Assurance emprunteur : les parlementaires ouvrent l'ère de la résiliation annuelle

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Après une tentative avortée dans le cadre de la loi Sapin 2, les parlementaires français ont finalement adopté définitivement la résiliation annuelle en assurance emprunteur. Les acteurs en délégation affutent leurs armes pour faire bouger les lignes.

Satisfecit général pour les promoteurs d’une plus forte concurrence en assurance emprunteur. Le Parlement a définitivement validé, le 9 février dernier, la faculté de résiliation annuelle pendant toute la durée d’un prêt immobilier. Le Sénat et l’Assemblée nationale avaient adopté en commission mixte ­paritaire un amendement en ce sens du sénateur Martial Bourquin (PS) lors de l’examen du projet de ratification d’ordonnances relatives à la consommation.

Une adoption qui intervient après que le Conseil constitutionnel a censuré une précédente tentative dans le cadre de la loi Sapin 2, à l’automne dernier. Le droit de substitution annuel du contrat d’assurance ­emprunteur est donc enteriné, pour les offres de prêts émises à compter de la publication de la loi, tout en maintenant la possibilité ouverte par la loi Hamon, de résiliation pendant le délai de 12 mois après la signature de l’offre de prêt. Le texte adopté prévoit également le changement de garan­ties sur le stock des contrats à compter du 1er janvier 2018.

Des acteurs très mobilisés

Cette fois, c’est donc la bonne. Mais cette nouvelle disposition fera-t-elle bouger les lignes d’un marché qui peine à voir évoluer sa répartition de 80% du marché détenu par les banques, contre 20% seulement en délégation ? Plus précisément, selon les chiffres de la Fédération française de l’assurance, sur 8,8 Md€ de cotisations en assurance emprunteur, 1 Md€ est réalisé en délégation. Certains y croient. Selon Bernard Le Bras, président du directoire de Suravenir, «la nouvelle loi permettant la résiliation annuelle va entraîner une plus grande mobilité des clients, encouragée, notamment, par l’action de certains acteurs de la place». 

Des acteurs qui sont déjà mobilisés. «Proposer une délégation d’assurance emprunteur est un avantage conséquent pour nos clients. Il y a peu de produits dans notre univers concurrentiel qui permettent de proposer autant d’économies, avec de surcroît des améliorations de garanties. Nos réseaux de distribution, qui ont une approche de conseil global en assurance envers leurs sociétaires sont sensibles à ce produit, et le proposent largement aux clients concernés», explique Isabelle Delange, directeur général de Sécurimut, la filière métier assurance emprunteur de Macif et Maif. D’autres encore investissent le canal Internet pour capter des clients. 

Le digital, accélérateur de concurrence

Résiliation annuelle ou pas, les courtiers n’ont pas attendu cette dernière loi pour améliorer la relation client. En effet, l’ouverture du marché de l’assurance emprunteur a modifié le paysage de la distribution et poussé les courtiers à investir le terrain du digital. Depuis plusieurs mois, les annonces de parcours de souscription digitalisés se succèdent. CBP, Utwin, ou encore April ont développé des plateformes, Extranet ou outils visant à permettre une expérience full digital. L’objectif ? Séduire l’assuré final, en lui promettant simplicité et rapidité, absence de démarches papier, sécurisation des délais, possibilité d’achever sa transaction à domicile. Une recette qui porte ses fruits. Comme l’indique Bernard Le Bras, président du directoire de Suravenir (voir p. 30 « Sans détour »), « le fait que nos deux contrats Naoassur et Sérévi Emprunteur soient accessibles en ligne a augmenté les souscriptions, de plus de 40 % en 2016 ».

