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Automobile : vers l'assurance de la mobilité

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Déjà assureurs des plateformes collaboratives automobiles, les compagnies et les mutuelles commencent à lancer leur propre offre qui associe, notamment, la «RC au conducteur», quel que soit le véhicule conduit.

Jesussanz / GettyImages / L’ARGU S DE L’ASSURANCE
Jesussanz / GettyImages / L’ARGU S DE L’ASSURANCE

Le 4 mai, c’est en grande pompe que Maif a lancé, via sa filiale Altima, sa première solution BtoC d’assurance collaborative qui couvre la communauté des conducteurs de véhicules électriques. Spéci­fique, ce nouveau contrat tous risques et sans franchise inclut une garantie corporelle, de l’assis­tance et des services adaptés (location ponctuelle de véhicule thermique, redistribution de 30 % de la prime en cas de faible sinistralité…). « Avec cette offre, la Maif n’hésite pas à disrupter son propre ­modèle », affir­me Pascal ­Demurger, directeur général de Maif et ­président d’Altima, qui a transformé sa filia­le en insurtech maison, à même de rivaliser avec les solutions existantes des plateformes Wecover, Inspeer, Wizzas et Otherwise (1). Partenaire d’une dizaine de sites d’autopartage (TravelCar, Wheeliz, Koolicar...), la mutuelle se lance donc seule, en vente directe. Exactement comme Axa avec Ma Mobilité – la première assurance temporaire qui sécurise le conducteur en cas d’emprunt de véhicule, en autopartage ou en covoiturage, – et GMF avec Auto Pass qui assure entièrement le sociétaire lorsqu’il loue un véhicule, par le biais d’un loueur classique, un particulier ou une entreprise d’autopartage (l’option couvre le reste à charge de l’assuré locataire en cas de sinis­tre, notamment les franchi­ses des loueurs pros) ou lorsqu’il met en location le sien (absence de ­malus ou de franchise en cas de sinis­tre) voire covoiture des person­nes (­couvertes). Idem pour la Matmut et son extension de garantie Autopartage Matmut.

Dislocation des couvertures

D’ici 25 ans, l’utilisation de multi­ples moyens de locomotion ­partagés primera sur la possession d’un véhicule (voir schéma ci-­dessous). Les assureurs an­ti­cipent donc cette bascule en ­assurant un individu conducteur et non plus un véhicule. « On va assister à une dislocation entre RC, dommages aux véhicules et corporel conducteur », estime Cyrille Chartier-­Kastler, président de Facts & Figures.

Premier assureur automobile en marque unique, la Macif a pris les devants. La mutuelle a annoncé, il y a quelques semai­nes, soutenir GoMore, la plate­forme européenne de location courte et moyenne durées de voitu­res entre particuliers et de covoiturage ­gratuit, à hauteur de 5 M€. « Nous fournissons en inclu­sion une assurance tous risques, de la RC et de l’assistance », détaille Jean-­Philippe Dogneton, directeur ­général délégué de la Macif pôle IARD, qui accompa­gne déjà, ­depuis 10 ans, Citiz. Ce premier réseau de location de véhicules en libre-service est présent dans 90 villes avec un millier de véhicules. « On a contourné le problème en créant une coopérative qui est titulaire d’un contrat flotte classique, et comme nous sommes un meilleur risque en gravité qu’un loueur traditionnel, le coût a déjà diminué », témoigne Jean-Baptiste Schmider, directeur ­général de Citiz qui s’auto-assure (au tiers) pour les petits sinistres, gérés en interne. « L’assurance est un élément crucial pour attein­dre notre équilibre », affirme-t-il.

