Résultats 2016 : les bancassureurs, toujours euros dépendants

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Principaux producteurs de l’assurance vie en euros, les bancassureurs ont pâti, en 2016, du contexte de taux bas. Des moindres performances que les activités non-vie n’ont pu totalement compenser.

Les apparences peuvent être trompeuses. Si cette année, le trio de tête de notre classement des bancassureurs n’a pas changé, Crédit agricole Assurances conservant la première place, l’année 2016 a pourtant été bien différente de l’exercice précédent. 40% des acteurs de notre classement affichent des chiffres d’affaires en recul par rapport à 2015. C’est le cas de Neuflize Vie (-39,2%), HSBC Assurances (-10%) mais aussi Société générale Insurance (-3,2%) et CNP Assurances (-1,5%). La cause de ces baisses ? Pour la plupart, l’assurance vie a tiré vers le bas les résultats 2016.

Le contexte de taux bas a contraint le marché à «maîtriser» la collecte sur les fonds en euros. «Par souci de protection de nos clients et de son fonds, Neuflize Vie a décidé de modifier sa politique de souscription des supports en euros, ce qui a provoqué une baisse de la collecte en euros», confirme ainsi la compagnie vie de la banque privée Neuflize OBC. Pour CNP Assurances, toujours leader en assurance vie, la collecte nette en épargne-retraite a atteint 19 Md€ en UC, alors que la décollecte est de 2,1 Md€ pour les contrats en euros. Pour freiner la collecte en euros, les bancassureurs n’ont pas hésité à servir des taux de rendement peu attractifs, en moyenne de 1,60 % pour 2016, voire à fermer les souscriptions en euros. L’objectif : faire progresser l’épargne investie en UC. Pour Cyrille Chartier-Kastler, président du cabinet de conseil spécialisé en assurance Facts & Figures : «Le poids des unités de compte dans la collecte est stable en valeur absolue. Pour faire progresser le taux d’unités de compte, le seul moyen est de juguler la collecte sur les fonds en euros». Sur 2016, en effet, nombre de bancassureurs ont placé l’indicateur taux d’UC en bonne place lors de l’annonce des résultats annuels. Dans la collecte, la part en UC progresse, mais de quelques points. Elle passe de 22 à 25% pour Société générale Insurance, de 9,1 à 12,9% pour le groupe des assurances du Crédit mutuel, mais chute de 30% à 26% pour BNP Paribas Cardif.

À retenir

  • Dans un contexte de taux bas en 2016, les bancassureurs ont freiné leur collecte sur les fonds en euros pour ne pas être contraints de réinvestir sur des supports obligataires rapportant peu.
  • Les bancassureurs tentent la conversion des épargnants vers les unités de compte. Mais l’épargne investie en euros reste encore très présente dans leurs encours.
  • La croissance des bancassureurs sur les activités non-vie se poursuit moins vite en 2016 qu’en 2015, en particulier en santé.

À la recherche de leviers de croissance

Malgré les efforts de diversification, les bancassureurs restent néanmoins encore très dépendants de l’assurance vie en euros lorsque l’on regarde leurs résultats 2016. Rapportés aux 1 632 Md€ d’encours enregistrés fin 2016, les bancassureurs de notre classement représentent 58% du marché et 66% de la collecte nette réalisée en 2016. Compte tenu du poids très important des supports euros, les reculs de chiffres d’affaires n’ont pu être compensés par les activités non-vie. Pourtant, les stratégies de transformation du mix business se sont poursuivies, à l’instar de CNP Assurances ou de Crédit agricole Assurances, qui oeuvrent depuis plusieurs années à désensibiliser leur bilan de l’activité épargne-retraite au profit d’activités dites «de protection».

Autre enseignement de notre classement : sur les activités non-vie, les progressions à deux chiffres qu’ont pu connaître les bancassureurs l’an dernier se font plus rares. Si Société générale Insurance et La Banque postale continuent de se démarquer avec des progressions respectivement de 16,2% et 13,7%, la majorité des acteurs affichent de moindres performances. «En dommages de particuliers, les bancassureurs ont des taux de chute plus importants que la plupart des autres réseaux. Cela s’explique notamment par la rupture des relations entre la vente et l’après-vente, mais aussi par le turnover des conseillers bancaires», avance Cyrille Chartier-Kastler. Surtout, le marché des particuliers reste très concurrentiel, d’autant plus avec la loi Hamon permettant une mobilité plus importante des clients. Toujours dynamiques en auto et MRH, les bancassureurs sont plus à la peine sur le segment de la santé où seule une poignée d’acteurs prend la part belle. Mais d’autres leviers de croissance s’offrent à ces acteurs au maillage commercial efficace. «La bancassurance retrouvera une forte dynamique de croissance quand elle se lancera davantage sur le marché des professionnels et des TPE (voire de la frange basse des PME)», anticipe Cyrille Chartier-Kastler. Un segment qui ne sera pas longtemps ménagé, tant les bancassureurs ont besoin d’orienter leur activité vers des produits d’assurance, davantage que des produits d’épargne. Après une année pleine sous Solvabilité 2, la quête de rentabilité est plus que jamais un enjeu. Très peu d’acteurs ont d’ailleurs accepté cette année de nous dévoiler leur «vrai» ratio de Solvabilité 2...
 

