Reavie 2016 : comment l'assurance de personnes se réinvente

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Taux d’intérêt au plancher, réglementation foisonnante, irruption du numérique, évolution du système de santé... autant de facteurs qui secouent l’assurance de personnes. La 27e édition de Reavie a montré comment les acteurs s’adaptent à cet environnement difficile et préparent déjà demain.

Bourrasques et ondées : la météo du 27e Reavie, qui s’est tenu à Cannes du 12 au 14 octobre, est un peu à l’image de ce que vivent les quelque 700 participants qui se sont pressés à ce qui est devenu le rendez-vous incontournable de l’assurance de personnes. La chute des rendements financiers, les réformes comme la généralisation de la complémentaire santé, les nouvelles technologies médicales et plus largement le digital malmènent ce segment qui pèse plus de 160 Md€ de cotisations. Néanmoins, les ateliers, conférences et multiples échanges commerciaux ont démontré la combativité des acteurs. Lors de la traditionnelle plénière de clôture, Thierry Derez et Éric Lombard, PDG respectifs de Covéa et de Generali France, ont ainsi dévoilé comment ces deux groupes majeurs de l’assurance en France relevaient ces nouveaux défis.

Agents perturbateurs

En tête des facteurs déstabilisants, Thierry Derez évoque « une avalanche de réglementations » qui « sont souvent des expédients. (…) Tout ce qui est innovation, recherche d’efficience, est mal considéré dans notre pays. » Et le PDG de Covéa d’évoquer « le débat interminable sur les réseaux de soins » avant d’ironiser en cette période électorale : « si un candidat proposait de ne rien faire pendant cinq ans, il aurait ma voix ». Pour Éric Lombard, la première préoccupation tient au niveau des taux d’intérêt. « Jusqu’à présent, nous étions rémunérés de deux façons : les marges techniques et le produit des placements. À cause de la baisse des taux d’intérêt, cette dernière source se tarit, alors que les marges techniques n’augmentent plus », explique le PDG de Generali qui se veut toutefois positif sur l’évolution de la situation : « La FED dit clairement qu’elle augmentera les taux après la présidentielle américaine ».

La France n’est pas l’Allemagne

Taux bas et réglementation se rejoignent avec le projet de loi Sapin 2 qui autorise le Haut conseil de stabilité financière (HCSF) à suspendre les rachats. « Les assureurs n’ont rien demandé », précise Éric Lombard, avant d’affirmer : « Les assureurs vie vont bien. Il n’y a pas de raison que la mesure s’applique à court ou moyen terme. » Après avoir rappelé que la possibilité de ce type d’intervention était déjà donnée à l’ACPR, Thierry Derez relève que la problématique des taux garantis est bien plus forte outre-Rhin.

Poker menteur

Les deux intervenants ne s’en cachent pas : la fixation des taux de rendement en assurance vie relève du poker menteur. Aucune annonce, mais ils s’appuieront sur les recomman­dations de modération de l’ACPR. Si ce n’est, rappelle Éric Lombard, qu’ils sont aussi tenus « de respecter la réglementation et le droit des contrats » avec l’obligation, « pour simplifier » de reverser 85 % du rendement de l’actif. Un rendement qui a été supérieur à 3 % en 2015 ! Et cela même si la collecte est en décroissance, les contrats fonds euros, désormais « des produits de luxe », étant réservés aux « meilleurs clients » de Generali.

« Il faut rester calme », selon Thierry Derez qui ne manque pas d’épingler les libertés prises par les pouvoirs publics pour fixer le taux de rémunération du Livret A, mais également de rappeler la possible « mutualisation dans le temps » des rendements. Covéa a aussi freiné la collecte euros qui devrait être « nulle ou négative » cette année, mais pas question pour son PDG de se lancer dans une promotion à tout va des unités de compte au regard d’une « clientèle modeste » : « Si dans quatre ou cinq ans, il s’avérait que nous avons trop vendu d’UC, ce n’est pas aux assurés que la justice ferait des reproches, mais aux assureurs. »

Les défis du système de santé

L’évolution du système de soins et du régime maladie est de fait un élément déterminant pour une assurance santé « complémentaire ». Alors que le Parlement engage l’examen du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2017, l’association Reavie avait fait le choix d’inviter l’un des meilleurs connaisseurs du sujet, Claude Évin (photo), ancien ministre de la Santé et ex-directeur général de l’ARS Île-de-France. Celui qui exerce aujourd’hui la profession d’avocat distingue trois principaux défis à prendre à bras-le-corps : redresser des comptes sociaux, bien loin de la fin du « trou de la Sécu » annoncée par Marisol Touraine ; réduire les inégalités du système de santé, bien plus sociales et territoriales qu’économiques ; enfin, prendre en compte la montée en charge des maladies chroniques, qui nécessitera un travail particulier et collaboratif sur le parcours de soins. Prévention, données de santé, réseaux de soins, plateformes... autant de premières pistes explorées et décortiquées durant ce débat : « Je suis convaincu que les assureurs complémentaires jouent un rôle en matière de santé publique ». Et d’insister sur l’importance de l’échelon régional dans l’organisation à (re)construire le système de santé : « Je ne parle pas de décentralisation, mais de contractualisation au niveau d’un territoire et non plus seulement piloté par le ministère ou l’Assurance maladie ».

La menace Google ?

