Intériale et Axa ouvrent une nouvelle voie

Par - Publié le

,

,

,

,

Intériale a retenu Axa France comme partenaire commercial. Un choix singulier, révélateur des enjeux de diversification des mutuelles santé et de l’affaiblissement de la Mutualité fonction publique.

legende.
legende.
FOTOLIA/ Sergey Isaev

La mutuelle Intériale a enfin levé le voile, lors de son assemblée générale à Lyon, le 10 juin dernier. L’organisme complémentaire des agents du ministère de l’Intérieur, parti à la conquête des collectivités locales depuis quelques années, a décidé de nouer un partenariat… avec la compagnie Axa France. Une première dans le monde mutualiste ! Certes, les liens de réassurance existent – « Axa est le 1er réassureur des mutuelles », souligne d’ailleurs Intériale – et les mutuelles de la Fonction publique ont bien créé une société anonyme avec CNP assurances. Mais cette dernière bénéficie d’un statut à part au regard de son actionnariat public et aucune mutuelle n’avait jamais jusqu’à présent affiché haut et fort une telle alliance commerciale avec un « assureur » ! Intériale s’est toujours montrée pragmatique, au sein de ces mutuelles de fonctionnaires gardiennes du temple mutualiste, mais cette annonce est bien la nouvelle démonstration d’une mutualité en pleine évolution. « Ce partenariat était totalement inenvisageable voilà encore quelques années, mais il n’est pas réellement surprenant aujourd’hui », confirme un mutualiste. « Pourquoi aller vers les compagnies d’assurance ? Et pourquoi pas ? », justifiait le président d’Intériale, Pascal Beaubat, lors d’un point presse à la sortie de l’assemblée générale, avant d’ajouter : « Il faut savoir sortir des sentiers battus ». Et d’autant plus lorsque le chemin est parsemé d’obstacles. Cette mutuelle santé se heurte, comme ses consoeurs, à une concurrence exacerbée par l’ANI qui fait voler en éclat tous les partages implicites de territoires et lamine les marges. « Aujourd’hui, une mutuelle qui fait 90 % ou 95 % de son chiffre d’affaires en santé est en danger », affirmait Maurice Ronat, président d’Eovi MCD mutuelle, lors de la dernière édition de Réavie. Hors de la diversification, point de salut. Le partenariat avec Axa prévoit ainsi le développement de produits diversifiés « en assurance de biens et de personnes, en produits bancaires ou d’épargne ». Multiéquiper pour mieux fidéliser des assurés de plus en coûteux à acquérir.

Mutuelle Intériale

  • Statut : mutuelle (code la Mutualité)
  • Activité : santé, prévoyance
  • Chiffre d’affaires : 275,6 M€
  • Résultat net : 1 M€
  • Marge de solvabilité S1 : 492 %
    Source : Intériale


Plus de services innovants

« Intériale va également pouvoir bénéficier de la réflexion innovante d’un grand groupe en matière de services, un facteur différenciant important », souligne Marie-Laure Dreyfuss, associée au sein d’Actuaris, cabinet conseil en actuariat. Axa France est le premier assureur de personnes à avoir intégré latéléconsultation dans ses contrats et la compagnie, désormais dirigée par Jacques de Peretti, a fortement investi dans le digital. Des services utiles pour contrer la guerre tarifaire sur la complémentaire santé, et se positionner lors des prochains référencements. Si le ministère de l’Intérieur n’avait pas eu recours à cette nouvelle procédure en 2009, rien n’est arrêté pour le prochain round de 2017. En cas de référencement d’Intériale, « Axa réassurera le tout », selon les termes de Pascal Beaubat qui expliquait plus largement : « Notre développement futur sur les fonctions publiques territoriales et d’État passe obligatoirement par de la réassurance ». Bref, un accord « gagnantgagnant », puisque l’on comprend bien tout l’intérêt pour Axa de cette ouverture commerciale sur la Fonction publique. La compagnie avait échoué de peu sur le référencement du ministère de l’Éducation nationale en 2009, où seule la MGEN a finalement été retenue. « Intériale a fait le choix du meilleur partenaire pour servir ses adhérents », insiste, Pascal Beaubat. Avant d’enfoncer le clou : « Quelle que soit la forme juridique du partenaire ».

