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La santé, produit d’appel

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Peu rentable, le marché de l’assurance santé est pourtant inévitable. Mais les assureurs doivent à la fois proposer des formules répondant aux attentes des populations, lutter contre la fraude et se contenter de primes modestes.

plus question d’aborder le sujet avec des pincettes ! Les opérateurs présents en Afrique font du développement de l’assurance santé une priorité. L’activité a représenté 22% des 843 M€ de cotisations du marché non-vie en 2011 (+ 5%) dans les 16 pays membres de la Fédération des sociétés d’assurances de droit national africaines (Fanaf ), contre 19% en 2005. Chez Colina, assureur panafricain racheté en 2011 par le Marocain Saham finances, l’assurance santé représente 25% du chiffre d’affaires de la branche non-vie. « Cette activité se développe deux fois plus vite que les autres branches de l’assurance non-vie », confirme Raymond Farhat, directeur général de Saham finances.

22%

La part de marché de l’assurance santé en non-vie en 2011 dans la zone Fanaf (16 pays d’Afrique de l’Ouest et centrale). Source : Fanaf, marché de l’assurance en Afrique, données 2007-2011

À tel point que dans les trois prochaines années, la santé devrait s’affirmer comme la première catégorie d’assurance de la branche non-vie et supplanter l’automobile. Même constat pour les filiales africaines d’Axa : la santé contribue à 20% du total des primes non-vie et enregistre une croissance de 12% en 2012. Au Cameroun et en Côte d’Ivoire, Axa s’affirme même comme le premier assureur santé, y réalisant 30% de son chiffre d’affaires. De son côté, Allianz Africa réalise un peu moins de 20% de son chiffre d’affaires en santé, mais constate une évolution rapide du marché. « Les besoins de couverture santé sont énormes. C’est un sujet qui préoccupe les pouvoirs publics, les populations et les assureurs », reconnaît Papa Ndiaga Boye, secrétaire général permanent de la Fanaf.

 

Un équilibre difficile

En cause, la faiblesse des systèmes de protection étatiques. Certes, d’un pays à l’autre, les situations ne sont pas identiques. Au Gabon, par exemple, un régime d’assurance maladie obligatoire a été instauré à partir de 2009 pour les personnes considérées comme « indigentes », puis pour les fonctionnaires en 2010 et s’est élargi en mars dernier aux salariés du privé. En Côte d’Ivoire, il existe bien, depuis le début des années 2000, un régime d’assurance maladie obligatoire, mais il ne concerne que les fonctionnaires. Au Sénégal, l’Assistance publique fournit des soins de santé à l’ensemble de la population. Pour les salariés, le risque est couvert par les institutions de prévoyance maladie (IPM) d’entreprise ou interentreprise, mais avec un faible niveau de remboursement. « L’affiliation aux IPM imposée aux entreprises est en réalité souvent contournée au profit des assureurs privés », explique un spécialiste du marché. Dans ce contexte, la demande émanant de la classe moyenne naissante, mais également des entreprises qui investissent en Afrique, dope le développement de l’assurance santé.

« Au Cameroun, une nouvelle génération de chefs d’entreprise fait de la couverture santé un argument de fidélisation auprès de leurs salariés », observe Gérard Besse, directeur d’exploitation d’Axa Cameroun. Ce marché n’en reste pas moins complexe à aborder. « C’est une activité structurellement déficitaire. Il faut donc arriver à équilibrer nos comptes et à offrir un service de qualité à nos clients, tout en luttant contre les tentatives de fraude », résume Raymond Farhat (Saham finances). Même constat de complexité du côté d’Axa. « L’assurance santé s’inscrit sur un cycle plus court que d’autres types d’assurances. Elle est davantage assimilée à de la consommation qu’à un aléa, car la probabilité de tomber malade ou de consommer des soins de santé au cours de l’année est réelle », reconnaît Amaury Pourkier, directeur général adjoint d’Axa Côte d’Ivoire. À ces difficultés s’ajoute la concurrence des courtiers. Depuis une décennie, ces derniers, notamment les cabinets Ascoma et Gras Savoye, se sont en effet positionnés sur la gestion des frais de santé, sans avoir à supporter les contraintes du résultat technique.

