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TOP 30 santé : l'Ani n'a pas encore livré tous ses résultats

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La généralisation de la complémentaire santé a-t-elle rebattu les cartes ? Les performances 2015 des leaders du marché n’apportent pas de réponses décisives, d’autant que d’autres phénomènes ont impacté les chiffres. Mais certaines tendances se dessinent...


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L’année 2015 a été agitée sur le front de la santé avec les nouveaux contrats responsables, la réforme de l’aide à la complémentaire santé et bien évidemment la dernière ligne droite avant la généralisation de la complémentaire maladie à tous les salariés au 1er janvier 2016… et, paradoxalement, une année en demi-teinte. Selon le fonds CMU, le marché a faiblement progressé de 1,3 % et les chiffres du Top 30 de la santé confirment cette petite croissance de l’activité : +0,5 % pour les 10 premiers du classement, +0,9 % sur les 30 premiers.

La croissance externe

Le classement santé de L’Argus de l’assurance affiche une certaine stabilité, avec un Top 10 constitué des mêmes acteurs que l’année précédente, mais pas forcément dans le même ordre. Le duo Harmonie Mutuelles et Groupe Istya, en pleine procédure de rapprochement, conserve ainsi la première et la seconde place. Et si la suite révèle quelques bouleversements, ils tiennent visiblement à d’autres facteurs qu’aux conséquences de la bataille commerciale suscitée par l’ANI. Et en premier lieu à la croissance externe, avec la poursuite de la concentration dans le secteur non lucratif. Si AG2R La Mondiale gagne 4 places avec une croissance de 22,3 %, la performance tient à l’intégration de Réunica. L’approche proforma révèle une baisse de 3,18 %. Schéma proche pour le groupe Macif, dont la progression de 27,9 %, la plus forte du classement, s’explique pour partie par l’intégration de mutuelles dans son périmètre de combinaison.

Mariages mais aussi divorces bousculent les positions. Humanis, qui affiche la plus forte baisse de ses cotisations en affaires directes (-13,1 %) ainsi qu’un recul de 3 places, invoque notamment la sortie du groupe des mutuelles MBA et Latécoère. Son directeur général, Jean-Pierre Menanteau avance également une « politique sélective de souscription, notamment sur les récents appels d’offres et renouvellements ». Un argument repris par AG2R La Mondiale. « Priorité a été laissée aux équilibres techniques plutôt qu’au chiffre d’affaires », précisait ainsi Bertrand Boivin-Champeaux, directeur prévoyance et retraite supplémentaire du Centre technique des institutions de prévoyance (Ctip), lors de la présentation des résultats 2015.

Bref, après avoir joué leur rôle d’« amortisseur social » durant la dernière crise, les institutions de prévoyance auraient ainsi été obligées de redresser leurs portefeuilles. Yanick Philippon, responsable des assurances collectives chez Generali, confirme que celles-ci ont été moins présentes sur un marché des ETI et des grandes entreprises dynamisé par la mise en conformité des contrats responsables (lire notre interview ici).

Ceci dit, si Pro BTP affiche également une activité en recul, tous les groupes paritaires n’ont pas connu une année 2015 difficile. Klesia est en légère hausse, alors que Apicil enregistre une belle performance de 4,11 %, aidé selon son directeur général adjoint Thomas Perrin par « une progression sur les grands comptes et les branches professionnelles ». Plus encore, Malakoff Médéric n’a visiblement pas été handicapé par ses travaux de rapprochement avec La Mutuelle Générale – finalement arrêtés en mai dernier – puisque ses cotisations santé sont en hausse de 5,71 %. Et d’ailleurs selon le groupe de protection sociale, un cinquième du total de ses affaires nouvelles serait lié à la généralisation de la complémentaire santé.

Bref, il y aurait bien un effet ANI. Un effet qui n’est pas à rechercher uniquement dans les résultats en collective mais également dans ceux de l’individuel. Le cas des sociétés d’assurance est le plus troublant : les deux compagnies qui connaissent les plus belles progressions commerciales du classement, Allianz (+11,8 %) et Generali (+13,3 %), affichent également les plus fortes hausses sur la collective, respectivement +28,1 % et +15 %... tout en continuant à performer sur l’individuel pour Generali (+11 %) et à ne pas trop reculer pour Allianz (-1,4 %). A contrario, Axa et d’un Swiss Life affichent de fortes baisses en individuel, respectivement -7,4 % et -7,8 %, insuffisamment compensées par de faibles hausses en collective, à savoir +2,8 % et +2 %. Allianz et Generali auraient mieux anticipé cette bascule qui doit porter la part du collectif sur le marché de la santé grosso modo de 40 % à 60 %.

Les mutualistes Groupama et Covéa semblent également avoir bien concilié conquête en entreprise et défense du portefeuille individuel, comme les mutuelles santé Union Harmonie mutuelles et La Mutuelle Générale ou le paritaire Malakoff Médéric. Et de fait, on perçoit chez la plupart d’entre eux, une hausse significative de la part des contrats collectifs dans leur chiffre d’affaires santé global : +9,45 % pour Covéa, +11,6 % pour Groupama et surtout +14,6 % pour Allianz France. Cela dit, Crédit agricole Assurances apporte la démonstration d’un acteur encore résolument positionné sur l’individuel (97,9 %) qui affiche pour autant une des plus belles progressions (+10,6 %).

