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Le nouvel Eldorado de l'assurance

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Le continent africain recèle un très important potentiel pour peu que les assureurs parviennent à élaborer des produits adaptés. Les grandes compagnies africaines et européennes se livrent d'ailleurs à une rude bataille pour y figurer en bonne place.

Et si l'Afrique n'était pas uniquement ce que l'on veut croire, un continent en proie à la guerre, à la famine, au banditisme ? Bien loin de ces stéréotypes qui font régulièrement la Une des journaux, une autre Afrique avance. Partout, l'urbanisation est en marche. D'ici à 2050, 60% de la population vivra en ville. Une classe moyenne est en train d'émerger et se montre optimiste. Selon une enquête de McKinsey publié en novembre 2012 et réalisée auprès de 13 000 Africains dans dix pays, 84% d'entre eux se disent persuadés que leur situation sera meilleure dans deux ans qu'aujourd'hui. Il est vrai que depuis le début des années 2000, la croissance économique africaine s'accélère. Elle oscille entre 4 et 7% par an en Afrique subsaharienne. À tel point que, selon McKinsey, « le continent devient la seconde région du monde en termes de croissance, après l'Asie et à égalité avec le Moyen-Orient ». Tous les indicateurs sont positifs et les projections établies à l'horizon 2050 devraient faire de l'Afrique un nouvel Eldorado.

Zone Fanaf : 5,6% de croissance des primes

  • 69,2 Md$ Le total des primes en Afrique en 2011 (53,9 Md€), soit 1,51% du marché mondial de l'assurance
  • 3,69% Part de l'assurance dans le PIB du continent (9,48% en France)
  • 66,3 $ La prime par habitant (soit 51,6 €, contre 3 144 € en France)
  • 90% La contribution de l'Afrique du Sud au chiffre d'affaires de l'assurance africaine

Source : rapport Sigma

Feu vert pour investir

En attendant, le marché de l'assurance progresse. Lié à la croissance du PIB et à l'épargne des ménages, il affiche d'années en années de belles performances, et 2011 n'échappe pas à la règle : les primes émises en vie et non-vie ont, dans les 16 pays de la zone Fanaf (Fédération des sociétés d'assurances de droit national africaines), enregistré une progression de 5,6%. Certes, cette région ne pèse que 4% du marché de l'assurance en Afrique et le continent lui-même, ne représente que 1,5% de l'industrie mondiale de l'assurance. Mais « le développement de l'Afrique et de la classe moyenne, qui auront un effet sur le marché, s'inscrit sur le long terme », insiste Raymond Farhat, directeur général du groupe marocain Saham finances, qui a mis la main sur l'assureur panafricain Colina en 2011.

Présents de longue date sur le continent, les assureurs internationaux, empêtrés dans la crise économique mondiale, considèrent l'Afrique sous un jour nouveau. Mieux, ils cherchent à renforcer partout leurs positions, à conquérir de nouveaux marchés et se sont engagés sans merci dans une course à la taille. Début 2012, Henri de Castries, en tournée en Afrique, a donné son feu vert pour que les quatre filiales du groupe (Cameroun, Côte-d'Ivoire, Gabon et Sénégal) accélèrent leur développement. C'est Alioune Diouf, directeur général d'Axa Sénégal et directeur opérationnel des filiales d'Axa en Afrique subsaharienne, qui a la lourde responsabilité de prospecter dans la région.

De son côté, Allianz, dont la présence en Afrique est héritée du rachat des AGF, accélère également sa marche depuis ces cinq dernières années. Implanté dans onze pays où il réalise un chiffre d'affaires global de 134 M€ en 2012, l'assureur allemand a ouvert une filiale en République du Congo en janvier 2012. En 2009, il s'était déjà implanté au Ghana. Désormais, l'assureur cherche à développer son activité en Afrique de l'Est et au Maroc. « L'Afrique est une évidence », résume Hervé Gloaguen, membre du comité exécutif d'Allianz France et président d'Allianz Africa. L'assureur, qui défend un modèle flexible d'un pays à l'autre, entend accompagner ses clients partout où ils se développent.