Assurer le conducteur

De part et d’autre, assurer la mobi­lité s’apprend. D’où l’avalanche de partenariats et de coconstructions diverses entre assureurs et plateformes. Depuis BlaBlaCar (assurance auto+garanties complémentaires telles le prêt du volant ou le rachat de franchise), Axa a signé avec OuiCar, Parkopoly ou encore Ornikar. De son côté, Allianz ­assure Drivy, T­ripndrive, LuckyLoc, DriiveMe et soutient Wever (co­voi­turage) et Vulog (auto­partage) via son accélérateur. ­Objectif : passer d’une tarification annualisée à une tarification à l’usage, par exemple quelques euros pour un week-end, qui est un casse-tête tech­ni­que. « Ce modèle n’a pas fait la preuve, à date, de sa rentabilité, sans parler du fait que l’assurance RC est obligatoire que le véhicule roule ou non », prévient ­Valérie Cohen, directrice tech­ni­que produits IARD de ­Covéa. « L’exploitation actuarielle ­demeure encore difficile, l’approche est ­empirique, mais l’expérience ­sinistres nous aide à faire évoluer le prix et le montant de la franchise intégrée », poursuit Jean-Philippe Dogneton.

Chez Maif, Thomas Ollivier, responsable de l’économie collaborative, confirme : « Pour l’instant, sur l’autopartage, la sinistralité reste forte en moyenne, mais avec l’effet volume, cela s’améliore ». De fait, le ratio sinistre/prime de ­BlaBlaCar, avec 2,4 millions de trajets assurés et une moindre fréquence d’accidents « est aujourd’hui dans la zone ­normale », confie Gwenaël Moy, le General Manager Insurance. « On a un taux de sinistralité plus faible que les loueurs tradi­tionnels », certifie Marion Carrette, fondatrice de OuiCar. La plateforme de location de véhicules entre particuliers inclut dans son tarif l’assurance qui remplace alors celle du propriétaire le temps de l’usage du bien et des options comme le rachat de franchise, l’annulation ou la garantie du véhicule (pack Sérénité). « Cela représente 15 % du prix, contre 17 € par jour au démarrage, ce qui pouvait doubler le prix de la location ! », raconte Marion Carrette dont trois experts data en interne segmentent actuellement, avec l’aide d’Axa, les profils de risques en fonction de la voiture et du conducteur. Les prix s’ajustent. Son concurrent Drivy a internalisé la fonction de risk manager en embauchant un directeur risques et assurance : Pierre Beret qui dirige sept gestionnaires de sinistres. « On a un contrat flotte doublé d’options de rachat de franchise », explique celui qui fait porter son risque par Allianz et atteste avoir moins de fréquence de sinistres qu’un loueur classique. En catégorisant les véhicules et avec de la data interne, il développe « des métho­des scientifiques pour éloigner les mauvais risques ». L’enjeu est donc partagé !

Cyrille Chartier-Kastler, président de Facts & Figures
« Les assureurs doivent développer leurs propres packages de mobilité »

  • La location de voiture entre particuliers et en libre-service se développe. Comment qualifieriez-vous la nature de ces risques ?
    La location courte durée est structurellement un très mauvais risque. Les loueurs professionnels ont souvent créé leur propre captive d’assurance pour couvrir la RC et jouent sur les franchises pour s’y retrouver et responsabiliser les conducteurs. Il en va de même pour la location de véhicules entre particuliers. Une assurance temporaire, à un tarif forfaitaire, n’est pas viable. On est sur des modèles très sensibles qui marchent jusqu’au jour où il y a un sinistre corporel à 12 M€... Quant au libre-service, le conducteur ne dispose pas d’une assurance corporelle digne de ce nom. Autolib’ devrait la proposer en option pour moins de 1 € par location.
  • Quel est l’enjeu pour les assureurs automobiles ?
    Développer des packages de mobilité consistant à assurer le conducteur de tous véhicules en RC, et non plus le véhicule. Cela sous-tend de disposer des bonnes data sur chaque personne physique, ce qu’ils n’ont pas encore. Et il y aura donc un sujet Cnil au passage.


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article extrait de l’argus de l’assurance

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