AMRAE 2017

precedent Suivant Spécial risques d'entreprises 5 / 12

Assurance des entreprises : la vision d'AIG, de Siaci Saint Honoré et de Bureau Veritas

Par - Publié le

,

,

,

,

,

Un assureur, un courtier et un risk manager ont accepté de confronter leurs visions du marché de l’assurance des entreprises et de s’épancher sur l’évolution de leur pratique commerciale tripartite. Capacités, gestion des sinistres, trous dans la raquette : ils ont croisé le fer.... fraternellement.

«Avec le courtier et l’assureur, il faut que nous puissions déployer des principes, des politiques, puis les traduire en actes concrets par des polices d’assurance », explique François Beaume, directeur des risques et des assurances de Bureau Veritas, entreprise mondiale de 4 600 collaborateurs. Depuis Paris, le risk manager doit parer au maximum d’aléas pouvant frapper son entreprise, parfois à des millions de kilomètres de sa base et coordonner l’instruction rapide des sinistres, quand ils interviennent. Pour lui, aucun doute, ses partenaires courtiers et assureurs sont essentiels pour l’aider dans sa mission de paratonnerre. Ce qu’il veut ? Faire vivre ses programmes !

Hervé Houdard, directeur général de Siaci Saint Honoré

Vice-président et directeur général, depuis 7 ans, du 4e courtier généraliste du marché français Hervé Houdard a 38 années de courtage à son actif. Il a aussi présidé la chambre syndicale des courtiers d’assurances (CSCA) entre 2014 et 2016, contribuant à l’avancée du chantier d’unification de cette instance patronale. Fort de plus de 3 500 clients professionnels, Siaci Saint Honoré emploie 2 000 collaborateurs. Le cabinet est particulièrement reconnu pour son expertise en protection des risques industriels, en mobilité internationale et en protection sociale. En 2016, Siaci a repris le cabinet Cap Marine (corps de navire) et Dufaud Courtage (bijouterie et risques spéciaux).

Le service au coeur du triangle d’affaires…

Très opérationnelle, l’assurance des risques d’entreprise n’est pas une collection de contrats rangés dans un tiroir. « Nous accompagnons notre client en lui offrant des services au quot idien », confirme Hervé Houdard, directeur général de Siaci Saint Honoré. Un point incontournable. Car neuf fois sur dix, si un courtier perd son client, c’est en raison de… la mauvaise gestion des contrats. « Si la stratégie de placement, les montages ou la construction des programmes constituent un prérequis, c’est le quotidien qui est crucial », insiste Hervé Houdard. La relation tripartite est donc basée sur le service. Christophe Zaniewski, directeur général d’AIG opine : « C’est notre enjeu critique que nos courtiers aient confiance en la qualité de notre service. Nous nous attachons à le prouver tous les jours ». Cette attente servicielle est exacerbée par un contexte de surcapacité du marché. Celui-ci déborde de liquidités pour financer les programmes d’assurance des entreprises. « La tension n’est donc pas portée sur la négociation tarifaire, mais sur le service », observe Hervé Houdard. À elle seule, cette valeur ajoutée peut faire la différence. Quelles rétentions possibles ? Comment transférer l’assurance ? Quels systèmes de reporting ? Autant de questions auxquelles il faut apporter des réponses. « Pour les entreprises, on fait de l’aide au développement », estime le patron de Siaci « Mais après, il faut délivrer le service promis ! C’est pourquoi nous formalisons les services que nous attendons des courtiers dans des conventions avec des objectifs clairs », réagit François Beaume. Il y a, aujourd’hui, de l’engagement de service dans l’air. « À l’origine, la relation contractuelle était exclusivement entre l’assuré et l’assureur, rappelle Hervé Houdard. Le courtier restait un intermédiaire, qui n’était parfois même pas mentionné dans la police et, paradoxe, il était payé par l’assureur ! » Une pratique à laquelle 2001 a mis un terme. À la suite de la crise mondiale sur le marché des grands comptes, le monde commercial de l’assurance s’est concentré, structurant les liens entre ses diverses parties prenantes.