À côté des assureurs internationaux, des groupes panafricains cherchent aussi à renforcer leurs positions. Ainsi, le groupe ivoirien NSIA, numéro un du secteur en Afrique de l'Ouest et centrale, fait de la bancassurance un axe stratégique de développement. Présent dans les onze marchés de la zone Cima (Conférence interafricaine des marchés de l'assurance), le groupe Sunu y revendique la place de premier assureur vie. Le groupe Colina, quant à lui, est présent dans 17 pays d'Afrique et réalise 270 M€ de chiffre d'affaires en Afrique subsaharienne. « Notre objectif est d'asseoir notre présence dans l'ensemble des économies subsahariennes qui comptent, à l'exception de l'Afrique du Sud », explique Raymond Farhat. De fait, après la zone Cima et sa sous-région, notamment le Ghana et la Guinée, où l'assureur s'est installé pour accompagner ses clients, Colina regarde plus loin, vers l'Afrique australe, où il a réalisé une acquisition en Angola en 2012 et également au Kenya, considéré comme un hub pour attaquer l'Afrique de l'Est. Enfin l'immense marché que représente le Nigeria est en ligne de mire. Colina pourrait y réaliser une acquisition dans les prochains mois. « L'Afrique est incontestablement un continent d'avenir qui recèle de grandes opportunités », résume Raymond Farhat.

Les atouts d'un continent qui émerge

  • Partout, l'urbanisation soutenue, la forte croissance démographique et des politiques économiques solides contribuent à l'émergence d'une classe moyenne africaine. À la clé, de nouveaux besoins, y compris en matière d'assurance.
  • La responsabilité civile automobile est obligatoire dans tous les pays de la zone Fanaf.
  • Présents de longue date, les opérateurs internationaux, assureurs et courtiers, ont une carte à jouer sur le continent.
  • Investir en Afrique se révèle très rentable. Les emprunts émis par les États génèrent de très bons rendements. Exemple : le Rwanda vient d'émettre 400 M$ d'obligations à un taux de 6,875%.

La confiance retrouvée

Il est vrai que depuis ces dernières années, le secteur se montre sous un jour plus rassurant. Adopté en 2011, l'article 13 du code des assurances en vigueur dans la zone Cima oblige les assureurs à encaisser leurs primes avant la prise d'effet du contrat. Une petite révolution qui conduit progressivement les compagnies à renforcer leur solvabilité. Elles ont jusqu'à 2014 pour réduire leurs arriérés de primes. « Le marché de l'assurance africain est encore jeune et a connu d'importants problèmes de solvabilité. Mais depuis le début des années 90, il fait l'objet de mutations importantes, à l'origine de la confiance retrouvée des assurés », observe Papa Ndiaga Boye, secrétaire général permanent de la Fanaf.

De fait, les leviers de développement du marché sont importants. En plus des assurances obligatoires, en particulier les RC automobile et les facultés maritimes à l'importation, « la promotion de la partie non obligatoire de ces catégories pourra accroître le développement de nos marchés », juge Papa Ndiaga Boye. Les produits classiques ne touchent que 15% de la population. Les assureurs regardent de près les solutions de microassurance qui, avec le développement de la téléphonie mobile pourraient prendre de plus en plus d'importance et constituer à terme une source importante de collecte de primes. Depuis 2008, Allianz Africa mène plusieurs expériences avec des institutions de microfinance à Madagascar, au Cameroun et au Sénégal. Les nouvelles tables de mortalité adoptées en 2012 et, surtout, les mesures fiscales incitatives prises par les autorités de ces États pourraient accélérer le développement de l'assurance vie. Selon le rapport Sigma sur l'assurance mondiale publié par Swiss Re, elle représente 47% du chiffre d'affaires de l'assurance africaine.

