Assurance vie luxembourgeoise : l'épargne passe la frontière

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L'assurance vie luxembourgeoise sort de l'ombre et séduit désormais non seulement les gros épargnants français, mais aussi les CGPI et les compagnies hexagonales.

stacks of coins
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© Thinkstock

30 Md€

L'encours de l'assurance vie luxembourgeoise en provenance de France a presque doublé depuis 2010.
(Source Commissariat aux assurances)

C'est un cap symbolique : la France vient de franchir les 30 Md€ d'encours d'assurance vie souscrite en droit luxembourgeois. Déjà en tête du marché en 2013, devançant pour la première fois la Belgique, en fort recul du fait d'une amnistie fiscale, les épargnants français ont confirmé leur attrait pour le Luxembourg en 2014 : «Au premier semestre, la France a représenté 34% de la collecte» [3,8 Md€ de primes sur 11,30 Md€, NDLR], commente Fabrice Sauvignon, directeur général de La Mondiale Europartner, numéro trois de l'assurance vie dans le Grand-Duché (voir graphique).

Refuge psychologique

Certes, cet afflux n'est pas nouveau. «Chaque crise a eu un effet évident de booster sur l'assurance vie au Luxembourg», selon Karine Gineste, directrice assurance au cabinet de conseil Périclès. Crise de liquidités des banques en 2009, crise des dettes souveraines remettant en cause l'euro fort... : le Luxembourg a toujours constitué une réponse à l'anxiété des clients patrimoniaux français. Cette manne d'épargne en provenance de France interpelle : moindre appétence pour l'assurance vie française ? «Il n'y a pas de cannibalisation, les deux offres proposent des possibilités de gestion patrimoniale et des objectifs différents», affirme Christophe de Vaublanc, directeur général de Swiss Life Assureur Gestion privée. Marché de l'immobilier locatif en berne ou succès de la cellule de régularisation des avoirs non déclarés en provenance de Suisse ? Les hypothèses sont nombreuses...

Souple et rassurant

En tout cas, d'où qu'elle vienne, cette épargne est attirée vers le Luxembourg en raison de la souplesse de la gestion financière et d'une meilleure garantie des capitaux, affirment les spécialistes. Les contrats luxembourgeois rassurent... et sortent de l'ombre : «Aujourd'hui, l'assurance vie luxembourgeoise n'est plus cachée, indique le président de l'Association nationale des conseils financiers (Anacofi), David Charlet. Le produit est davantage standardisé. Cela crée peut-être une appétence, un intérêt supplémentaire pour des clients qui disposent d'un certain patrimoine.»

Mieux, l'offre et la distribution s'organisent. À l'instar de Swiss Life : «Alors qu'auparavant, nous n'avions qu'un contrat intégralement en unités de compte, en janvier, nous en avons créé un nouveau, SwissLife Premium Lux, qui intègre le fonds en euros de SwissLife Assurance et Patrimoine. Cela attire une nouvelle typologie de clientèle», confie Christophe de Vaublanc, qui ajoute aussitôt : «Plus de 80% de la collecte continue à être faite sur les unités de compte en gestion libre ou à travers les fonds internes dédiés (FID). Le fonds général a surtout un effet rassurant.»

Le moins exotique des étrangers

Les nouveaux venus seraient donc attirés par les fonds garantis, dont la collecte a enregistré une hausse de 33% au premier semestre 2014 (soit 52% des primes), du jamais vu dans un pays dont la spécificité est de proposer des contrats offrant parfois jusqu'à plusieurs milliers de fonds différents.

Devenu «le moins exotique des produits étrangers», selon David Charlet, le contrat luxembourgeois attire donc non seulement les épargnants français, mais aussi les conseils en gestion de patrimoine : «L'assurance vie au Luxembourg est devenue une valeur refuge, un argument fort pour les CGPI, qui jouent notamment sur la sécurité auprès de leur client», indique Karine Gineste. Opinion partagée chez Swiss Life : «Le marché luxembourgeois est connu depuis longtemps dans les banques privées, mais de nouveaux acteurs comme les CGPI se sont approprié ces contrats, car ils se sont formés et sont mieux à même de les expliquer à leurs clients.» Chez Swiss Life, 80% de la collecte proviennent des banques privées et 20% des CGPI.

