Assurance dommages : une rentabilité très fragile selon Moody’s

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L’agence de notation place l'assurance dommages sous perspective négative, car elle estime que le relèvement des prix en auto et MRH ne suffira pas à compenser la hausse de la sinistralité. Elle adresse un avertissement aux assureurs-vie concernant, à moyen terme, la concurrence des banques et gestionnaires d'actifs.

Le climat est morose pour les assureurs dommages. Confrontés à une hausse de la sinistralité, ils voient leur rentabilité technique se dégrader mais leur marge de manœuvre reste limitée pour relever les tarifs du fait de l’intensité de la concurrence, encore renforcée par la loi Hamon. Dans ce contexte, l’agence de notation Moody’s place l’assurance dommages sous perspective négative, estimant que «les bénéfices des assureurs dommages vont, de fait, demeurer limités » en 2018.

A l’exception notable de la MACSF qui a décidé de geler ses cotisations en auto et de la Matmut qui fait de même en MRH, 2018 devrait, en effet, être l’année du rattrapage tarifaire pour les assureurs dommages. Le cabinet Facts&Figures s’attend à des hausses comprises entre 1 et 2% en MRH, et 2 à 3% en auto. « Les sociétés françaises d'assurance dommages augmenteront leurs prix à un rythme légèrement plus élevé que les années précédentes, notamment en assurance automobile. Mais en raison de la forte concurrence, ces majorations compenseront à peine l'augmentation de la sinistralité », relève Benjamin Serra, VP - Senior Credit Officer chez Moody’s.

L'assurance auto techniquement déficitaire

L'assurance automobile, notamment, demeurera techniquement déficitaire en raison d’une dégradation des sous-jacents (coût des réparations, hausse du coût des accidents corporels) et les ratios combinés en assurance dommages se maintiendront dans l'ensemble autour de 100%, soit proche du seuil de rentabilité, prédit Moody’s. « La rentabilité des assureurs est, de ce fait, vulnérable en cas d'une augmentation inattendue de la sinistralité », souligne l’agence.

En outre, les assureurs dommages ne pourront plus compter sur leurs résultats financiers pour compenser la perte de rentabilité technique en raison de taux d’intérêt toujours bas. L’agence relève toutefois sur une note plus positive qu’à la faveur d’une récente remontée de ces taux, les assureurs ne seront plus tenus d'ajuster le taux d'actualisation des provisions de rentes automobile.

Avertissement aux assureurs vie

Quant à l’assurance-vie, l’agence place le secteur sous perspective stable, du fait de sa résistance à l'environnement de taux bas. Selon Moody’s, la capacité des assureurs vie à répercuter sur les assurés l’impact de la baisse de leurs résultats financiers en réduisant les taux servis va protéger leur rentabilité. Sans surprise, dans cet univers de taux bas, l’agence s'attend, à ce que les compagnies continuent à voir leurs ventes de contrats en unité de compte croître et leurs ventes de produits à capital garanti (fonds euros) régresser.

Toutefois, la collecte nette d'assurance vie est en régression et une phase de décollecte pourrait s’amorcer entre 2018 et 2022, estime l’agence, en raison de l'augmentation structurelle des rachats et des prestations, couplée à un niveau historiquement faible de la collecte brute. La cause : l’accroissement de la concurrence avec les banques et gestionnaires d’actifs.

Moody’s lance au passage un avertissement aux assureurs vie : cette concurrence « s'intensifie du fait de la faiblesse des taux d'intérêt mais aussi de la mise en place d'un prélèvement forfaitaire unique - ou « flat tax » - sur l’ensemble des produits d'épargne. Face à cette redéfinition du paysage, à défaut de parvenir à concevoir de nouveaux produits d'épargne et de prévoyance que les banques et gestionnaires d'actifs ne seraient pas en mesure de transposer dans leur offre, les assureurs seront, sur le long terme, confrontés à des difficultés pour maintenir leur rentabilité ». Une mise en garde qui rejoint celle de l’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution (ACPR), invitant les assureurs à « concevoir les bons produits » d’épargne. La balle est dans leur camp.

 



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