Dans un contexte porteur, le secteur doit néanmoins s'attacher à surmonter plusieurs obstacles. « Le renforcement de la solvabilité des compagnies, le développement des prestations de services, l'accélération des règlements des sinistres et la modernisation des outils de gestion sont des chantiers prioritaires », juge un spécialiste du marché. Dans l'immédiat, ces difficultés ne sauraient décourager les opérateurs pressés de développer leur activité. Car loin de l'Europe, les fonds d'investissement cherchent de nouvelles opportunités de placement, y compris dans l'assurance. « Résultat, les prix flambent et les acquisitions deviennent complexes à réaliser », jure sous couvert d'anonymat un spécialiste du marché.

Papa Ndiaga Boye, secrétaire général permanent de la Fédération des Sociétés d'Assurances de Droit National Africaines« L'industrie africaine de l'assurance connaît des mutations importantes »

  • Quels sont les principaux leviers de développement de l'assurance en Afrique ?

Le secteur a connu un développement important au cours des dernières années grâce aux assurances obligatoires, en particulier les responsabilités civiles automobile et les facultés maritimes à l'importation. Ces deux catégories d'assurances, qui continuent de connaître une croissance soutenue, domineront les marchés dans les années à venir, en raison du développement du parc auto et du volume croissant des importations des pays africains. Un levier très important demeure l'assurance vie, dont le développement est encouragé par des mesures fiscales.

  • Quelles sont les conditions de la réussite sur le marché africain ?

Des opérateurs d'assurance internationaux comme Allianz et Axa, mais également des intermédiaires comme Gras Savoye et Marsh, sont présents sur nos marchés depuis très longtemps. Pour avoir une bonne connaissance du marché, il me semble indispensable de faire appel à des salariés locaux et de développer des partenariats avec des actionnaires nationaux. Disposer d'une surface financière importante et de bonnes relations avec les courtiers constituent les clés de la réussite.

Un marché qui se réforme en profondeur

Avril 2007 - Les compagnies d'assurances opérant dans la zone Cima (Conférence interafricaine des marchés de l'assurance, soit 14 pays d'Afrique de l'Ouest et centrale) ont l'obligation de renforcer leur solidité financière. L'augmentation du capital requis est doublée à 1 MdFCFA (soit 1,53 M€).

Avril 2011 - L'adoption de l'article 13 du code des assurances en vigueur dans la zone Cima oblige l'assuré à payer sa prime avant la prise d'effet de son contrat. L'objectif est la réduction des arriérés de primes et le renforcement de la solvabilité des entreprises d'assurances.

Avril 2012 - La pratique des opérations de micro-assurance est désormais réglementée dans la zone Cima.

Novembre 2012 - Pour accompagner le développement de l'assurance vie, de nouvelles tables de mortalité propres à la zone Cima sont entrées en vigueur.

Le demi-siècle qui changera tout

  • 875 millions d'habitants en Afrique subsaharienne en 2011. D'ici à 2050, ce sera le double. Selon les prévisions de l'Onu, les Africains constitueront 22% de la population active mondiale.
  • 41% La part de la population africaine vivant en zone urbaine. Selon l'Onu, elle atteindra 60% en 2050.
  • 5,1% La croissance moyenne annuelle observée depuis dix ans en Afrique, selon la Banque mondiale.
  • 65 millions d'Africains ont un revenu annuel de 3 000 $ (2 300 €). Selon le FMI, ils seront 240 millions en 2040.

Sources : Banque mondiale, FMI, Onu


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1 réaction

Martial BOYE | 03/06/2013 - 14H27

Votre vision de l'Afrique à travers le prisme franco-français n'est pas nouvelle

Mais votre carte des pays de la zone FANAF comporte une erreur que l'on peut qualifier de regrettable : vous avez représenté le RWANDA dans la carte de l'OUGANDA !

En vous laissant le soin d'en tirer les conséquences (rectificatif...)

Meilleures salutations

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article extrait de l’argus de l’assurance

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