François Beaume, directeur des risques et des assurances de Bureau Veritas

Intégré à une équipe juridique, risques et conformité reportant à la direction du groupe, François Beaume est le risk manager de Bureau Veritas, leader mondial dans l’évaluation de la conformité et la certification. Le périmètre de risques IARDT (Incendie, Accident, Risques divers et Transport) qu’il couvre s’étend sur 140 pays à travers 160 polices de fronting. En pratique, il s’appuie, en interne, sur un réseau de plus de 70 correspondants juridiques et techniques, et, en externe, sur 6 courtiers et 10 assureurs qui lui bâtissent des programmes couvrant ses risques informatiques, cyber, stratégiques, dommages, RC...

… Car la valeur ajoutée n’est pas dans la capacité

« Aujourd’hui, nous, courtiers, sommes trop nombreux pour un volume d’affaires dans les grands risques qui n’est plus assez important », analyse Hervé Houdard. « C’est surtout sur la décennale que nous pourrions avoir des problèmes de capacités, constate François Beaume. Les assureurs jugeant cette branche peu attractive. » Et Hervé Houdard d’évoquer aussi les capacités encore plafonnées sur les garanties de passif en cas de fusion-acquisition : « On vient de finaliser un deal, avec le marché de Londres, on peut atteindre 500 M€ de capacités. » Pour le reste, c’est Byzance et a priori, pour longtemps, grâce, entre autres, aux tarifs toujours plus bas de la réassurance. Toutefois, la dimension en capital ne représente parfois que 30 % de la prestation d’un assureur. Le reste ? Du servicing, encore et toujours (ingénierie dans le dommage, plateformes consacrées aux réseaux de distribution dans l’affinitaire...). Enfin, sans grever le surplus en capital, la réglementation le structure. « Le dimensionnement du capital qu’une compagnie doit allouer à son activité est plus compliqué depuis Solvabilité 2 du fait de la granularité d’analyse requise et des éléments de calculs plus nombreux et fins qu’auparavant », témoigne Christophe Zaniewski. « Ceci nous impose de clarifier la définition de nos appétits, notamment pour les grands risques. » Enfin, les entreprises ne couvrent également pas tout. « Le fonds de commerce de notre métier, c’est de faire émerger des constats, qui peuvent faire peur, d’élaborer des scénarios et d’assurer… Ou pas », confirme François Beaume qui dit choisir « des polices bien particulières quand on investit dans certains pays [et utiliser] différents outils pour couvrir différents risques : rétention avec ou sans captive, transfert aux assureurs et réassureurs, etc. Il y a plusieurs modalités. »

Christophe Zaniewski, directeur général d’AIG France

Le nouveau directeur général de l’assureur mondial en dommages, responsabilités et services financiers (RC dirigeants, programmes internationaux, tous risques chantiers...) a succédé à Fabrice Domange – devenu président de Marsh France, en août 2016. AIG (American International Group) emploie 350 collaborateurs dans l’Hexagone qui reste le 4e pays du groupe après les États-Unis, le Japon et le Royaume-Uni. La filiale française diffuse ses couvertures via 2 600 courtiers dont 50 % sont actifs, et 6 délégations régionales. Christophe Zaniewski répond de 15 ans d’expérience dans le groupe comme directeur financier de divers pays, puis directeur des opérations Europe de l’Ouest.

