Henri De Castries : "Des efforts à faire, mais rien de surhumain"

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INTERVIEW   En pleine crise de la zone euro et alors que l'agence de notation Standard et Poor's vient de placer sous surveillance 15 assureurs européens, Henri de Castries fait le point sur la situation d'Axa. Le PDG du groupe revient également sur les atouts et les dangers de Solvabilité 2 et sur la situation de la France à l'approche de l'élection présidentielle de 2012.

Les objectifs que vous avez présentés en juin dans le cadre du plan Ambition Axa sont-ils toujours tenables ?

Ambition Axa, ce n'est pas seulement des chiffres, mais avant tout des actions stratégiques destinées à mettre en mouvement le groupe et ses collaborateurs, à le rendre plus efficace, plus compétitif, plus proche de ses clients. Ce plan repose sur une sélectivité plus grande dans les pays matures et une accélération dans les pays émergents, afin d'y créer des positions plus fortes et une efficacité accrue.

Les clients nous demandent légitimement mieux pour moins cher. C'est pourquoi nous devons faire des efforts de productivité et de qualité de service. Rien de surhumain. Depuis juin, c'est vrai, les circonstances ont changé, mais nous restons en ligne avec nos hypothèses. Il n'y a pas de raisons de penser qu'il faille infléchir ces grandes orientations.

 

Quelle est la situation du groupe aujourd'hui ?

Nous traversons une tempête, mais je crois que le navire est bien armé pour y faire face. Le dommages, la santé et la prévoyance, qui représentent 70% des résultats, sont des moteurs qui fonctionnent bien.

En assurances dommages, il y a des efforts de productivité à faire, c'est un métier qui peut être affecté par les récessions économiques et qui voit émerger de nouveaux modes de distribution, mais rien n'est fondamentalement changé. Les portefeuilles se développent, le groupe est en croissance dans à peu près tous les territoires, et les augmentations de prix, lorsqu'il fallait les faire, sont plutôt bien passées. S'il n'y a pas de catastrophe d'ici à la fin de l'année, 2011 devrait être un très bon cru en dommages.

En santé et en prévoyance, la dynamique commerciale est excellente, avec une progression de 13% des affaires nouvelles sur les neuf premiers mois de l'année.

 

L'analyse est-elle différente pour l'assurance vie et la gestion d'actifs ?

Ce sont les métiers les plus secoués par la crise, mais il ne faut pas dramatiser. Sur la partie épargne en unités de compte, nous enregistrons un léger recul des affaires nouvelles, mais les marges sont bonnes et la proportion d'unités de compte, notamment en France, est plus forte que celle observée sur le marché. Sur les fonds généraux traditionnels, le reflux est plus net, ce qui ne nous surprend pas et correspond au mouvement que nous avons volontairement amorcé il y a près de deux ans en étant plus sélectifs sur ce segment. En gestion d'actifs, Axa IM va faire une bonne année, en performances et en collecte. La situation est plus difficile pour Alliance Bernstein, dont la restructuration est rendue compliquée par la situation des marchés.

 

Dans les pays matures, la croissance externe est-elle encore envisageable ?

Nous verrons. Mais être sélectif ne veut pas dire manquer d'ambition de croissance, qu'elle soit organique ou externe. C'est dans les pays matures que nous avons les activités les plus importantes, qui consomment le plus de capital. Il y a donc un « peignage » du portefeuille à effectuer pour voir s'il y a des lignes de métiers, des produits, parfois même des territoires sur lesquels la rentabilité ou les perspectives ne sont pas satisfaisantes. Toutefois, dans ces pays, notamment en France, il y a aussi des produits - comme la prévoyance ou la santé - des métiers et des zones géographiques dans lesquels Axa a envie de se développer.

 

Quel est votre bilan de solvabilité ?

Il est très solide. Notre ratio de solvabilité économique, proche du modèle de Solvabilité 2, était à 180% fin juin et autour de 150% fin septembre. C'est sensiblement plus élevé qu'en 2008, alors que la crise actuelle n'est pas très différente. Nous sommes en avance sur nos objectifs de désendettement : nous serons aux alentours de 25% dès la fin de cette année, alors que nous l'avions annoncé pour fin 2015. Au quotidien, nous menons des actions de réduction des besoins en capital, de reprofilage des produits et de rééquilibrage de nos actifs. Ainsi, le bilan a été renforcé par la cession d'un certain nombre d'actifs périphériques à des conditions très favorables. Cette gestion active du capital implique une forte interaction entre le risk-management, la direction des investissements et les opérationnels, parce qu'il faut être extraordinairement réactifs.