Vocation à rester sur le haut de gamme

Il est désormais quasi inconcevable pour un acteur de l'assurance vie patrimoniale en France de ne pas proposer un contrat luxembourgeois. Après Generali, Skandia ou même Afi-Esca début 2014, c'est au tour de CNP Assurances de monter une structure. En quelques années, les assureurs français ont pris le leadership du marché : sur les sept premiers acteurs, plus de la moitié sont des filiales d'assureurs vie français (voir tableau). Le petit chemin qui menait l'épargne française au Luxembourg est désormais devenu une autoroute.

Peut-on parler pour autant d'une démocratisation des contrats luxembourgeois ? Si certains, comme le courtier en ligne Patriméa, proposent la gratuité des frais d'entrée, le seuil reste cependant élevé : pour ouvrir un fonds interne dédié, la spécialité luxembourgeoise, il faut investir au moins 250 000 €. Et pour bénéficier de fonds qu'on ne trouve pas en France (fonds spéculatifs, produits dérivés, etc.), il faut disposer d'un patrimoine financier d'au moins 2,5 M€. «L'assurance vie au Luxembourg a vocation à rester sur le segment haut de gamme de la gestion de patrimoine», affirme Fabrice Sauvignon. Et il n'y a aucun avantage fiscal pour les résidents français, répète à l'envi les acteurs.

Pour Yohann Niddam, associé chez Périclès, qui vient d'ouvrir un bureau dans le Grand-Duché, le Luxembourg a un autre atout : «L'assurance vie luxembourgeoise est mondiale, alors que les marchés de l'assurance vie, notamment la France, sont encore très nationaux.» Un savoir-faire à l'international qui séduit les assureurs français.

Les français en bonne place... et en bone forme : Évolution des primes d’assurance vie au Luxembourg

Le top 7 des assureurs vie du Grand-Duché représente plus de 65% du marché. Les filiales des groupes français sont les seules en progression.

LE POIDS GRANDISSANT DU MARCHÉ FRANÇAIS

Le poids du marché français progresse, alors que l’assurance vie luxembourgeoise a gagné 18,22% au premier semestre 2014.

POURQUOI LES CONTRATS LUXEMBOURGEOIS SÉDUISENT

  • Une épargne sécurisée. Plafonnée à 70 000 € en France, la garantie n'a pas de limite, sauf celle de la « solidarité entre assurés ». Grâce au « super-privilège », les assurés sont les créanciers de premier rang de la compagnie. Le « triangle de sécurité » est un mécanisme qui veille à une stricte séparation des actifs des assurés et de ceux de l'assureur.
  • Un savoir-faire à l'international qui séduit notamment les expatriés (contrats multilingues, multidevises, fiscalité évolutive selon le pays de résidence, etc.).
  • La richesse de l'offre financière, conditionnée cependant, pour les fonds internes dédiés (sorte de mandat de gestion), au versement initial et au patrimoine financier détenu : au moins supérieur à 250 000 €, voire 2,5 M€ pour des investissements dans des instruments non éligibles en France (fonds spéculatifs, contrats dérivés, etc.).

Les acteurs français de l’assurance vie au Luxembourg sont surtout ceux qui sont déjà bien implantés en assurance vie patrimoniale en France.

Fabrice Sauvignon, directeur général de La Mondiale Europartner

Le marché luxembourgeois est connu depuis longtemps dans les banques privées, mais de nouveaux acteurs comme les CGPI se sont approprié ces contrats, car ils se sont formés et sont mieux à même de les expliquer et de les présenter à leurs clients.

Christophe de Vaublanc, directeur général de Swiss Life Assureur Gestion privée


 


Christophe  de Vaublanc

Christophe de Vaublanc

Directeur général de Swiss Life Assureur gestion privée

Christophe de Vaublanc est né le 25 juillet 1969 à Guérande. Diplôme d’expert-comptable. 1997-2001 : responsable du contrôle de gestion du groupe Monné-Decroix. 2001-07 : [...]

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article extrait de l’argus de l’assurance

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