REAVIE

Conjoncture : deux dirigeants face au « flot » d’incertitudes (Réavie)

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Invités à l’occasion de la traditionnelle conférence plénière de Réavie, Jean-Pierre Menanteau, directeur général du Groupe Humanis, et Nicolas Moreau, PDG d’Axa France, ont abordé tous les sujets qui font aujourd’hui débat : santé, accès aux données, services, épargne retraite, dépendance…

Jean-Pierre Menanteau et Nicolas Moreau, interviwés par François Limoge lors de la conférence plénière de Réavie 2013.
Jean-Pierre Menanteau et Nicolas Moreau, interviwés par François Limoge lors de la conférence plénière de Réavie 2013.

 

Inutile de revenir sur le contexte général de cette année 2013 qui, depuis l’ANI du 11 janvier jusqu’aux épisodes récents portant sur les clauses de désignation, n’a cessé de plonger le marché dans un climat d’incertitude et de flou auquel les dirigeants doivent faire face pour mener à bien des objectifs initialement fixés hors de ces contraintes. «En santé, alors que le big bang de l’ANI va effacer 40% de notre portefeuille santé individuelle, nous devons faire face à un flot d’incertitudes sur les accords de branche, les contrats responsables et le montant des taxes auxquelles nous n’échapperons pas», lance d’emblée Nicolas Moreau, qui ajoute que tout cela intervient alors que le calendrier de Solvabilité 2 se précise (entrée en vigueur le 1er janvier 2016) avec des conséquences certaines sur les risques longs que sont l’assurance vie et retraite. «Il va falloir réinventer notre façon de travailler, car les risques de longévité se cumulent, ils ne se diversifient pas, souligne le PDG d’Axa France. Ainsi, garantir la longévité va devenir de plus en plus compliqué et coûtera de plus en plus cher en capital. Donc, les Français vont devoir épargner de plus en plus, sachant que dans 10 ou 20 ans, nous ne pourrons plus faire notre bon vieux fonds euros !»

Un contexte général que Jean-Pierre Menanteau résume par le sentiment que «les pouvoirs publics nous mettent au défi d’accroître la valeur ajoutée des prestations délivrées à nos clients tout en baissant les coûts.»

Contrats responsables /non responsables : quel avenir ?

Alors qu’à Cannes, comme dans le reste de la France, le marché se focalise sur les clauses de désignation, Jean-Pierre Menanteau estime que le vrai problème auquel se heurte l’assurance santé réside dans la réforme des contrats responsables. Il met en garde contre leur paupérisation, qui menace de les transformer en contrat «low garanties», tandis que, de son côté, Nicolas Moreau estime qu’à terme, les contrats non responsables ne seront plus tenables en raison des taxes qui s’élèvent entre 30 et 40%. L’un et l’autre soulignant cependant que la problématique d’un éventuel plafonnement des prises en charge se pose davantage en région parisienne et sur la Côte d’azur, les dépassements d’honoraires y étant plus fréquents que dans le reste de la France.

Mais là encore, le marché est dans l’attente de dispositions qui ressortiront du PLFSS 2014 et d’un décret.

Service et données : l’un ne va pas sans les autres

D’accord avec l’idée que l’assurance santé sera de plus en plus un métier de services, Nicolas Moreau et de Jean-Pierre Menanteau ont d’abord échangé sur la pertinence de cette tendance alors que d’un côté les consommateurs cherchent à retrouver du pouvoir d’achat et que les entreprises font face à des bilans plutôt pâlots. Cependant, le PDG d’Axa France est formel : «En collectif, on peut très bien apporter du service en plus. Nous le faisons actuellement, par exemple, avec de la prévention cardio-vasculaire en entreprise. Pour cela, le chef d’entreprise est capable de payer. De la même manière, on peut imaginer délivrer un service complémentaire aux entreprises qui ont moins d’arrêt de travail, par exemple.»

Mais, pour cela, l’accès aux données semble essentiel, comme le souligne Jean-Pierre Menanteau : «Nous ne pouvons faire notre travail sans un accès plus large aux données de santé. Or, pour le moment ce n’est pas le cas.» Un constat qui pose problème aux acteurs du marché, qui clament depuis longtemps vouloir savoir ce qu’ils payent. Et le dirigeant du groupe paritaire d’insister : «Toutes ces données devraient être en open data. C’est extrêmement important si l’on veut continuer à progresser. Il faut pouvoir faire des analyses fines, donc avoir les données nécessaires pour mieux travailler.»

LA Dépendance attendra ?

Alors que Jean-Marc Ayrault annonçait lundi, pour 2014, une loi d’orientation et de programmation sur l’adaptation de la société au vieillissement, le thème de la dépendance est venu clore le débat de ce matin. «Cette nouvelle loi ne réglera pas le problème de la dépendance. Quant à la place de la dépendance dans l’assurance collective, j’y crois, mais à condition que les entreprises aient retrouvé un certain dynamisme. Je ne pense pas que ce soit le moment d’introduire ce genre de garantie. Mais peut-être dans 5 ou 10 ans», estime Nicolas Moreau. De son côté, Jean-Pierre Menanteau prêche pour une assurance dépendance obligatoire : «Je pense que tant qu’on ne passera pas à une généralisation, on aura du mal à faire une assurance efficace.»

En revanche, l’un et l’autre soulignent que, d’ores et déjà, se voient beaucoup de mesures sur les aidants dans les contrats collectifs. «Il en existe chez Thalès et nous allons en signer un dans une grande entreprise d’ici la fin de ce mois», précise le directeur général du groupe Humanis, qui ajoute que «deux branches ont un accord incluant une assurance dépendance, celles des experts automobiles et des commerçants poissonniers». Si la réforme n’en est pas une, du moins les idées continuent à «pousser» du côté du marché de l’assurance.


Jean-Pierre  Menanteau

Jean-Pierre Menanteau

Directeur général du groupe Humanis

Jean-Pierre Menanteau est né le 06 novembre 1964. Diplôme de l’Essec. Diplôme de Sciences Po Paris. Diplôme de l’ENA. 1986 : Début de carrière professionnelle au sein du cabinet [...]

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Nicolas Moreau

Nicolas Moreau

Responsable de Deutsche Asset Management

Nicolas Moreau est né en le 8 mai 1965. Diplôme de l'École Polytechnique. Diplôme en sciences actuarielles du Centre d'Études Actuarielles de Paris. 1988-91 : auditeur chez Arthur Andersen. 1991-94 : [...]

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