Si ce n’est qu’aucune mutuelle ne figurait dans sa short list qui comportait, selon nos informations, un groupe paritaire et deux assureurs. Et pour cause, après l’échec de la constitution d’un pôle avec les militaires d’Unéo et les policiers de la MGP, Pascal Beaubat ne voit pas de solution mutualiste pour préserver son modèle résolument affinitaire : « Les grands ensembles qui s’organisent autour des “mutuelles historiques” n’ont pas d’autre avenir que d’unir leurs choix stratégiques, jusqu’à leur identité ». Un propos qui renvoie bien évidemment à l’union mutualiste de groupe MGEN-Istya-Harmonie mutuelle en cours de constitution, une UMG qui accueille la Mutuelle nationale territoriale (MNT)… concurrente d’Intériale. « Le paysage se clarifie et le choix des possibles se restreint», analyse un mutualiste, avant d’égratigner ce qu’il appelle « le jeu des ego et les volontés de conserver coûte que coûte ses territoires ».

Axa France

  • Statut : compagnie (code des assurances)
  • Activité : assurance de personnes, IARD, banque
  • Chiffre d’affaires : 23,8 Md€
  • Résultat net : plus d’1 Md€
  • Marge de solvabilité S1 : 522 % (Axa France vie)
    Source : Axa France


Un choix de structure inédit

Pour défendre son développement autonome, Intériale a fait le choix original d’une association loi 1901 (lire encadré ci-contre), dont les instances seront composées à stricte parité de représentants de la mutuelle et d’Axa. Dotée d’un budget de 1 M€, cette instance n’a pas pour objet de vendre des produits, mais d’assurer la coordination du partenariat, en matière de stratégie, de communication et d’actions. Hasard du calendrier, Unéo vient de valider la création d’une union de groupe mutualiste (UGM) avec GMF et MGP, une structure peu intégratrice qui doit lui permettre, à elle aussi, de garder son indépendance tout en profitant de l’appui d’un autre grand de l’assurance, Covéa. « Il n’y a plus aucune unité de vue au sein de la Mutualité fonction publique. Unéo et Intériale ont franchi le pas, mais il y en aura d’autres », prévient un bon connaisseur des mutuelles de fonctionnaires, qui prédit des bagarres fratricides sur les référencements. L’ultime restructuration de MFP Services (lire ci-dessous) illustre ces divergences de stratégies entre mutuelles de fonctionnaires, et certains mutualistes se montrent tout autant pessimistes sur l’avenir de sa soeur politique, la Mutualité fonction publique. « La consolidation du monde mutualiste ne peut venir que de la fédération. Si son nouveau président parvient à en faire un vrai syndicat professionnel, quelle sera l’utilité d’une structure comme la MPF ? », lâche l’un d’entre eux. Thierry Beaudet, qui devait être élu le 23 juin à la tête de la Mutualité française, devra en tout état de cause arriver à concilier des visions très diverses. « Le choix d’Intériale peut être décrié, mais il est assez intelligent, il s’appuie sur la concurrence sans engagement structurant, estime un dirigeant de mutuelle. Chacun cherche à défendre son modèle, mais la concentration est-elle réellement le meilleur moyen de préserver l’esprit mutualiste ? ».

Marie-Laure Dreyfuss (Actuaris) : « Une solution innovante et souple »

« Le choix par Intériale et Axa de créer une association constitue une solution innovante. Dans la mesure, où cette association se présente comme un lieu d’échanges et de conception des offres, elle ne relève pas, a priori, du périmètre prudentiel. Les deux partenaires continueront à porter le risque sur leurs entités respectives. L’opération est beaucoup moins lourde que la création d’une SA filiale d’assurance, qui aurait notamment exigé l’agrément de l’ACPR. L’une des autres options aurait pu être une SAS, structure qui ne porte pas non plus les opérations d’assurances mais qui aurait néanmoins nécessité la conclusion d’un pacte d’associés, donc une gouvernance peut être plus éloignée de la mutualité qu’un véhicule associatif à but non lucratif. »