 

Quelle est votre exposition aux dettes souveraines ?

Sur un bilan de 700 Md€, nous avons au plus 180 Md€ de dette souveraine. La Grèce représente moins de 0,2 % de la totalité de nos actifs. Si nous avons une part plus importante de dette italienne (16 Md€, soit moins de 4% de nos actifs) ou espagnole (10,5 Md€, soit moins de 2,5%), c'est parce qu'Axa est dans ces pays un acteur majeur ou non négligeable en dommages comme en vie. Le paradoxe intéressant, c'est que nous avions davantage de plus-values latentes sur nos actifs obligataires au 30 septembre qu'au 30 juin, tout simplement parce que les taux en Allemagne et en France avaient plus baissé proportionnellement que n'avaient augmenté les taux italiens et espagnols. C'est pourquoi, concernant l'équilibre de nos propres risques, nous sommes sereins.

 

Quelles seraient les conséquences d'une dégradation de la note d'Axa dans la foulée de celle des États de la zone euro ?

Pour l'heure, on parle seulement de Standard et Poor's, qui a placé sous surveillance la note de la plupart des pays de la zone euro et, dans un mouvement assez mécanique, celle des principales banques puis des sociétés d'assurances de ces pays. Cela ne me paraît ni surprenant, puisqu'une note est d'abord et avant tout relative, ni véritablement inquiétant, puisque dans son ensemble, l'industrie européenne de l'assurance traverse plutôt bien la crise actuelle. L'éventuelle dégradation, qui ne serait que d'un cran s'agissant d'Axa, dépend de la capacité ou non de la zone euro à restaurer la confiance. Donc il ne faut pas regarder le thermomètre, mais administrer le bon traitement. C'est ce que nous faisons chez Axa en maintenant une gestion très rigoureuse de nos risques et de notre bilan, afin de rester des partenaires de long terme pour nos clients et nos distributeurs.

LES OBJECTIFS D'AMBITION AXA À L'HORIZON 2015

Marges sur affaires nouvelles supérieures à 28% en assurance vie et ratio combiné inférieur à 96% en assurance dommages.

Chiffre d'affaires dommages et valeur des affaires nouvelles multipliés par deux et résultat multiplié par 2,5 dans les pays à forte croissance.

Croissance du résultat opérationnel de 10% par an. 24 Md€ de cash-flow opérationnel disponible sur cinq ans.

Rentabilité courante des capitaux propres de 15%. Ratio d'endettement de 25%. 1,5 Md€ d'économies avant impôts dans les marchés matures.

 

Dans ce climat, la directive Solvabilité 2 est-elle toujours pertinente ?

Cela fait dix ans que nous soutenons Solvabilité 2, mais sous réserve que les calibrations soient les bonnes. L'erreur, c'est de mesurer les risques à l'horizon d'un an. C'est une hérésie vis-à-vis des stabilisateurs naturels du système financier que sont les assureurs, qui doivent pouvoir gérer leurs actifs sur le long terme. La conséquence inévitable, c'est que nous sommes amenés à raccourcir l'horizon de nos placements en obligations d'entreprises, soit l'inverse de ce que le régulateur - quand il est acteur de la politique économique - cherche à obtenir pour avoir davantage de croissance et d'emplois. Quand la mesure des risques s'effectue à un an, la part d'actions dans nos investissements ne peut dépasser 3 à 5%, alors qu'avec un horizon de sept ou huit ans, elle serait à 10 ou 12%. Je pense que l'Europe paiera très cher, dans son indépendance stratégique, dans sa croissance et dans ses emplois, ces décisions technocratiques obscures.

 

Quelle serait la solution ?

