour les CGPI, le choc pourrait ne pas être aussi frontal que prévu. D’abord en termes de cibles. Yomoni, par exemple, ne se pose pas en concurrent des banques privées ou des CGPI qui développent «une relation physique avec des clients haut de gamme » mais veut au contraire « s’adresser à distance aux Français moyens», selon Mourtaza Asad-Syed, son président. Ensuite, des sites comme Marie Quantier ou Fundshop ne visent pas seulement les particuliers épargnants mais aussi le marché des CGPI, et concurrencent plutôt des solutions existantes comme RiskDesign ou Quantalys. Selon Léonard de Tilly, Fundshop est «un véritable outil d’aide à la vente, qui crée le lien entre le CGPI et son client car l’interface est très pédagogique». D’ailleurs, l’allocation d’actif automatisée permet de consacrer plus de temps à des tâches comme le conseil patrimonial, qu’un robot ne pourra jamais faire.

À l’affût, des assureurs sont déjà dans la boucle : Advize est partenaire de Generali depuis 2012. Yomoni va lancer une assurance vie avec Suravenir. Pour Jean-Christophe Boccon-Gibod, responsable commercial des réseaux partenaires de BNP Paribas Cardif, ces solutions «répondent à la demande de certains clients de reprendre la main sur leur allocation». Spirica, filiale de Crédit agricole Assurances, a même déjà franchi le pas : elle proposera en fin d’année la gestion automatisée sur certains contrats en partenariat avec Fundshop. Pour Daniel Collignon, son directeur général, cela permet «de dissocier le conseil patrimonial de la sélection des unités de compte adaptées au profil du client» et de réaliser une «allocation enfin construite sur une base objective et très réactive aux évolutions des marchés financiers». Pour les CGPI, les robo-advisors apparaissent donc davantage comme un nouvel outil qu’une menace… À condition de ne pas passer à côté. En France, ces solutions n’en sont qu’à leurs balbutiements. Aux États-Unis, les grands réseaux de financial planners (équivalent des CGPI), l’ont bien compris : ils créent leurs propres solutions ou rachètent des sites, à l’instar du géant BlackRock, qui aurait déboursé fin août près de 200 M$ pour acquérir FutureAdvisor, une des stars montantes des robo-advisors outre-Atlantique.

André Cappon, président du cabinet CBM Group : «Aux États-Unis, les robo-advisors ne vont pas diminuer l’intérêt du conseiller financier»

  • Pourquoi ce succès soudain des robo-advisors ?

Aux États-Unis, ils existent déjà depuis plusieurs années, mais ils ont véritablement émergé il y a un an avec la réussite de sites comme Betterment ou Wealthfront qui gèrent chacun 2 Md€ d’actifs. Les grands réseaux Schawb, Vanguard ou TD Ameritrade, sortes de « supermarchés de la finance retail » se mettent aussi aux robo-advisors. Contraints de se constituer leur propre retraite, les Américains investissent sur des produits risqués, des actions. Les robo-advisors permettent de maintenir automatiquement l’allocation d’actifs souhaitée. L’autre spécificité, propre aux Etats-Unis, c’est le calcul et la gestion de la tax-loss carry forward. *

  • Sont-ils une menace pour les CGPI ?

Si les robo-advisors ont une grande valeur ajoutée en termes d’allocation d’actif et de calculs fiscaux, ils ne vont cependant pas diminuer l’intérêt du conseiller financier. Pourtant le rôle de ce dernier a changé : il y a 20 ans, c’était celui qui donnait les « bons tuyaux » en bourse. Aujourd’hui, vu la volatilité des marchés financiers, plus personne n’y croit. En revanche, aux États-Unis, il est devenu en quelque sorte « l’assistante sociale » des personnes fortunées qui leur trouve, le bon produit défiscalisé pour financer les études des enfants ou leur retraite...

 

Robo-advisors et CGPI : leurs poids respectifs

  • Aux États-Unis, les robo-advisors représentent 135 Md$ d’encours sous gestion en 2015. Ils devraient atteindre 2 200 Md$ en 2020 aux États-Unis, soit près de 6 % de l’épargne des Américains. Ceux-ci devraient économiser 12 Md$ en frais de gestion. (Source : AT Kearney)
  • En France, les CGPI regroupent près de 4 000 conseillers et 3 010 cabinets pour 7 % du marché de l’encours d’assurance vie. L’encours d’actifs confiés atteint 107,5 Md€. (Source : Apredia) La collecte moyenne d’épargne brute par cabinet s’élève à 3,3 M€ en 2015. (Source : baromètre BNP Paribas Cardif)

Profession : les CGPI savent rebondir

En dépit des difficultés réglementaires et économiques, la jeune profession de conseillers en gestion de patrimoine indépendants (CGPI) a toujours de la ressource. De moins d’un millier de conseillers il y a 20 ans, ils sont aujourd’hui près de 4 000 à exercer au sein de 3 010 cabinets, selon la société d’études Aprédia.

Pourtant les révisions des directives MiF et IDD (directive distribution en assurance, ex-DIA 2), applicables à l’horizon janvier 2017, ont bien failli avoir raison de leur modèle économique, comme au Royaume- Uni. Finalement, les CGPI français pourront conserver leur modèle basé sur les rétrocommissions… s’ils renoncent à se prétendre « indépendants » et jouent davantage la carte de la transparence concernant leurs rémunérations. Autre motif de satisfaction, l’activité repart de plus belle : selon le dernier baromètre BNP Paribas Cardif, avec 3,3 M€ de collecte d’épargne brute en moyenne par cabinet, on est quasiment revenu aux niveaux d’avant-crise de 2008 et 2009. Mieux, 96% des CGPI envisagent même une collecte en hausse en 2015.

De plus, même s’ils ne représentent que 7% de l’encours total de l’assurance vie, les CGPI font un retour en grâce aux yeux des assureurs grâce à leur savoir-faire dans la promotion des unités de compte. En moyenne, les clients des CGPI ont 26% d’UC dans leur contrat d’assurance vie contre 18%, selon le baromètre BNP Paribas Cardif. Et 71 % des CGPI ont pressenti que leurs clients pouvaient revenir vers les produits plus risqués.

Dans la banque en ligne, le client est souvent perdu face à des dizaines, voire des centaines de fonds

Léonard de Tilly, cofondateur de Fundshop


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