Xynthia : une addition bien salée
Mots clés : - catastrophes naturelles,
- Gestion de sinistres
Sans commune mesure avec les tempêtes Lothar et Martin (7 MdE) mais sans doute plus dommageable que Klaus l'an dernier (1,5 MdE), la tempête Xynthia, qui a soufflé à travers la France le week-end dernier et causé la mort de 52 personnes, constitue une catastrophe naturelle majeure, qualifiée de « catastrophe nationale » par le Premier ministre.
C'est la conjonction de coefficients de grande marée et de vents très violents qui a provoqué les débordements de digue et les inondations brutales d'eau de mer lourds de conséquences. Alors que ressurgit le débat sur la construction en zone inondable, un expert rappelle que « la plupart des communes sinistrées disposent d'un plan de prévention du risque inondation (PPRI), lequel considère les digues comme élément de protection face au risque inondation ».
Un tiers des digues à l'abandon
Or, ces digues ne sont traditionnellement pas assurées. Toujours présentes sur le territoire de plusieurs communes, la responsabilité de leur bonne gestion et de leur entretien incombe parfois à des syndicats intercommunaux, mais plus souvent au département donc en réalité à l'État. Ainsi, pour la profession, le sujet des digues est complexe. Certaines sont publiques et entretenues par les Conseils généraux, d'autres sont privées et préservées par les particuliers, mais il en reste un tiers qui, faute de propriétaire désigné, sont laissées à l'abandon. En Charente-Maritime, le coût de la réparation des digues est estimé à 20 ME pour les travaux d'urgence et à 115 ME pour les travaux de renforcement selon la préfecture.
Les communes en première ligne
D'un point de vue assurantiel, ce phénomène actionnera deux garanties distinctes : la garantie tempête, incluse dans tous les contrats incendie et l'inondation, péril reconnu par le régime cat'nat'. À condition d'être bien assuré. Or, selon un rapport de la Cour des comptes de février 2009, 60 à 80 % du montant des dommages consécutifs à une catastrophe naturelle restent aujourd'hui à la charge des collectivités après interventions des assureurs. Contre 10 % pour les sinistres touchant les particuliers.
Néanmoins, aujourd'hui, il faut parer au plus pressé. « Nous ne laisserons tomber personne », promet Maurice Milcent, maire de L'Aiguillon-sur-Mer (Vendée). Il pense, bien sûr, à ses administrés touchés personnellement, mais aussi professionnellement puisque agriculteurs, ostréiculteurs, artisans ou commerçants subissent tous des dommages conséquents. Néanmoins, il se déclare confiant, compte tenu des moyens débloqués par les collectivités locales et l'État... période électorale oblige ! En tant que maire, il s'adressera à Smacl Assurances, qui détient ses risques RC et flotte auto. Assureur qui porte également le risque dommages aux bâtiments de La Faute-sur-Mer (Vendée). Les mutuelles du Groupement des entreprises mutuelles d'assurances (Gema), dont la Smacl, ont indiqué, dès le 1er mars, qu'elles simplifiaient les démarches administratives pour accélérer les procédures d'indemnisations de leurs sociétaires : déclarations de sinistres par tous moyens (téléphone, lettre simple, visite...) et délai jusqu'au 31 mars 2010. Idem chez Axa et Aviva, et jusqu'à la fin avril pour Allianz, sans parler des octrois d'avances et autres dispenses d'attestation de vitesse du vent.
« Indemnisation forfaitaire rapide »
Le lendemain, la ministre de l'Économie Christine Lagarde a également fixé à la fin mars le délai pour les sinistres indemnisés dans le cadre du régime cat'nat' et, comme pour Klaus, Bercy a annoncé « un système d'indemnisation forfaitaire rapide pour les dégâts inférieurs à un certain montant » et a dépêché un inspecteur des Finances comme médiateur. Mieux, Crédit agricole Assurances a supprimé le délai déclaration et exonère de la franchise. Contrairement à ce qui s'était passé en janvier 2009, rares sont les assureurs à instaurer, à ce jour, une suppression de franchise. Faut-il en conclure que la mesure leur a coûté trop cher ?
De leur côté, les sociétés d'expertise qui avaient renforcé leurs équipes et activé leurs cellules d'urgence la veille de la tempête s'attendent à un pic d'activité au cours de la semaine à venir. « Nous sommes en mesure de traiter 25 000 à 30 000 dossiers supplémentaires », indique Patrick Weil, président du groupe Prunay. Pour la seule journée de lundi, GCE Assurances avait pris en charge environ 3 500 clients !
Remettre les entreprises au travail
Dans les zones les plus affectées, il faut s'attendre à de nombreux dossiers concernant des pertes d'exploitation, plus complexes à gérer, selon Adenes, un groupe de sociétés d'expertise. Autre particularité : les inondations d'eau salée occasionnent des dégâts supplémentaires et retardent les réparations. Pour les agriculteurs, lorsque l'assurance multirisque agricole ne joue pas, le Fonds national de garantie des calamités agricoles (FNGCA) prévoit une indemnisation maximale de 75 % des dommages. Il pourra intervenir pour la destruction des parcs à huîtres, notamment en Charente-Maritime, qui compte 1 200 ostréiculteurs, ou pour les dommages causés aux vignes et aux vergers.
Hervé Novelli a annoncé la mobilisation des fonds d'intervention pour les services, l'artisanat et le commerce (Fisac) : aides jusqu'à 8 000 E pour la restauration des locaux et des outils de travail et de 2 000 E par entreprise pour l'indemnisation des pertes d'exploitation.
« Croisons les doigts : on ne va pas avoir des tempêtes comme Klaus tous les ans - normalement on va y échapper (...) Dieu va être sympathique avec les assureurs en 2010 » : l'optimisme public de François Pierson, PDG d'Axa France, lors de l'annonce des résultats annuels, va faire bien des athées parmi les assureurs qui ont fait face en 2009 à une dégradation de leur ratio combiné du fait de la crise économique et des tempêtes. Elles ont fait passer le ratio combiné de Groupama de 101,4 % à 104,7 %. Et rien que pour Klaus en France, la facture s'élève à 125 ME nets de réassurance pour Axa.
Trop tôt pour mesurer l'impact
Pour les réassureurs, il est encore trop tôt pour mesurer l'impact de Xynthia et tout pronostic serait d'après eux « hasardeux », selon Scor. Même avis chez Munich Re, où l'on refuse la comparaison avec la tempête Klaus, qui avait causé 3,8 MdE de dommages et coûté 2,2 MdE aux assureurs. Pour autant, Xynthia devrait davantage se situer au niveau de Klaus que de Kyrill, la tempête de 2007 qui avait pesé pour 4,3 MdE dans les comptes des assureurs.
Ainsi, l'addition devrait être salée, et la dégradation des ratios sinistres à primes, significative. Toutefois, les cessions des assureurs auprès des réassureurs privés pour la garantie tempête, et du réassureur public pour les catastrophes naturelles, sont importantes (50 % à la CCR). Globalement, pour les acteurs de la réassurance qui, par définition, mutualisent le risque à l'échelon planétaire, 2009 s'est révélée une année particulièrement clémente en matière d'événements naturels majeurs. Néanmoins, comme l'affirme Frédéric Gudin, sous-directeur des assurances dommage à la FFSA : « Concernant le modèle économique des risques naturels, la profession peut s'inquiéter de la survenance de plus en plus fréquente des tempêtes qui touchent la France. »










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