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Santé en entreprise : Generali Vitality, coup d’essai avant une révolution ?

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Après l’Allemagne, Generali lance en France son nouveau programme Vitality. Un dispositif en partie disruptif qui a déjà suscité de nombreuses réactions... et pose certaines questions quant à l'avenir de l'assurance santé.

Lancé en Allemagne au 1er juillet 2016, le programme Generali Vitality sera lancé en France au 1er janvier 2017.
Lancé en Allemagne au 1er juillet 2016, le programme Generali Vitality sera lancé en France au 1er janvier 2017.

Si le monde de l’assurance automobile applique déjà le « pay as you drive », celui de l’assurance santé sera-t-il bientôt basé sur le « pay as you live » ? Le principe de l’assurance au comportement, corrélant les cotisations des assurés à leur comportement de vie (ici, leur activité physique, leurs habitudes alimentaires…), est commun outre-Atlantique, mais encore inconnu en France. Et tout à fait tabou.

C’est ce spectre qu’a réveillé Generali, en annonçant le lancement de son programme Vitality en France à compter du 1er janvier 2017. En effet, ce même programme a été mis en place en Allemagne au 1er juillet 2016, incluant des réductions tarifaires pour les assurés Generali adoptant des comportements santé vertueux. Et c’est ce spectre d'une certaine fin de la mutualisation qu’a voulu éteindre ce mardi Generali France, à l’occasion de la présentation officielle de ce dispositif pour l’hexagone.

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La récompense au cœur de Vitality

Vitality est donc, dans ce premier temps, proposé gratuitement aux entreprises clientes et prospectes de Generali France. Les sociétés pourront, si elles le souhaitent, s’inscrire dans cette démarche («L’activation se fait obligatoirement via l’espace employeur», insiste le directeur des assurances collectives chez Generali France Yanick Philippon). Les salariés, ensuite, pourront faire le choix de se lancer dans le programme ou non. Si les moyennes et grandes entreprises sont d’abord priorisées par l’assureur, les petites entreprises ne seront pas laissées en reste… la majorité des nouvelles entreprises du portefeuille santé de Generali via l’ANI étant justement des TPE.

Première étape du programme : au salarié de remplir, via Internet, un questionnaire préalable pour fixer son âge Vitality. Plus l’utilisateur fournit d’éléments de réponse, plus le calcul de cet âge Vitality, le plus souvent différent de l’âge réel, sera précis. Et plus l’utilisateur parviendra à réduire cet âge Vitality grâce à ses efforts, plus il remportera de points… et de cadeaux.  «La différence entre l’âge Vitality et l’âge réel constitue une réelle motivation», estime la directrice marketing de Generali France Patricia Barrère.

Quels partenaires pour le programme Vitality ?

Plusieurs enseignes intègrent en partenariat le programme Vitality, fournissant des récompenses pour les comportements vertueux. Elles sont de deux types :

  • Des avantages liés aux efforts physiques entrepris : réductions sur des objets de santé connectés Garmin, abonnements Weight Watchers, cagnottes constituées sur les achats de fruits, légumes et poissons frais chez une enseigne de la grande distribution (contractualisation en cours) et programmes menés par Tabac Info Service
  • Des réductions fidélisant les investissements : bons d'achat chez WeDooGift (valables chez Décathlon, Fnac et Sephora), réductions chez les partenaires voyages (Club Med, LOOK Voyages et Vacances Transat).

«Le nombre réduit de partenaires est voulu : toutes ces enseignes sont nationales, avec des récompenses motivantes» justifie Patricia Barrère.

 

La récompense, élément central du dispositif Vitality, vient, en effet, couronner les comportements vertueux : meilleure alimentation, activité physique accrue, arrêt du tabac… sont mesurés et calculés, pour ensuite ouvrir le droit à tel ou tel niveau d’avantages. Si chaque utilisateur commence avec un statut « Bronze », ses efforts pourront l’amener à obtenir un statut « Argent », « Or » voire « Platine », des récompenses différentes venant d’enseignes partenaires (voir encadré) couronnant ces progrès. Et pas question, contrairement à l’Allemagne, d’octroyer des baisses de cotisation… modulation tarifaire qui engendrerait des risques juridiques quant aux contrats de complémentaire santé responsables. «Notre programme est fondé sur la confiance», insiste Yanick Philippon, jugeant le risque de fraude limité sur le long terme.