On peut minimiser les conséquences de cette erreur en essayant de prendre un certain nombre de mesures qui réduisent le caractère procyclique de ce réglage. C'est la discussion que nous avons en ce moment. C'est une discussion que l'industrie de l'assurance juge décisive. Songez que, depuis 2000, les assureurs européens ont vendu 400 Md€ d'actions. Cela a fait baisser le marché. Aujourd'hui, il y a ceux qui, comme Axa, ont réduit leur part d'actions et ceux qui ne l'ont pas fait, et qui cumulent des moins-values avec des exigences en capital extrêmement élevées.

 

Très impliqué pour défendre un régime obligatoire pour la dépendance, êtes-vous déçu par le report de cette réforme ?

Oui et non. Compte tenu de l'état des finances publiques, l'État ne peut pas créer une nouvelle branche. Je reste donc convaincu que la solution de l'assurance universelle est la bonne. Il nous a fallu trente ans pour se convaincre qu'il était urgent de faire une réforme des retraites. Deux ou trois ans pour réaliser que le secteur de l'assurance peut jouer un rôle utile dans une réforme sur la dépendance ne me paraissent pas excessifs.

 

Sera-t-elle à nouveau au menu des présidentielles ?

Le sujet numéro un, c'est la dépense publique. Je dis à dessein dépense et pas dette, parce que la dette n'est que la conséquence de la dépense. La France fait partie à la fois des champions du monde de la dépense et des champions du monde de la recette fiscale. Le sujet n'est pas d'augmenter les impôts, mais de réduire la dépense. Pour dépenser moins, il faut faire des choix dans les missions, établir les priorités compte tenu des prélèvements possibles. Aujourd'hui, on fait l'inverse : on dresse la liste de ce que l'on veut faire et on va chercher l'argent. Ainsi, j'ai dit que le plan d'austérité de cet été n'était pas optimal parce qu'il y avait 10 Md€ d'augmentation d'impôts et 1 Md€ de réduction des dépenses. En ciblant prioritairement les dépenses, le second plan a envoyé un signal beaucoup plus fort. Depuis son annonce, j'observe avec attention le débat politique sur la nécessité de ne pas étouffer la croissance. Comme tous les chefs d'entreprise, je pense qu'une nouvelle augmentation des impôts et des prélèvements ne fera qu'aggraver les choses.

L'affaire des assurances complémentaires est symptomatique. Pour combler le trou d'un système public qui ne fonctionne pas bien, on taxe de plus en plus un système privé qui est performant. Je ne crois pas qu'une telle politique puisse tenir encore bien longtemps, parce qu'en pénalisant ainsi les acteurs privés, on réduit la croissance et l'emploi. Ce qui est insupportable, c'est que ces mauvais choix accroissent les inégalités.

CA 2010 90,9 Md€

RÉSULTAT NET 2010 2,75 Md€

RATIO DE SOLVABILITÉ 1 190% au 30 septembre 2011

CAPITAUX PROPRES 46,4 Md€ au 30 juin 2011

Un groupe en mutation

 

LES DERNIÈRES ACQUISITIONS

 

2011 - Reprise des activités d'assurance vie, épargne et retraite issues d'Axa APH en Asie.

2010 - Acquisition de 80% de l'assureur biélorusse B et B Insurance (assurances dommages).

- Acquisition de l'assureur roumain Omniasig Life.

2009 - Rachat des parts que détenait la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) dans les entités du groupe en Hongrie, République Tchèque et Pologne.

2008 - Acquisition de Seguros ING, au Mexique (assurances dommages).

- Acquisition de 36,7% du capital du Russe Reso Garantia (assurances dommages).

- Acquisition de la totalité des parts d'Axa Oyak en Turquie.

 

LES DERNIÈRES CESSIONS

 

2011 - Vente des activités canadiennes (dommages, vie, épargne et retraite) à Intact Corporation pour un montant équivalent à 1,9 M€. L'opération représente une plus-value de 0,9 Md€.

- Vente des activités d'assurance vie, épargne et retraite situées en Australie et en Nouvelle Zélande à AMP.

- Axa Life Ltd, filiale Suisse du groupe vend sa participation (15,6%) dans le chinois Taikang Life pour 0,9 Md€.

2010 - Vente d'une part des activités britanniques d'assurance, vie, épargne et retraite à Resolution pour 3,3 Md€.


 


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article extrait de l’argus de l’assurance

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