Assurer l’immatériel

Sur le plan des risques à couvrir, François Beaume s’inquiète aujourd’hui d’assurer la fameuse perte d’exploitation sans dommage. « Comme pour les couvertures supply chain, c’est l’exemple type de la ligne où l’assureur et le courtier jouent un rôle de conseil et non pas une fonction strictement financière avec un fort volet préventif, car les dégâts immatériels mondiaux consécutifs à la rupture d’une chaîne d’approvisionnement ou à un acte terroriste ne sont pas en pratique totalement assurables », commente Christophe Zaniewski. La solution ? Assurer tout ce qu’il reste d’aléas après les analyses de prévention. « Sinon, c’est sans limite », ajoute Hervé Houdard. Les nouvelles polices cyber seront amenées à couvrir partiellement la PE sans dommage. « Si l’on ajoute la RC et les risques politiques, on comprend que sans expertise technique, le courtier n’existe plus », analyse le patron de Siaci. Idem pour les assureurs. « L’avenir tient à la rigueur de souscription », glisse Christophe Zaniewski qui ne signe pas un contrat fraude, par exemple, sans mesures de contrôle préventif chez l’assuré. Quant à, justement, la nécessité de comprendre qui fait quoi techniquement… « On établit des frontières tous les jours avec nos assureurs », précise Hervé Houdard.

Une relation d’affaires régie par une charte

Après une première charte bipartite signée en 2006 entre l’association pour le management des risques et des assurances de l’entreprise (Amrae) et la Fédération française des courtiers d’assurances (1) (FCA), une seconde charte tripartite a été signée en 2013. Elle redéfinit la relation d’affaires entreprises/courtiers/assureurs pour les marchés privés dans le cadre de l’assurance non-vie des grandes entreprises avec la Fédération française de l’assurance comme nouveau signataire. Guide business, le document formalise les critères des polices locales, le pilotage des appels d’offres, les responsabilités respectives, les conditions d’apérition, la rémunération indirecte, les assiettes de primes... Une nouvelle charte quadripartite avec les réassureurs pourrait voir le jour.
1. Ex-CSCA.

La valeur sinistre prédomine

En aval, la gestion de sinistres reste cependant la raison d’être du courtier. « C’est aussi pour cela qu’une entreprise missionne un courtier, sachant que l’attente ne se réduit pas au simple chèque », déclare François Beaume. C’est quand le sinistre survient que tout commence pour le courtier : « Mesures d’urgence, solutions de back-up, planification de reprise d’activité, processus d’indemnisation tant immédiat que futur au titre des pertes d’exploitation… C’est pour cela qu’il est très utile de faire des simulations de sinistres au moment de la souscription », témoigne Hervé Houdard. Critique, cette valeur l’est aussi pour Christophe Zaniewski : « La réalité de prise en charge d’un sinistre est souvent plus subtile qu’il n’y paraît et le résultat final relève à l’occasion d’une négociation. Pour autant, l’entrepreneur a besoin de liquidités rapidement suite à un sinistre important, c’est pourquoi nous regardons dès la conception de certains produits, la possibilité de règlement direct et rapide d’une partie de l’indemnisation. Aussi, par exemple, pour une mise en cause D&O (NDLR : RC des dirigeants et des administrateurs) aux États-Unis, le fait de disposer d’équipes sur place, au fait de la législation et de la complexité locale est un réel plus pour accompagner nos clients. » Il lui faut donc un conseil, un avocat de l’assurance, bref un courtier qui lui obtiendra un règlement rapide satisfaisant plutôt que six mois de contentieux. « C’est une coconstruction à trois », conclut François Beaume. À trois mousquetaires du risque.


precedent Suivant Spécial risques d'entreprises 5 / 12

Hervé Houdard

Hervé Houdard

Directeur général de Siaci Saint Honoré

Hervé Houdard est né le 29 juillet 1957. Autodidacte 1973-82 : Hervé Houdard débute sa carrière au sein du groupe Rhin & Moselle, spécialisé en assurances. 1982-94 : Responsable de la [...]

Lire la suite
Christophe  Zaniewski

Christophe Zaniewski

Directeur général d'AIG France

Christophe Zaniewski est né en 1969. Diplôme de l'ESC Montpellier. Diplôme du CHEA (Centre des hautes études d'assurances). Auditeur financier chez Salustro-Reydel puis en poste chez Aviva [...]

Lire la suite

Effectuer une autre recherche

Rechercher