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Collective : ruée vers la prévoyance !

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Mutualistes, assureurs, courtiers, bancassureurs... Depuis le début de l’année 2017, tous les acteurs du monde de l’assurance partent à l’assaut de la prévoyance collective. Explications.


Nikada/Getty Images/iStockphoto

Serait-ce le début d’une nouvelle ère ? Un an après la mise en place de la généralisation de la complémentaire santé, les entreprises de l’assurance semblent concentrer leurs efforts sur une autre activité. « Nous avons fait en sorte que nos réseaux commerciaux mettent l’accélérateur sur la prévoyance », souligne Guillaume Pleynet-­Jésus, directeur adjoint assurances ­collectives de Groupama Gan Vie. « Car même si c’est plus compliqué à vendre que de la santé, il y a ­dorénavant un réel marché de la prévoyance collective », ajoute-t-il.

Principal ­vecteur de ce dynamisme : la fin des clauses de désignation dans les accords de branche. Alors que le marché de la prévoyance était jusqu’alors principalement détenu par les groupes de protection sociale, les cartes commencent à être redistribuées. « Aujourd’hui, tous les acteurs, dont les compagnies ­d’assurance, les bancassureurs, les mutuelles, voire les courtiers ­mani­festent un regain d’intérêt pour la prévoyance », indique Jean-Michel Courtant, directeur développement & marketing du pôle santé prévoyance du groupe Macif. Les entreprises bien ­implantées sur le terrain au travers du courtage et les réseaux de proximité sont notamment celles qui ont su tirer profit de la fin des clauses de désignation. Selon notre classement 2017, Allianz affiche ainsi une croissance supérieure à 10 % en collective. Pour ­expliquer leur attrait pour la ­prévoyance, certains acteurs n’hésitent pas à évoquer aussi les impacts de l’ANI. « Fort de notre succès en santé collective où nous avons gagné des parts de marché, nous avons estimé que c’était le bon moment pour multiéquiper les nouveaux clients captés », précise Guillaume Pleynet-Jésus, de Groupama Gan Vie. Selon lui, 25 % des clients enrôlés par son groupe lors de la généralisation de la complémentaire santé étaient alors équipés en prévoyance. Objectif de Groupama dans les deux ans : attein­dre un taux de 70 %. « D’après nos derniers chiffres, notre production collective en prévoyance est d’ailleurs déjà en croissance de 40 % par rapport à l’an dernier », rapporte Guillaume Pleynet-Jésus.

Pourquoi la prévoyance a la cote

  • La fin des clauses de désignation a ouvert le marché à de nouveaux acteurs (bancassureurs, mutuelles, compagnies d’assurance...)
  • C’est un relais de croissance non négligeable alors que les marges en santé ont été fortement réduites par les dernières réformes (ANI, contrats responsables...)
  • Le potentiel d’équipement est considérable chez les PME/TPE et chez les indépendants.

Pour autant, l’ANI n’a pas eu que des conséquences positives sur le marché. L’accord a, entre autres, touché les portefeuilles de certains acteurs du monde de l’assurance. Seulement, là aussi, la solution peut se trouver du côté de la prévoyance. En effet, pour faire face au départ de clients obligés de « lâcher » leur couverture individuelle en santé pour prendre un contrat obli­gatoire dans leur entreprise, « se focaliser sur la prévoyance est une manière de garder un lien naturel avec nos sociétaires en partance », estime Jean-Michel Courtant, de la Macif, qui rappelle que « la promesse mutualiste est d’accompagner et de protéger tout au long de la vie ».

Un idéal de diversification

Perçue comme le nouvel Eldorado des mutuelles en quête de diversification, la prévoyance présente, en outre, l’avantage de pouvoir dégager des revenus à même de compenser un modèle en santé de plus en plus contraint. « À la suite à la généralisation de la complémentaire santé, les marges – déjà très faibles sur les contrats collectifs – se sont encore réduites avec beaucoup d’acteurs qui ont tiré les prix vers le bas. Dans ce contexte, la prévoyance est un ­relais de croissance plus qu’es­sentiel », explique Jean-Michel Courtant, de la Macif. « La prévoyance sur les TPE est une activité rentable qui génère des marges », complète Guillaume Pleynet-Jésus, de Groupama Gan Vie. En l’occurrence, selon plusieurs ­experts interrogés, ces marges peuvent s’élever jusqu’à 50 % ou 60 % du montant de la prime.

À quand l’ANI de la prévoyance ?

  • Programmée pour 2017, la généralisation de la prévoyance collective devait être le deuxième big bang issu de l’Accord national interprofessionnel (ANI) du 11 janvier 2013. Mais, à ce jour, le sujet semble avoir été relégué aux oubliettes. « Les partenaires sociaux continuent d’évoquer l’ANI de la prévoyance. Pour autant, suite au changement de présidence de la République, nous sommes dans l’expectative », remarque Estelle Villermet, manager du pôle prévoyance et santé d’Actuaris.
  • Bien que le président Emmanuel Macron n’ait pas évoqué ce sujet durant sa campagne, beaucoup d’acteurs interrogés gardent espoir. « Je ne serai pas surpris qu’avec l’arrivée de Gilles de Margerie (NDLR : jusqu’alors directeur général adjoint d’Humanis) au ministère des Solidarités et de la Santé en tant que directeur de cabinet de la nouvelle ministre Agnès Buzyn, l’ANI de la prévoyance soit de nouveau évoqué dans les prochains mois », prédit un bon connaisseur du dossier. Et certains évoquent même le sujet dans le cadre de la réforme du code du travail annoncée pour l’automne.

Une mine de clients

Or, si les acteurs du monde de l’assurance se frottent aujour­d’hui les mains à l’évocation du marché de la prévoyance, c’est aussi parce que le besoin d’équipement est fort. Plusieurs études montrent que le taux d’équipement en prévoyance complémen­taire se situerait en dessous des 50 % pour les indépendants. « Le marché n’est pas encore saturé. Il existe du potentiel, en particulier sur les non-cadres », indique Pierre Guillocheau, directeur des assurances collectives du Crédit agricole Assurance. Pour rappel, depuis 1947, les employeurs ont l’obligation de souscrire une ­garantie décès pour l’encadrement, appelée communément le « 1,5 % cadres ». Une mesure dont ne bénéficient toujours pas aujourd’hui les non-cadres.

Reste que l’activité nécessite d’être maniée avec précaution. « Les taux bas ainsi que le vieillissement de la population active ne sont pas des facteurs favorables à la prévoyance. Ils risquent d’impacter fortement les résultats techniques des assureurs, si ces derniers ne font pas attention aux dérives », alerte Estelle Villermet, manager du pôle prévoyance et santé au sein du cabinet Actuaris.

« L’arrêt de travail en France se dégrade structurellement sous l’effet de plusieurs facteurs, notamment en raison de l’allongement de la durée du travail », ajoute Pierre Guillocheau, du Crédit agricole Assurances.

Selon une étude Ifop/Securex sur l’absentéisme, publiée le 18 mai dernier, 15 % des actifs ont été arrêtés dix jours ou plus en 2016 pour un motif autre que les congés et les RTT. Comme quoi, même si l’assurance accélère le développement de ses activités en prévoyance, les équilibres techniques sur une partie de ce risque sont toujours à piloter avec prudence.


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Arnaud Berjon

Arnaud Berjon

Directeur général adjoint de Ciprés

1996 : actuaire de l’Institut des actuaires. Début de carrière chez CNP. 1999-2003 : sénior en charge de la dépendance et de la retraite collective au sein du le groupe AG2R. 2003-06 : [...]

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article extrait de l’argus de l’assurance

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