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Les 7 raisons de redouter 2010

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La Fédération française des sociétés d'assurances devrait présenter, le 23 juin, des résultats 2009 du secteur en net progrès. Mais l'embellie paraît de courte durée. À mi-parcours, l'année 2010 s'annonce beaucoup plus compliquée pour l'assurance, qui, elle aussi, pourrait bien faire les frais de la rigueur.

Dommages : le dur retour aux équilibres

L'année 2010 devrait être caractérisée par une hausse significative des tarifs. L'exercice 2009 a été marqué par une dégradation des résultats techniques en dommages. Chez les mutuelles du Gema, certains bénéfices se sont effondrés, et les ratios combinés ne sont pas des meilleurs : 112 % pour la Matmut, 107 % pour la Maif et la Macif, la Maaf s'en tirant un peu mieux à 101,8 %. Même constat du côté des compagnies, où ils ont frôlé ou dépassé les 105 %, avec la difficulté supplémentaire de faire accepter les hausses de tarifs aux agents. Generali a prévenu, dès mars, que les prix seraient encore revus cet été. Autre conséquence : les résiliations de contrats pour les entreprises présentant des risques trop importants. MMA s'est démarquée en maintenant des tarifs stables pour 98 % des PME (1,2 % étant résiliées), mais n'exclut pas de revoir ses tarifs à la rentrée.

Reste à savoir si les probables hausses à venir, notamment en auto et en habitation, suffiront à compenser des résultats techniques déjà dégradés. Selon Standard et Poor's, « les politiques tarifaires et/ou de souscription n'arrivent pas à résorber entièrement la hausse de la sinistralité ». Et ce ne sont pas avec les derniers orages de grêle que les résultats vont s'améliorer.

 

 La Bourse en pleine déprime

Les actions représentent 10 % de l'actif des assureurs. Après le krach de 2008, la remontée des marchés en 2009 a amélioré les ratios de solvabilité. Mais depuis le début de l'année, la tendance s'inverse. Après avoir fait pendant un temps du Yo-Yo, le Cac 40 est à la baisse (de 8,75 % au 15 juin) et, depuis la crise grecque d'avril, la volatilité des marchés s'est envolée et les cours ont chuté.

Pour Lotfi Elbardadi, de Standard et Poor's, sachant que « la solvabilité ajustée du risque est touchée par la chute des marchés et par une allocation actions élevée, la volatilité et les incertitudes des marchés actions engendrent trois conséquences principales : l'orientation de la collecte pour l'essentiel vers des contrats en euros (88 % des primes au premier trimestre 2010), l'augmentation des capitaux sous risques dans les contrats en unités de comptes et une baisse du potentiel de réalisation de plus-values ».

 

 Le risque obligataire

De tous les scénarios catastrophes, c'est bien la remontée brutale et rapide des taux d'intérêt directeurs qui fait pâlir les assureurs. Les assurés seraient alors tentés de racheter massivement l'épargne investie sur les fonds en euros des assurances vie pour les placer ailleurs, à des taux plus attrayants, et les compagnies devraient solder leurs actifs en moins-value. À côté d'une telle épée de Damoclès, le défaut de paiement d'un État comme la Grèce fait moins peur, même si, d'après Standard et Poor's, les assureurs français sont les plus exposés d'Europe. L'agence chiffre leur exposition à moins de 8 Md€ au total. L'on sait déjà que cela représenterait 500 M€ d'impayés chez Axa, 400 M€ pour les activités d'assurance du Crédit agricole, 113 M€ chez CNP. Une goutte d'eau, à peine 1,5 % des 534 Md€ détenus par les compagnies françaises en dette d'États de l'OCDE (selon les chiffres de la FFSA à fin septembre 2009).

En revanche, sur les 1 604 Md€ d'actifs détenus par les compagnies, 69 % sont placés en obligations à taux fixe, qui ne sont pas exemptes de risque. Avec le risque de défaillance, on peut aussi craindre une remontée des taux obligataires proposés sur le marché. Or, une hausse de 1 % des taux à dix ans fait baisser mécaniquement de 10 % les obligations à taux fixe de même échéance que détient la compagnie. Un tel mouvement entamerait les plus-values latentes, majoritairement obligataires, que les compagnies avaient reconstituées à 68 Md€ fin 2009, après qu'elles ont fondu à 8,2 Md€ en 2008 à la suite de la crise financière.

 

 Coup de rabot sur les niches

L'automne n'est jamais une bonne période pour les assureurs. Rares sont les années où le gouvernement, voire les parlementaires, ne crée pas une nouvelle taxation des produits d'assurance, lors de l'examen du projet de budget de l'État ou celui de la Sécurité sociale. Cependant, dans le contexte de crise des finances publiques, l'épreuve apparaît encore plus redoutable. Pour tenir l'engagement pris par la France auprès de Bruxelles de ramener le déficit budgétaire à 3 % du PIB en 2013, le Premier ministre, François Fillon, a annoncé une réduction de 5 Md€ des niches fiscales sur un total de plus de 70 Md€, sans préciser si le « coup de rabot » porterait sur toutes les niches, comme certains l'évoquent, ou seulement sur certaines d'entre elles.

L'exonération ou l'imposition réduite des contrats de capitalisation et d'assurance vie représente quelque 3 Md€, contre un peu plus de 400 M€ pour le Perp et les produits assimilés. Mais toute la protection sociale complémentaire collective bénéficie aussi d'exonérations fiscales et... sociales. Avec un déficit de l'Assurance maladie qui devrait atteindre 13 Md€ cette année, il n'est pas improbable que les parlementaires traquent aussi les niches sociales, dont le montant total atteint 33 Md€.