Marie- Laure Dreyfuss, associée au sein du cabinet Actuaris

 

La MFP sur la défensive…

Année compliquée pour la Mutualité fonction publique. Alors que la seconde vague de référencements en santé/prévoyance dans la fonction publique approche à grands pas, les mutuelles de la MFP devraient voir leurs positions attaquées par la concurrence. Si le président de la MFP Serge Brichet assure ne pas craindre ces nouveaux opérateurs, l’inquiétude est pourtant de mise : « Nous ne sommes pas là pour pérenniser la MFP, mais son modèle ! ». La publication de la circulaire fixant le cahier des charges des appels d’offres de cette nouvelle vague de référencements est attendue depuis des semaines. Si le possible découplage des garanties santé et prévoyance a constitué une crainte récurrente ces derniers mois, c’est désormais l’exclusion de la dépendance du champ des offres référencées qui effraie la MFP. La couverture de la perte d’autonomie ne figure pas, en effet, dans le périmètre du décret du 19 septembre 2007. Ce décret encadre la participation de l’État au financement de la protection sociale complémentaire des fonctionnaires. Et c’est plus largement sur cet engagement financier que la MFP a communiqué ces derniers mois, tout d’abord avec l’opération « 24H24Semaines », et maintenant via une pétition en ligne. Son credo : la participation de l’employeur est désormais bien plus importante dans le secteur privé que dans le public (50 % contre 3 %). Mais cette seconde vague de référencements, qui devraient débuter dans les prochains mois, pourrait avoir un impact bien plus global sur l’avenir des mutuelles : là où seul Groupama avait obtenu un référencement en 2009 au sein de l’Office national des forêts, les appétits seront bien plus ouverts cette année. Le rapprochement d’Intériale et d’Axa sur le périmètre du ministère de l’Intérieur (voire d’un possible futur ministère de la Sécurité intérieure) en est la dernière illustration en date…

…et la dernière chance pour MFP Services

MFP Services est à nouveau dans la tourmente. Après plusieurs plans sociaux, cette union de mutuelles créée en 2003 dans le cadre de la réforme du code de la Mutualité a décidé de réduire encore ses attributions. Son assemblée générale vient ainsi d’adopter le plan d’entreprise 2016-2018 qui prévoit un abandon complet de ses fonctions de gestion sur le régime obligatoire (infogérance de la Cnamts), mais également de la complémentaire santé, à compter du 1er janvier 2017. De ce fait la majorité des mutuelles n’ont pas voulu poursuivre ce schéma de gestion RO/ RC, dans le cadre du GIE Chorégie associant MFP Services et le groupe MGEN. L’union s’est donc vue contrainte à un complet changement de stratégie et envisage désormais de se consacrer uniquement à la gestion du risque. Elle avait, en 2011, publié un baromètre santé spécifique à la population des fonctionnaires. « Nous sommes désormais éligibles aux grands programmes de prévention de la Cnamts comme Sophia [NDLR : asthme et diabète] et Prado [NDLR : sortie d’hospitalisation] », note son président Bruno Caron, qui voit dans cette transition un pari « moyennement risqué ». Cette évolution exige toutefois que les mutuelles adhérentes rentrent dans cette démarche commune, et en tout état de cause, elle ne sera pas neutre sur l’emploi. Il devrait rester moins d’une centaine de personnes au sein de MFP Services, contre 900 aujourd’hui et 1 300 en 2006 ! Les négociations avec la Cnam sur des transferts de personnels à l’Assurance maladie sont toujours en cours. « Nous nous sommes posé ces questions délicates à une période où MFP Services est encore solide, renchérit son président. Nous sommes plutôt à la croisée des chemins ». Mais de fait, il se comprend surtout que cette restructuration est celle de la dernière chance et qu’à défaut de succès, c’est l’avenir même de MFP Services qui pourrait s’en trouver compromis.



Effectuer une autre recherche

Rechercher

article extrait de l’argus de l’assurance

Tous les vendredis, l’information de référence
des institutionnels et des réseaux
 Contactez la rédaction
 Abonnez-vous