On ne peut pas se développer en Afrique sans répondre à la demande de couverture santé. La principale difficulté est d’être capable de proposer un produit de qualité à des personnes qui, souvent, n’ont pas de moyens.

Raymond Farhat, directeur général de Saham Finances

 

Une approche segmentée

Dans ce contexte, les assureurs n’ont pas d’autre choix que de se montrer innovants et flexibles, afin de répondre aux attentes des différentes cibles. Un parti pris que défend Allianz Africa en menant une approche segmentée. « En matière d’assurance santé, l’enjeu est de répondre aux besoins des salariés, des particuliers en milieu urbain, des personnes non bancarisées », insiste Frédéric Baccelli, directeur général d’Allianz Africa. Pour Colina, il n’y a pas de recette miracle, et la société n’a aucune intention de dupliquer une solution performante d’un pays à l’autre, car « seule la proximité avec le terrain compte », estime Raymond Farhat. Cette proximité a conduit, par exemple, Colina à mettre en place, il y a dix ans, un centre de santé interentreprises en Côte d’Ivoire.

La structure, à but non lucratif, financée au départ par l’assureur, a permis de proposer aux salariés d’un certain nombre d’entreprises et à leurs familles des prestations de santé à un tarif trois moins élevé que dans le secteur privé. Fonctionnant comme une clinique, la structure a recruté des médecins et du personnel soignant et réussit désormais à s’autofinancer. « C’est bien là l’objectif que nous poursuivons : garantir à nos assurés un accès à des soins de qualité à un moindre coût », assure Raymond Farhat.

 

Des solutions de gestion

À cet égard, le développement de solutions de gestion de santé revêt un enjeu de taille. Le sujet intéresse les assureurs, comme en témoigne l’accord de coopération passé en janvier 2013 entre Saham finances et l’éditeur français de progiciels et de services dédiés aux assurances de personnes, Cegedim Activ, pour déployer leurs solutions de gestion santé dans plus de cinquante pays.

Un partenariat qui doit également se traduire par la mise en place au Maroc du premier système de tiers payant interactif (TPA) pour la prise en charge de tous les frais de santé, reposant sur « des accords de partenariat passés avec les prestataires agréés choisis pour leurs compétences médicales et la transparence de leur pratique financière », explique le directeur général de Saham finances.

Enfin, un système d’identification biométrique sera mis à disposition des professionnels de santé pour lutter contre la fraude, la personne prise en charge n’étant pas toujours le bénéficiaire de la couverture santé. Le sujet est aussi d’actualité au sein des filiales africaines du groupe Axa. C’est le Cameroun, où l’assureur compte 40 000 affiliés, qui va servir de pays pilote pour la mise en oeuvre d’une carte de santé électronique.

La solution est développée par la société marocaine de monétique S2M. Comme une carte bancaire, les assurés n’auront qu’à insérer leur carte de santé dans un terminal afin que le prestataire de santé prenne connaissance du numéro du contrat, de l’identité de l’assuré et du montant des garanties. Là encore, un système de reconnaissance biométrique permettra de lutter contre les tentatives de fraude. Autant d’initiatives qui devraient permettre au marché d’accélérer son développement.

« On observe que c’est dans les pays où l’assurance santé est la plus développée que l’on trouve les meilleurs réseaux de soins. Le challenge mérite d’être relevé », conclut Raymond Farhat.


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Frédéric  Baccelli

Frédéric Baccelli

Directeur général d’Allianz Africa

Frédéric Baccelli est né le 29 juin 1967. 1991 : Diplôme de l’Ecole nationale des ponts et chaussées. 1992 : Diplôme de l’Institut d'études politiques (IEP) de [...]

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article extrait de l’argus de l’assurance

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