 

La capitalisation, grande oubliée de la réforme

Force est de reconnaître que l'épargne retraite fut la grande absente de la concertation sur la réforme des retraites lancée en avril. Pas de quoi s'inquiéter pour certains : le gouvernement n'aurait pas voulu agiter le chiffon rouge devant les syndicats et abordera la capitalisation après la réforme des régimes par répartition. Les propositions d'aménagement des produits actuels ne manquent pas. Cela dit, si Christine Lagarde, a commandé sur ce sujet un rapport à l'Inspection générale des finances en septembre 2009, la ministre de l'Économie s'est bien gardée de le rendre public. Et au président de la FFSA, Bernard Spitz, qui, lors d'une récente table ronde, appelait au développement de l'épargne retraite, le ministre du Travail, Éric Woerth, a répondu : « Il y a déjà des avantages fiscaux, probablement pas suffisants, mais ils existent. » L'heure serait même à rogner ces fameuses niches fiscales, une action qui pourrait mettre en cause les avantages des régimes de retraite supplémentaires en entreprise.

 

Dépendance : ne vois-tu rien venir ? 

François Fillon l'a réaffirmé récemment : le gouvernement s'attaquera au dossier dès l'automne prochain. Mais depuis mai 2008 et l'annonce par le ministre de la Solidarité, Xavier Bertrand, des grandes lignes du projet, l'exécutif n'a cessé de repousser la finalisation de ce qui devait être le grand chantier du septennat. La situation exige désormais une réponse urgente, puisqu'un grand nombre de départements n'arrivent plus à financer l'Allocation personnalisée d'autonomie (Apa). Dans la situation budgétaire actuelle, l'État pourra-t-il colmater le budget de l'Apa et donner corps au fameux partenariat public-privé ?

Quel que soit le schéma défendu par les acteurs de l'assurance, tous se retrouvent sur la nécessité d'une incitation financière, pour les particuliers ou les entreprises, à la souscription de contrats dépendance. La FFSA a notamment proposé un chèque autonomie pour les classes moyennes. Si la France est le deuxième marché mondial de l'assurance dépendance, les cotisations versées en 2009 ont très faiblement progressé.

 

Solvabilité 2 : pas d'échappatoire 

En 2010, Solvabilité 2 entre dans sa phase finale. Plus l'échéance se rapproche et plus le secteur de l'assurance réalise l'ampleur de la tâche et fait entendre sa voix. En décembre 2009, Bernard Spitz souhaitait « que soit pris le temps d'analyser l'impact sur les entreprises et les conséquences macroéconomiques de la réforme avant d'en arrêter les paramètres, quitte à reporter la publication des mesures d'application ». Réplique dans nos colonnes de Karel Van Hulle, chef de l'unité assurances à la Commission européenne : « Il ne sert à rien de s'opposer aujourd'hui à la directive Solvabilité 2, qui est entérinée. Comme disent les juristes, plaider contre le soleil n'a pas de sens. » Or, seuls les grands groupes sont bien avancés. Pour tous les autres, 2010 sera une année très difficile, qui exigera de concilier la coûteuse mise en conformité à la réglementation et le développement commercial. Selon Adrien Lafaille, du cabinet d'actuariat Optimind, « même les grands groupes ne seront prêts qu'à 80 % au 1er janvier 2013 ».

Standard et Poor's vient d'avertir que les assureurs qui n'auront pas bien intégré ces nouvelles règles prudentielles risquent de voir leur note dégradée. D'après son directeur, Yann Le Palec, « un assureur sur quatre devra faire des choix stratégiques sous Solvabilité 2 », comme de supprimer certaines lignes de produits.

3 Questions à

Jean d'Herbécourt,analyste, chargé du secteur assurance chez Crédit agricole-chevreux

Que pensez-vous des résultats des assureurs au premier trimestre 2010 ?

Nous avons identifié des résultats supérieurs d'environ 30 % à nos attentes, mais nous observons une dégradation qualitative très nette. Il y a en effet une forte détérioration du ratio combiné de 96,9 % au T1 2009 à 101,5 % au T1 2010, et un recours accru au dégagement de plus-values. Nous venons de réviser en baisse de 10 % l'ensemble des résultats attendus pour le secteur, ce qui nous place sous le consensus.

Y a-t-il selon vous des raisons de s'inquiéter pour les mois à venir ?

Il existe un risque sur les ratios combinés partout en Europe. Les faibles rendements d'actifs mettent aussi une forte pression sur le secteur. Nous constatons en particulier un écrasement des spreads en vie qui nous semble préoccupant. Les taux servis ne baissent pas assez par rapport à la baisse des rendements d'actifs. Si les taux longs ne se redressent pas, les assureurs vie vont devoir fermer les fonds en euros et vendre soit des unités de compte, soit des VA « hedgées », ou d'autres produits, et il va falloir éduquer les clients, ce qui est un vrai défi.

Qu'en est-il du risque souverain ?

Si nous ne pouvons pas exclure une sortie de la Grèce de la zone euro, qui se traduirait par des dépréciations significatives, nous pensons qu'il n'y aura pas de défaut de souverain en Europe. Il n'y aura, a priori, pas d'impact comptable et de provision dans le cadre des normes comptables actuelles IFRS IV phase 1. Ce ne sera pas le cas d'ici à deux ans avec la phase 2.


 

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article extrait de l’argus de l’assurance

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