Une orientation qui ne pourra pas être corroborée avant 2017

Des tendances qui demandent à être confirmées. Les contrats d’entreprise sont généralement calés sur l’année civile et les résultats 2015 sont pour l’essentiel le fruit de souscriptions effectuées en 2014. L’embouteillage en fin d’année démontre que la très grande majorité des entreprises ont attendu le dernier moment pour se soumettre à la nouvelle obligation. Et certaines ne sont toujours pas en règle. Par ailleurs, si les clauses de désignation dans les branches professionnelles sont en partie « tombées » en 2015, certaines courent jusqu’en 2018, sans que l’on ne mesure encore très bien l’effet de la censure du Conseil constitutionnel sur le portefeuille des institutions de prévoyance.

Le véritable effet ANI se lira bien dans les comptes 2016… voire 2017. Une lecture qui sera à nouveau contrariée par la croissance externe. La dynamique de concentration se poursuit en 2016. Tout particulièrement du côté des mutuelles. L’union mutualiste de groupe réunissant Eovi MCD - Adrea - Apreva, qui doit être scellée le 5 juillet prochain, devrait intégrer le Top 10 et l’UMG MGEN-Istya-Harmonie donner naissance à un géant de la santé, avec un chiffre d’affaires en complémentaire frôlant les 5 Md€. Une dernière consolidation qui n’intervient pas seulement dans le contexte ANI, mais aussi de préparation de la prochaine vague de référencements dans la Fonction publique d’État qui débutera au second semestre 2016. Une procédure qui pourrait tout autant que la généralisation de la complémentaire santé ébranler les positions des acteurs, si l’on s’en tient aux partenariats assez surprenants annoncés ces derniers mois, que ce soit entre Unéo et Covéa, ou Intériale et Axa.

Sources : L’Argus de l’assurance et les sociétés citées NC : non communiqué. – : segment non exercé.
1. Brut de réassurance, hors acceptations.
2. La variation s’explique notamment par l’intégration en 2015 de Réunica.
3. Y compris Apgis et SMI.
4. La variation s’explique notamment par la sortie en 2015 des mutuelles MBA et Latécoère. Humanis précise que si les données 2014 avaient été retraitées la variation du chiffre d’affaires en affaires nouvelles serait de -9,8 % pour un montant de cotisations 2014 de 1 564 M€.
5. La variation s’explique notamment par l’intégration d’Apivia (issue de la fusion en 2015 des mutuelles Smip et Smam) et la sortie du périmètre de consolidation de l’institution de prévoyance AMP.
6. Hors ACMN IARD.

Méthodologie

  • Le périmètre retenu est celui de l’activité complémentaire santé en 2015, en France, réalisée par tout type d’organismes (sociétés d’assurances, bancassureurs, mutuelles d’assurances, groupes de protection sociale, mutuelles et unions de mutuelles).
  • Le classement est réalisé sur la base des cotisations de frais de soins, hors taxes (hors couverture maladie universelle et taxe spéciale sur les conventions d’assurances), brutes de réassurance et hors acceptations (« affaires directes »).

Axa, premier réassureur des mutuelles et des IP en France

Les liens de réassurance croisés entre compagnies, mutuelles et institutions de prévoyance, qu’ils s’agissent d’acceptations et/ou de cessions, ont continué de soutenir le développement de certains acteurs en santé. À ce jeu, Axa doit sa première place à son activité de « preneur » de réassurance qui a représenté 45 % de son chiffre d’affaires santé en 2015, soit 1,55 Md€. C’est d’ailleurs sur ce segment que l’assureur a tiré l’essentiel de sa croissance avec +5,85 % contre +2 % au global. « Nous sommes le premier acteur en réassurance auprès des IP et des mutuelles. Le partenariat récent avec Intériale illustre la bonne santé de cette activité. C’est une manière de soutenir des mutuelles qui n’auraient pas suffisamment de capitaux propres et de savoir-faire et pour nous, de développer notre activité en France », souligne Jacques de Peretti, directeur général d’Axa France. Loin derrière, Generali a réalisé 20 % de son CA, soit 228 M€, via des acceptations. Un chiffre qui atteint 12,3 % pour Malakoff Médéric (247,5 M€). À l’inverse, AG2R La Mondiale est devenue en 2015 l’une des plus importantes cédantes en réassurance santé avec 359 M€, suivie de près par Humanis (333 M€) et BTP prévoyance (318 M€), nouvel entrant sur le podium.

Forts contrastes sur l’individuelle et performances en collective

  • Une fois les progressions « externes » de Macif et AG2R La Mondiale écartées, les 20 premiers acteurs de l’individuelle affichent au global une tendance à la stabilité, qui peut s’expliquer par le contexte de généralisation de la complémentaire santé. Si ce n’est qu’elle masque en fait des situations très contrastées. La moitié d’entre eux enregistrent des diminutions des chiffres d’affaires, qui s’avèrent importantes pour Adrea Mutuelle et le Groupe des Assurances du Crédit mutuel, et plus encore pour Axa, Swiss Life, Intériale et Humanis. A contrario, l’autre moitié a su défendre son portefeuille et même le développer dans le cas de Crédit agricole Assurances et de Generali.
  • Sur le volet de la collective, le marché s’avère sans surprise plus dynamique. Seuls trois opérateurs sont en recul, tous des groupes paritaires d’ailleurs. La progression d’AG2R La Mondiale étant essentiellement de l’ordre de la croissance externe avec l’intégration de Réunica, les meilleures performances commerciales sont à l’actif de deux compagnies – Generali (+15 %) et Allianz (+28,1 %) – et d’un assureur mutualiste Groupama (+14,2 %) dont l’activité santé n’est pas majoritairement tournée vers l’entreprise. Même cas de figure pour Adrea Mutuelle et Covéa qui affichent également de bons résultats.


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article extrait de l’argus de l’assurance

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