La crispation des données

Ce programme, finalement assez simple dans sa conception, pose toutefois la question des données de santé ainsi accumulées. Generali a pour ce faire créé une société ad hoc chargée de sécuriser ces données et d’en assurer le traitement quotidien, nommée… « Generali Vitality GmbH ». Si la société est basée en Allemagne, c’est, selon le groupe, par commodité géographique : une unique société s’occupera du traitement des données en Allemagne, en France et bientôt en Autriche (à compter de 2017) puis des autres pays entrant dans la démarche. Si l’autorisation formelle de la CNIL française n’est, par conséquent, pas obligatoire (et n’a d’ailleurs, pour l’heure, pas été obtenue), la Commission nationale de l’informatique et des libertés a toutefois été régulièrement informée de ces travaux de même que la CNIL allemande, le BfdI (Bundesbeauftragter für den Datenschutz und die Informationsfreiheit).

Si la ministre des Affaires sociales et de la Santé Marisol Touraine s’était inquiétée de la possible utilisation de ces données par l’assureur, Generali assure de son côté que ces data… ne lui servent à rien, d’où une complète indépendance de la structure Generali Vitality GmbH. L’employeur n’aura d’ailleurs pas plus d’information que l’assureur sur les données fournies par le salarié : dans les faits, le seul élément qu’il pourra obtenir de Generali Vitality GmbH est le nombre de salariés ayant décidé d’entrer dans la démarche Vitality… si et seulement s'il est supérieur à 20.

L’intérêt, que ce soit pour l’employeur ou l’assureur, serait donc ailleurs. Une amélioration de la condition physique peut être source d’une réduction de l’absentéisme, conférant un bénéfice économique évident pour l’employeur. Generali, en étant le premier assureur à proposer une offre de ce type en France, entend de son côté se différencier et fidéliser une clientèle collective en partie nouvelle, réforme de la généralisation de la complémentaire santé oblige (75 000 des 134 000 entreprises du portefeuille santé de Generali sont issues de l’ANI)… et prendre une longueur d’avance sur une concurrence toujours plus exacerbée.

«Pour la première fois, un assureur va proposer un écosystème cohérent d'accompagnement de la santé et du bien-être de nos clients», se réjouit le directeur général délégué de Generali France Stéphane Dedeyan. Il aura fallu, pour cela, un investissement de l’ordre de «plusieurs millions d’euros», le coût de Vitality étant intégralement pris en charge par Generali (traitement des informations, sessions de sensibilisation, formation des agents et courtiers…).

Premier pas vers l’ajustement tarifaire ?

Mais ce n’est pas tout. Ce programme pose une question plus large sur le futur de l’assurance santé : si, pour l’heure, il est hors de question pour Generali de procéder à des modulations tarifaires en fonction des comportements de ses assurés (c’est interdit en France, rappelait Marisol Touraine lors de la sortie allemande de Vitality), rien n’empêche, par définition, un assureur d’agir de la sorte – c’est d’ailleurs déjà le cas dans les pays anglo-saxons, même si leur contexte diffère de celui de la France.

Pas d’assurance au comportement, donc, pour Generali Vitality. Que ce soit en France ou en Allemagne, ce n’est pas l’état de santé initial de l’assuré qui incite à la modulation de la cotisation (pour l’Allemagne) et/ou la récompense pécuniaire chez les partenaires du programme : ce sont les efforts fournis par les assurés qui se retrouvent récompensés de la sorte.

Mais ce galop d’essai contient toutefois nombre de germes qui poseront question dans les années à venir. En France, l’offre est pour l’heure uniquement proposée aux entreprises dans le cadre de contrats santé collectifs : si cet investissement prend, elle pourrait à terme être proposée en individuelle d’ici quelques années. Et le « pay as you live » n’aurait alors plus rien d’un mirage…


Stéphane Dedeyan

Stéphane Dedeyan

Directeur général délégué de Generali France

Stéphane Dédeyan est né en octobre 1965 . Diplôme de l'École des hautes études commerciales (HEC). Diplôme de l’Institut des actuaires français (IAF). 1990-94 [...]

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Patricia Barrère

Patricia Barrère

Directrice marketing de Generali France

1984 : diplôme en marketing Institut Supérieur de Gestion. 2005 : diplôme en assurance du centre de hautes études en assurances (CHEA) de l'ENASS. 1984-89 : responsable de projet IT chez General [...]

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