Assurances de personnes : Des résultats contrastés

  • L’année 2016 ne restera pas dans les annales pour l’assurance vie. Une large majorité des bancassureurs enregistre des chiffres d’affaires en recul sur ce segment. Fragilisés par les taux bas, tous ont fortement ralenti la collecte en euros. À 952 Md€, les acteurs de notre classement gèrent encore le plus gros de l’encours de l’assurance vie en France. À noter que Natixis gagne une place. La filiale du groupe BPCE gère, depuis le 1er janvier 2016, la production des contrats vie distribués par les Caisses d’épargne, jusque-là du ressort de CNP Assurances. En outre, le chiffre d’affaires d’ACMN Vie s’inscrit en baisse de 20 %, « essentiellement en raison du transfert du portefeuille de contrats des partenaires Internet vers Suravenir ».
  • En emprunteur, CNP Assurances conserve la tête du classement ; les lignes n’ont d’ailleurs pas bougé. Les bancassureurs sont dans une position défensive sur ce marché face aux offres en délégation. Pour faire face, les stratégies d’ajustement des tarifs se sont multipliées. L’ouverture, dès cette année, de la possibilité de résilier annuellement son contrat d’assurance emprunteur pour les nouveaux assurés pourrait faire bouger le classement l’an prochain et dans les années à venir puisque dès 2018, la résiliation annuelle sera également ouverte au stock des contrats.
  • CNP Assurances garde sa place de leader en prévoyance, malgré un recul de plus de 10 %, lié à la perte de sa participation dans la Banque postale prévoyance, reprise à 100 % par le distributeur historique de CNP et des redressements techniques. Sur ce segment phare dans les stratégies de diversification, les bancassureurs continuent de gagner des contrats. À noter que Prépar-vie perd 4 places dans le classement, alors qu’ACMN Vie en gagne 3.

  • 48 % Le taux d’unités de compte de Neuflize vie dans la collecte brute, le plus fort du classement.
  • 875 M€ Le montant de la décollecte nette de CNP Assurances en 2016.
  • 39 % La progression du chiffre d’affaires de Natixis en assurances de personnes.
  • 66 % La collecte nette du marché en assurance vie réalisée par les bancassureurs en 2016.

 

 

 

Assurance non-vie, la santé rebat les cartes

  • Crédit agricole Assurances et le groupe des Assurances du Crédit mutuel conservent cette année la tête du classement en non-vie. Mais les progressions à deux chiffres en dommages marquent le pas. Les bancassureurs continuent de gagner des parts de marché, mais moins rapidement qu’en 2015. La Banque postale, qui surperformait le marché, affiche des taux de croissance deux, voire trois fois moins élevés en auto et en MRH. BNP Paribas Cardif marque aussi le pas en MRH et continue de reculer en automobile. Le bancassureur pâtit des faibles résultats de Natio Assurances (19 M€ de résultat net en 2015), sa coentreprise avec Axa. Cette joint-venture prendra fin en 2018, puisque Cardif et Matmut ont annoncé un partenariat en assurances dommages avec la création d’une nouvelle structure.
  • En santé, le tournant amorcé en 2015 se poursuit : certains acteurs souffrent de la généralisation de la complémentaire santé en entreprise qui tarit le segment de l’individuel. C’est le cas pour BNP Paribas Cardif, ACMN IARD ou Suravenir. Au contraire, Société générale Insurance passe de la dernière à la 4e place. Le bancassureur, qui vient de reprendre à Aviva sa participation dans Antarius, gagne des clients en santé individuelle. « Avec le déploiement de l’ANI, les couvertures santé collectives mises en place ont le plus souvent été de piètre niveau. Il y a donc eu moins de résiliations de couvertures individuelles que prévu et beaucoup de salariés ont maintenu (voire, paradoxalement, souscrit) des couvertures individuelles en complément. Cela explique pourquoi les chiffres d’affaires de certains bancassureurs continuent de progresser sur ce segment », explique Cyrille Chartier-Kastler.

Méthodologie

  • Le classement des bancassureurs est établi sur la base du chiffre d’affaires assurance, c’est-à-dire le volume des primes encaissées par l’organisme assureur principalement via le réseau du ou des groupes bancaires.
  • Pour tous les indicateurs, le périmètre retenu est celui de l’activité exercée en France, en 2016.



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article extrait de l’argus de l’assurance

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