Mais face aux offres bancaires, l’argument tarifaire sera t-il suffisant ? Si la résiliation annuelle va ouvrir une voie aux assurés ayant eu un antécédent de santé, «l’intérêt pour l’emprunteur de changer d’assurance n’est pas systématique, avance Norbert Gautron, actuaire associé chez Galea & ­Associés. Il ne faut pas se baser uniquement sur les tarifs pour changer d’assurance, mais analyser les garanties notamment les garanties décès, les exclusions, l’acceptation des sinis­tres, etc. En outre, en fonction du montant de l’emprunt et de la ­durée restante, l’intérêt du client sera différent notamment du point de vue de la garantie décès».

Des améliorations possibles

Certes, les garanties restent encadrées par l’exigence d’équivalence arbitrée par le comité consultatif du secteur financier, mais il reste de la place à des améliorations, d’autant que l’assurance emprunteur est un produit qui offre des marges confortables. L’important sera de miser sur des offres de bonne qualité et un vrai conseil ajusté.

  • 8,8 Md€ de cotisations en assurance emprunteur.
  • 1 Md€ de cotisations pour les contrats souscrits en délégation selon les chiffres de la FFA, soit 12 % du marché total de l’assurance emprunteur.

En attendant, pour capter des clients, les outils d’analyse techni­co-marketing se développent chez les banquiers et les assureurs pour mieux analyser les assurés susceptibles de changer d’assurance. «On voit apparaître la notion de valeur client (NDLR : capacité de multiéquipement, etc.). Cette meilleure connaissance client pourrait faire bouger les lignes», explique Norbert ­Gautron. C’est d’ailleurs la démarche entreprise par April qui a fait évoluer son offre en début d’année. «Nos analyses techniques, effectuées sur un historique très important, nous ont permis de déterminer une nouvelle segmentation fondée sur le statut professionnel, mais aussi et surtout, sur la profession, qui est une donnée beaucoup plus riche. Cette segmentation est une nouvelle façon de comprendre et d’analyser le risque ; elle nous a permis d’améliorer la compétitivité tarifaire de notre produit pour 70 % des devis que nous réalisons», expliquait à cette occasion ­Patrick Burtin, directeur Assurance Emprunteur & directeur marketing chez April Santé Prévoyance.

Reste que les banques, qui naviguent dans des eaux hostiles du fait du contexte de taux bas, ne resteront certainement pas sans réagir, comme le montre déjà les contrats "défensifs", autrement dit individuels développés par certaines d’entre elles. Un positionnement "complémentaire" pourrait être étudié. Comme l’avance Norbert Gautron, «les courtiers, qui peuvent avoir plus de mal à capter des clients susceptibles de changer d’assurance, auraient peut-être intérêt à créer des contrats associatifs ouverts, à négocier avec les banques».

BPSI’s Naoassur imagine une complémentaire emprunteur

Le courtier BPSI’s Naoassur lance dès le mois de mars une nouvelle version de son contrat emprunteur. Avenir Naoassur emprunteur Équivalence 2 se démarque par toute une série de nouveautés dont la formule Duo destinée aux assurés qui ont « accepté de souscrire le contrat d’assurance proposé par [leur] banque ». Le principe vise à permettre aux souscripteurs de ne prendre que les garanties minimales du contrat groupe bancaire, complété par l’offre Duo qui peut couvrir les garanties décès/PTIA (perte totale et irréversible d’autonomie) et arrêt maladie. L’objectif est de faire baisser le coût moyen de l’assurance pour le client. En outre, cette offre permet à l’assuré de désigner un autre bénéficiaire que la banque pour les sommes assurées restant dues.


Bernard Le Bras

Bernard Le Bras

Président du directoire de Suravenir, filiale du Crédit Mutuel Arkéa
Directeur du pôle produits de Crédit Mutuel Arkéa

Bernard Le Bras est né le 27 juin 1958 en Bretagne. Diplôme de l'École des hautes études commerciales de Paris (HEC). Actuaire spécialiste de l'impact financier du risque. Responsable marketing chez [...]

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article extrait de l’argus de l’assurance

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