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Ça ira mieux en 2015 ?

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Croissance en berne, inflation au ralenti, marges basses... Bien que le contexte économique soit morose, le cabinet Altedia prévoit que les salaires dans l'assurance progresseront de 2 % l'an prochain. Une augmentation qui sera difficile à atteindre lors des prochaines négociations annuelles obligatoires (NAO), selon les experts du marché.

C'est ce qu'on appelle une promesse non tenue. Alors que le cabinet de conseil Altedia annonçait il y a un an que les budgets d'augmentation dans l'assurance devaient progresser de 2,5% en 2014, la hausse réalisée dans le secteur s'est avérée bien moins élevée, les sociétés n'ayant relevé les salaires que de 1,5%. « Les entreprises ont notamment dû s'adapter au ralentissement constant de l'inflation », explique Julie Séron, consultante chez Altedia.

Vers une baisse de salaire

Jugée comme un indice de référence pour fixer les hausses de rémunération, l'inflation devait s'établir à 1,3%, selon le projet de loi de finances 2014 (voir graphiques). Or, là aussi, le chiffre attendu n'a jamais été atteint, l'inflation ne dépassant finalement pas les 0,5 %. Résultat, qui plus est dans un contexte économique toujours morose, les enveloppes distribuées ont été assez faibles. Au regard des fiches métiers présentées dans ce dossier), certains seront même surpris d'apprendre que le salaire total médian de leur profession a... baissé cette année ! « C'est l'effet Noria, à savoir que les salariés qui remplacent ceux partant à la retraite sont généralement moins bien rémunérés que ces derniers », explique Jean-Philippe Gouin, directeur capital humain chez Deloitte.

Les entreprises n’hésitent plus à mettre le prix pour recruter, ou conserver, des spécialistes capables de leur faire respecter ces normes prudentielles [en vue de solvabilité 2].

Charlotte Molina, senior manager de la division assurance du cabinet Robert Walters

Même les actuaires, longtemps habitués à bénéficier de progressions avoisinant les 15 %, rentrent dorénavant dans le rang. Plus nombreux sur le marché et surtout ayant face à eux des employeurs incapables de s'aligner sur leurs prétentions salariales, ils voient leur rémunération se stabiliser. Aujourd'hui, seuls les postes liés au contrôle du risque arrivent encore à tirer leur épingle du jeu. « L'entrée en vigueur de la réforme Solvabilité 2 étant prévue le 1er janvier 2016, les entreprises n'hésitent plus à mettre le prix pour recruter, ou conserver, ces spécialistes capables de leur faire respecter ces normes prudentielles », observe Charlotte Molina, senior manager de la division assurance du cabinet Robert Walters. Dans ces conditions, quelles sont les perspectives attendues pour 2015 ? Selon Altedia, les budgets d'augmentation seront supérieurs à ceux obtenus cette année, les entreprises du secteur interrogées par le cabinet de conseil tablant sur des hausses globales (générales plus individuelles) de 2 %. Cette prévision optimiste laisse toutefois sceptiques de nombreux experts. « Bien que l'on voie des signes positifs, nous ne sommes pas encore sortis de la crise économique », observe Jean-Philippe Gouin, de Deloitte. « Ces chiffres ne tiendront certainement pas l'épreuve des Négociations annuelles obligatoires (NAO). Ils seront forcément revus à la baisse au cours des prochains mois », ajoute Bruno Rocquemont. Pour le talent market business leader de Mercer France, qui a d'ailleurs préféré cette année ne publier aucune donnée sur les salaires, « dans un contexte de désinflation, d'absence de croissance économique et de marges basses, les entreprises sont contraintes d'être de plus en plus prudentes ».

Revalorisation individuelle

Comme chaque année, Groupama a été l'une des premières entreprises du secteur à engager, et à conclure, ses négociations salariales au niveau national. Or, si l'on considère que les résultats obtenus chez l'assureur « vert » sont un bon indicateur pour le marché, il ne faut pas s'attendre à des augmentations significatives en 2015 dans l'assurance. « La direction a pris la décision, unilatérale, de revaloriser l'an prochain de 1 % les salaires minimums de fonctions. Or, cette mesure ne concerne que 10 % des effectifs. Pour les autres salariés, aucune revalorisation collective n'est prévue », regrette Hubert Babaudou, secrétaire fédéral FGA- CFDT en charge de Groupama.

L’objectif est de retenir les personnes qui génèrent de la richesse ou de la valeur ajoutée pour l’entreprise.

Jean-Philippe Gouin, directeur capital humain chez Deloitte

Cette négociation prouve en tout cas bien une chose : les employeurs du secteur accentuent désormais leur politique d'individualisation des rémunérations, n'ayant plus aucun complexe à corréler les hausses de salaires des collaborateurs à leur performance. « L'objectif est ainsi de retenir les personnes capables de générer de la richesse ou de la valeur ajoutée pour l'entreprise », explique Jean-Philippe Gouin. Selon Altedia, les augmentations individuelles sont maintenant pratiquées dans l'ensemble des 58 sociétés du panel, et 42 % des cadres du secteur en ont bénéficié. Toutefois, que les autres salariés se rassurent. « Même si les enveloppes budgétaires d'augmentation continuent d'être restreintes, les entreprises allouent aujourd'hui des enveloppes spécifiques pour rattraper d'éventuels écarts (équité interne, égalité femme/homme, NDLR) » précise Julie Séron, d'Altedia. Et ce n'est pas tout. Selon nos informations, plusieurs acteurs de l'assurance n'hésitent désormais plus à verser une prime exceptionnelle à certains de leurs collaborateurs méritants. Une bonne façon ainsi de récompenser les efforts fournis, sans pour autant augmenter la masse salariale. C'est toujours mieux que rien.

OLIVIER FAROUZ, directeur général d'Arca Patrimoine « Notre culture est orientée vers la méritocratie »

« Dans le cadre du projet d'entreprise lancé cette année, nous avons déployé un volet dédié à la rémunération. L'objectif est notamment de récompenser la fidélité de nos collaborateurs, en accordant une prime d'ancienneté aux personnes présentes depuis plus de cinq ans dans l'entreprise. Par ailleurs, notre culture est orientée vers la méritocratie. Nous faisons toutefois attention à ce que tous nos salariés aient une augmentation, même symbolique, au moins tous les trois ans. »

HUBERT BABAUDOU , secrétaire fédéral FGA-CFDT en charge de Groupama « Aucune revalorisation collective n'est prévue »

« Alors que la direction générale du groupe se félicitait des bons résultats du premier semestre 2014, l'Unité de développement social de Groupama (UDSG) a pris la décision de revaloriser l'an prochain de 1 % les salaires minimums de fonctions. Or, cette mesure ne concerne que 10 % des effectifs. Pour les autres salariés, aucune revalorisation collective n'est prévue. C'est difficile à entendre, surtout qu'il s'agit de la troisième mesure unilatérale en trois ans. »

JULIE SÉRON, consultante chez Altedia« Les entreprises sont plus sélectives »

"Alors que les entreprises saupoudraient, il y a encore peu de temps, des augmentations à tous leurs collaborateurs, elles sont devenues plus sélectives. Et même le nombre de bénéficiaires d'augmentations individuelles a tendance à diminuer. En outre, depuis deux ans, nous observons au sein de nombreuses entreprises des réflexions portant sur la pertinence des modèles de rémunération variable, dans une optique d'adéquation entre la stratégie globale de l'entreprise, leur politique de rémunération et la notion de performance qui peut être individuelle mais aussi collective."


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article extrait de l’argus de l’assurance

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