Selon Thierry Derez, les Gafa – Google, Apple, Facebook, Amazon – sont surtout aujourd’hui occupés à se concurrencer entre eux et « les actionnaires de Google n’accepteront pas d’immobiliser des capitaux importants pour exercer le métier d’assureur ». Mais la société de Mountain View pourrait bien proposer ses données à l’assurance pour individualiser sa tarification. Cette illusion d’un « juste prix » – « nous savons qu’il faut conserver un degré de mutualisation » – se heurterait, toutefois, à la législation européenne et française. Plus que Google, Éric Lombard redou­te l’arrivée d’une fintech qui pourrait s’engouffrer dans les failles actuelles d’un « service mal rendu aux clients », mais « la disruption peut venir de nous… tout le monde est en train de changer ».

Le client, cet impatient

Le PDG de Generali insiste sur les imperfections dans la connaissance du client, dont les données sont dispersées entre réseaux et systèmes d’information. L’enjeu, c’est « la data avant le big data » afin de pouvoir le traiter « comme un client unique » et atteindre une qualité de services à la hauteur d’un Google ou d’un Apple. Un client dont le rapport au temps a fondamentalement changé, souligne Thierry Derez : « Il attend une réponse instantanée ». Et aujourd’hui chez Covéa, « 80 % des sinistres sont traités par téléphone. Nous devons être disponibles tout de suite ». Un changement profond pour des services de gestion de sinis­tres, où la culture implicite était « surtout pas de contact avec les sociétaires ».

Le projet d’entreprise

Bref, l’industrie de l’assurance doit se transformer. « Il faut avoir un projet d’entreprise où les salariés trouvent leur place. Pour que les clients soient contents, il faut que les salariés le soient également », déclare Éric Lombard, avant de reconnaître : « Les entreprises mutualistes avaient raison depuis longtemps. L’intérêt de l’actionnaire ne peut être le seul repère. Si on traite bien le client, la question de la marge ne se pose plus ». Des process désormais orientés clients et de plus en plus automatisés. « Les robots sont en capacité de réaliser 60 % du parcours de conversation avec un sociétaire », relève Thierry Derez, sachant que ces nouvelles technologies ­permettront de repositionner les salariés sur « des tâches à plus forte valeur ajoutée ». Éric Lombard recon­naît que les gains de productivité conduiront à une légère réduction des effectifs, absorbée par les départs naturels, mais clairement « le coût du travail n’est pas un problème ».

Pas de guerre des prix

Si les taux d’intérêt bas malmènent les marges, celles-ci demeurent satisfaisantes selon les deux intervenants. « Les rendements en cours nous laissent du temps », poursuit le pdg de Generali. Les produits financiers représentent « encore un levier » confirme Thierry Derez, qui perçoit une « compétition tarifaire », mais pas de « guerre totale sur les prix. Les banquiers, aujourd’hui les plus performants, n’ont aucun intérêt à casser les tarifs ».

Coaching ou réseau

Si l’assurance vie et la santé sont aujourd’hui moins rentables, la prévoyance peut-elle prendre le relais ? « Cela prendra du temps », estime Éric Lombard qui évoque, a contrario, la nouvelle offre Generali Vitality, programme d’incitation au bien-être des salariés au sein de l’entreprise qui, « permet d’avoir une meilleure stabilité du portefeuille et donc de la rentabilité ». « La sélection du risque est un danger si elle est trop diffusée », réagit Thierry Derez, reprenant l’argument de démutualisation souvent évoqué vis-à-vis de Vitality. « Il n’y a pas de sélection médicale », insiste le dirigeant de la compa­gnie. Pour sa part, Covéa reste prioritairement axé sur les réseaux de soins, la mutuelle étant actionnaire de Santéclair : « Nous arrivons à optimiser la dépense de santé qui progresse deux fois plus vite que le PIB. Si rien n’est fait nous aurons un jour à faire face à des mesures violentes ».

La loi des grands nombres

Et pour les réseaux comme pour le reste, Covéa est forte­ment convaincu de l’intérêt de la « loi des grands nombres », autrement dit de la recherche de l’effet de taille. Avec l’union qui vient d’être conclue entre GMF, Unéo et la MGP, l’objectif est bien de présenter lors des prochains référencements des ministères un ensemble reconnu, solide dans ses bases financières comme dans sa connaissance des publics de fonctionnaire. Mais Thierry Derez insiste : « Covéa n’est pas une auber­ge espagnole : la clef d’entrée, c’est le projet économique ». Projet qui peut nécessiter l’adhésion à Covéa – comme dans le cas de SMI et de l’Apgis – ou pas, à l’instar d’Unéopôle : « C’est à géométrie variable ».

Tout autre discours de la part de Generali. Dans le contexte économique et prudentiel actuel, la compagnie est visiblement économe de son capital. Et son PDG souligne la diversité de l’activité de la filiale du groupe italien qui couvre tous les segments de l’assurance : « Le cœur de notre stratégie est de nous appuyer sur nos activités pour se développer et transformer la compagnie afin de proposer une véritable offre intégrée à nos clients ».


Thierry Derez

Thierry Derez

Président directeur général de Covéa

Thierry Derez est né le 18 février 1957 à Biarritz (Pyrénées-Atlantiques).   1980 : diplôme d’avocat de L'université Paris-I-Panthéon-Sorbonne 1981-94 : avocat [...]

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Eric Lombard

Eric Lombard

Directeur général de la Caisse des dépôts et consignations (CDC)

Éric Lombard est né le 16 mai 1958. 1981 : diplôme de l'Ecole des hautes études commerciales (HEC). 1981-89 : différentes fonctions exercées au département du commerce international [...]

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article extrait de l’argus de l’assurance

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