Ouragan Irma : le dispositif de crise exceptionnel des assureurs à Saint-Martin

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A Saint-Martin, où les conditions sanitaires et logistiques sont extrêmes, les assureurs sont contraints de réinventer leurs moyens d’intervention.


Simax Communication

« Je n’ai jamais vu une catastrophe pareille en 35 ans d’expérience », relève Dominique Fouquemberg, directeur général de GFA Caraïbes, filiale de Generali France, l’une des principales compagnies d’assurance aux Antilles. En dévastant le 6 septembre dernier les îles de Saint Martin et Saint Barthélémy, l’œil du cyclone Irma, de catégorie 5 sur l’échelle Saffir-Simpson, a généré au moins 1,2 Md€ de dommages assurés, selon les estimations de la Caisse Centrale de Réassurance (CCR).

Si les routes ont rapidement pu être déblayées et les liaisons aériennes rétablies à Saint Barthélémy, les conditions de vie sur Saint-Martin, une île de 53 km2, sont toujours extrêmement précaires. 90% des constructions et 80% du parc automobile endommagés, des conditions d’hygiène déplorables, une pénurie de vivres, d’essence, d’électricité, des communications rétablies tant bien que mal : « Un mois après le passage de l’ouragan, la situation n’a pas évolué », note Isabelle Braud, responsable de la cellule de crise de la Maif. « A l'heure actuelle, il nous est difficile d'envoyer des salariés sur place dans de telles conditions. Cependant, nous explorons des solutions pour permettre un déplacement de nos équipes pour avoir davantage de proximité avec les victimes », ajoute Isabelle Braud. En attendant, la Maif, qui a recueilli à ce jour 2174 déclarations de sinistres sur un portefeuille de 2400 assurés, s’appuie sur son entité d’indemnisation en Guadeloupe et le dénommé « plateau des îles » à Niort pour gérer l’afflux de demandes. La mutuelle a choisi de relever le plafond des expertises réalisables à distance. 

Un catamaran comme base arrière

Pour être au plus près de ses 12.000 assurés, Allianz France, qui détient 50% des parts de marché sur Saint-Barthélemy et 40% sur Saint-Martin, a misé sur un dispositif exceptionnel. « Très vite, le choix d’affréter un catamaran s’est imposé. Cela répondait à la problématique de l’accessibilité, puisque l’aéroport était fermé, et du manque de logements puisque nos collaborateurs dorment à bord. Nous avons fait des provisions et leur offrons gîte et couvert», raconte Fabienne Hébreu, en charge de la délégation Caraïbes. Baptisé « Allianz Mobilité Intervention », le catamaran, envoyé depuis la Guadeloupe, a accosté le 17 septembre à Saint-Martin avec à son bord la responsable indemnisation, des inspecteurs indemnisation venus de la métropole et des experts. « Nous étions le premier assureur sur place avec notre agent présent sur l'île », souligne Fabienne Hébreu.

L’unique agent général d’Allianz sur l’île de Saint-Martin a vu son bureau dévasté par l’ouragan. Allianz France implante donc plusieurs « comptoirs autos », dont un sur la route en face de l’agence avec deux collaborateurs et des experts. Les assurés, qui affluent spontanément vers l’agence, y trouvent une oreille attentive et peuvent s’y rendre avec leurs véhicules pour les faire expertiser. Le dispositif attire, au passage, des sinistrés non assurés auprès de la compagnie. Les épaves de voitures sont, elles, remorquées vers un point de chute trouvé par Allianz. Coordinatrice permanente de la Fédération Française de l’Assurance (FFA) aux Antilles, Fabienne Hébreu et son homologue de GFA Caraïbes Dominique Fouquemberg ont, pourtant, fait remonter auprès des pouvoirs publics les besoins de la profession : les assureurs doivent disposer d’une zone pour stocker les épaves d’automobiles et pour stocker les déblais avant de pouvoir procéder à l’expertise des sinistres. Une demande à laquelle les autorités n’ont, pour l’heure, pas donné suite.

Centres d'expertise et de réparation improvisés

GFA Caraïbes fait preuve de la même ingéniosité. Avec l’aide de l’un de ses courtiers François Anton, la filiale de Generali France, qui n’a pas d’agents généraux sur ces îles, crée un centre d’expertise automobile sur un parking et un centre de réparation des pare-brise avec le concours de Mondial Parebrises venu de la Guadeloupe. "Au début, en l'absence de véhicules, nos experts ont fait une grande partie du travail à pieds. La reprise des vols va nous permettre d'envoyer des renforts depuis la métropole", souligne Dominique Fouquemberg. Le directeur général de GFA Caraïbes, dont le siège se situe en Martinique, s’est rendu très vite sur place pour témoigner son soutien à ses assurés. Une cellule d’assistance psychologique a été mise en place avec son assisteur Europ Assistance. « Nous nous devons d’être plus que des assureurs dans ces circonstances exceptionnelles. Nous faisons de l’humanitaire », relève Dominique Fouquemberg.

Artisans de la reconstruction, les assureurs prennent en charge spontanément le remorquage des véhicules et les frais de relogement de leurs assurés, avec des plafonds variant selon les compagnies. A terme, se pose la question de l’évolution du régime cat’ nat’ qui ne s’applique qu’aux dommages directs de la catastrophe. Un sujet sur lequel la profession ne manque pas de sensibiliser les pouvoirs publics. Matignon, qui a reçu le 3 octobre la FFA, a ainsi annoncé qu'un « groupe de travail, associant les représentants de l’assurance et de la prévention ainsi que des représentants ministériels, sera mis en place pour continuer à améliorer la protection des assurés et développer la culture de prévention ».

 



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