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Brexit : à quoi le secteur de l’assurance doit-il s’attendre ?

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A l’instar de la banque, l’assurance compte parmi les secteurs les plus exposés à la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Si le Brexit devrait fragiliser les ratios de Solvabilité 2 à court terme compte tenu de la forte volatilité des marchés financiers, les conséquences sur le moyen et long terme dépendront toutefois de la nature des accords négociésentre le Royaume-Uni et l’Union européenne.

Les conséquences sur le moyen et long terme sur l'assurance dépendront de la nature des accords négociés, en particulier commerciaux, entre le Royaume-Uni et l’Union européenne en vertu de l’article 50 du traité de Lisbonne.
Les conséquences sur le moyen et long terme sur l'assurance dépendront de la nature des accords négociés, en particulier commerciaux, entre le Royaume-Uni et l’Union européenne en vertu de l’article 50 du traité de Lisbonne.
Ton Snoei-fotolia

Le secteur financier dans la tourmente. Depuis l’annonce des résultats du référendum britannique en faveur du Brexit, les valeurs de la banque et de l’assurance sont particulièrement chahutées sur les bourses européennes. A la Bourse de Londres (FTSE 100), Prudential abandonne toujours 8,13%, tandis qu’Aviva voit son cours fondre de 16,47% pour atteindre son plus bas niveau depuis juillet 2013.

En France, les valeurs françaises de la (ré)assurance ne sont guère épargnées, en témoigne Axa, dont le titre cède 15,09% à 18,26 €. Signe de la fébrilité des investisseurs, un peu plus de 21 millions d’actions de l’assureur français ont été échangés depuis ce vendredi 24 juin 2016, soit trois fois plus que la moyenne journalière des dernières séances. CNP Assurances recule, de son côté, de 8% et le réassureur français Scor de près de 7,7%. En Allemagne, Allianz flanche dans les mêmes proportions, à 9,8%.

Rassurer les marchés dans l'immédiat

Passée l’annonce, les assureurs britanniques comme français prennent acte de la décision politique, sans pour autant céder à la panique. Aviva, qui indique avoir effectué une « analyse approfondie des implications possibles » du Brexit, estime « qu'il n'a pas d'impact opérationnel important sur la société ». Le groupe britannique argue notamment de sa bonne capitalisation au regard de son ratio de Solvabilité 2 à 180%, publié à fin mars 2016 et d'un surplus en capital de 9,7 Md£.

Allianz, par la voix de Michael Heise, son chef économiste, estime que « l’impact économique à moyen terme devrait être gérable » tout en indiquant s’attendre « à des turbulences financières graves ».  Et l’assureur allemand de préciser : « Nos portefeuilles ne sont pas impactés de manière significative par la volatilité à court terme des marchés. Du fait de notre politique d’investissement de long terme, aucune conséquence négative n’est à prévoir pour les investissements d’Allianz. »

Joint par l’Argus de l’assurance, le groupe Axa, dont le Royaume-Uni constitue le septième marché européen (5% du chiffre d'affaires), rappelle qu’il « demeure parmi les institutions financières les plus solides dans le monde, nos clients peuvent compter sur la solidité de notre bilan et la diversification et grande qualité de notre portefeuille d'actifs. » Et d’ajouter : « Notre nouveau plan stratégique Ambition 2020 a été construit sur des hypothèses économiques prudentes, nous sommes convaincus qu’il est adapté à l’environnement actuel. » Axa, signataire, cette semaine, de l'appel des 35 groupes français au «Remain» (maintien) du Royaume-Uni aux côtés de Covéa et de Scor, reste convaincu de « l’intérêt de notre présence sur ce marché », lequel participera à la « réussite future de notre groupe.»

Pas d’effet sur les notations des assureurs à court terme…

Une sortie du Royaume-Uni ne devrait toutefois « pas conduire à des mouvements sur la notation des assureurs britanniques », relève Standard & Poor’s dans une note publiée le jour des résultats de vote. L’agence de notation considère le secteur de l'assurance comme moins exposé, bien qu’il représente « environ un tiers des services financiers » exportés au Royaume-Uni.

Même conclusion pour Fitch qui ne prévoit pas de « déclasser des assureurs à court terme ».

…Mais un risque sur les ratios de solvabilité et la rentabilité

Reste que dans l’immédiat, la volatilité des marchés financiers pourrait, à court terme, impacter les ratios de solvabilité 2 des principaux assureurs, et tout particulièrement les gros assureurs-vie, plus sensibles aux mouvements de marché, estime l’agence Moody’s.Dans le détail, les assureurs-vie seront davantage exposés à la détérioration de la valeur de leurs actifs. Cependant, « la faiblesse économique soutenue et la détérioration des valeurs de marché des actifs pourrait placer les assureurs-vie au risque de dégradations de notations », souligne Fitch Ratings.

L’agence de notation juge les assureurs non-vie britanniques « moins sensibles à la détérioration de leurs actifs » même si « un taux de change plus faible de la livre sterling aurait des conséquences néfastes pour leur rentabilité. »

Une incertitude à plus long terme

Les conséquences sur le moyen et long terme dépendront de la nature des accords négociés, en particulier commerciaux, entre le Royaume-Uni et l’Union européenne en vertu de l’article 50 du traité de Lisbonne. Et notamment s’agissant du devenir du « passporting », pratique qui permet aux compagnies d’assurances de souscrire des activités dans n’importe quel pays européen sans pour autant y mettre en place des filiales. Pour mémoire, le passeport est « la faculté pour une entreprise agréée d'un État membre de l'Espace Economique Européen d’offrir ses services sur le territoire d'un autre État membre à partir d'un établissement permanent (par exemple, une succursale ou une agence)». En l’absence de ce sésame, ces entreprises seraient contraintes de mettre en place des filiales au Royaume-Uni, ce qui engendrerait des coûts supplémentaires en matière de mise en place, mais aussi de capital.

De la même manière, les sociétés d’assurances britanniques n’auraient plus la possibilité de recourir à l’approbation du régulateur britannique pour exercer ces droits de passeport dans le reste de l’UE.

Selon S&P,  il existe, à l’heure actuelle, 562 assureurs dommages et 177 assureurs vie hors Royaume-Uni qui y souscrivent des risques via un passeport.

 


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