precedent Suivant Objets connectés 3 / 3

Coup d'accélérateur sur l'automobile connectée

Par - Publié le

,

,

,

,

,

,

Les premiers véhicules autonomes ne seront pas accessibles au grand public avant une bonne vingtaine d’années. Ils révolutionneront complètement le marché de l’assurance auto. Les assureurs s’y préparent tout en affinant leurs offres de Pay as you drive.

Rallier Marseille à partir de Paris en prenant l’autoroute sans toucher à son volant, mais en doublant les véhicules plus lents : c’est désormais possible avec les modèles de voiture les plus récents de haut de gamme. L’expérience de la conduite semi-autonome n’est pas encore accessible à tous : ces voitures coûtent autour de 100 000 €. Mais les systèmes d’aide à la conduite automatisée seront bientôt proposés dans tous les véhicules mis sur le marché.

Quant à la voiture complètement autonome, elle n’est pas près de circuler sur nos routes de campagne : «Ce ne sera sans doute pas avant 2030, voire 2040. Mais les véhicules semi-autonomes, c’est-à-dire équipés d’un système de freinage d’urgence, d’un régulateur de vitesse et d’un dispositif de parking autonome, sont déjà en circulation», estime Édith ­Delahaye, ­directrice du département Flottes automobiles de Verspieren. Ils ont un impact réel sur la qualité de la conduite : « Le système de freinage d’urgence, par exemple, ne peut que contribuer à une baisse de la sinistralité », explique Édith Delahaye.

Réduire la sinistralité, c’est bon pour les conducteurs, c’est bon pour les assureurs et c’est bon pour la société. Cet «alignement d’intérêts» évoqué par Godefroy de Colombe est au fondement de YouDrive, l’offre de conduite connectée ­lancée par Direct Assurances en octobre 2015 à destination des jeunes conducteurs (moins de sept ans de permis de conduire). Il s’agit d’une population à risques : les jeunes de 18 à 24 ans représentent seulement 8% de la population, mais 17% des tués sur la route. C’est aussi une population pour laquelle les ­assureurs manquent de données et d’historique.

Scope Technologies se met au service de la ZoE électrique

Spécialiste des solutions télématiques, Scope Technologies vient d’annoncer un accord de collaboration avec Amaline assurances. Objectif : proposer aux propriétaires de la nouvelle Zoe électrique (groupe Renault) une solution d’assurance comportementale (UBI) constructeur. « C’est la première fois que l’on a pu construire une solution UBI sur la base de données qui ne proviennent ni d’un boîtier, ni d’un smartphone, mais du véhicule connecté. Le client peut ainsi bénéficier de cette offre comportementale sans installer un boîtier. Cela lui donne la possibilité de voir ses scores, son comportement de conduite mais également de bénéficier de remises », explique Cyril Zeller, vice-président Europe de Scope Technologies. Créé en Afrique du Sud en 1999, le fournisseur technologique, qui compte aujourd’hui plus de 115 salariés, a commercialisé des solutions de flottes en 2001, avant de lancer ses premières solutions d’assurances comportementales, en 2008, en Afrique du Sud . « Dès sa création, Scope Technologies a pris le parti de développer une solution télématique ouverte aux intégrations tiers en vue de la création d’un écosystème », explique Cyril Zeller. L’entreprise vend aujourd’hui ses produits dans plus de 50 pays. En France, le fournisseur technologique a déjà développé dans le passé deux programmes avec l’assureur Groupama (Groupama OnBoard et Road Coach d’Amaline). Un lancement commercial avec un autre assureur français est prévu en mai.
Stéphanie Salti

Calculer votre score lié à votre conduite

La DriveBox installée dans le véhicule des assurés contient une puce GPS et un accéléromètre qui identifient quatre types d’événements : les accélérations forcées, les freinages brusques, les virages à vitesse élevée ainsi que la vitesse moyenne comparée à celle du trafic en temps réel. Après chaque trajet, le conducteur peut consulter son score de conduite. L’impact de ce score sur le montant de la cotisation est clairement précisé dès la souscription : les meilleurs conducteurs peuvent obtenir jusqu’à 40% de réduction (auxquels s’ajoute une remise de 10% pour les «petits rouleurs» effectuant moins de 500 km par mois). En revanche, la pénalité de 10% initialement prévue pour les mauvais conducteurs a été abandonnée au bout d’un an : trop négatif en terme d’image alors que dans les faits, cette pénalité ne concernait quasiment personne.

Dès 2014, Allianz a lancé son offre de conduite connectée ouverte à tous les conducteurs, en option de l’assurance auto : elle peut valoir aux conducteurs prudents une réduction tarifaire de 30% en fin d’année. Mais l’assureur se positionne plutôt dans une logique d’éducation à la conduite responsable (c’est-à-dire sûre et économique, avec le suivi des consommations de carburant), avec toute une gamme de services d’assistance.

L’offre Roadcoach lancée fin 2015 par Amaguiz fonctionne sur le même principe, mais sur un mode plus ludique : les meilleurs conducteurs alimentent chaque mois leur cagnotte d’un montant pouvant aller jusqu’à 36% de leur cotisation. À la fin de l’année, cette cagnotte se transforme en bons d’achats d’un montant moyen de 150€.

En matière de conduite connectée, la France affiche un certain retard par rapport à ses voisins européens. Le marché britannique, totalement désintermédié, est essentiellement guidé par l’argument prix : le Pay as you drive y fait donc un carton. Quant aux assureurs italiens, ils ont fait de la conduite connectée un outil de lutte contre le vol et la fraude.

Godefroy de Colombe, président-directeur général de Direct Assurances
« Nos clients ont compris l’alignement de leurs intérêts avec les nôtres »

  • Deux ans après le lancement de YouDrive, quels enseignements tirez-vous de cette première offre d’assurance auto connectée ?
    Nous avons eu deux surprises. Au lancement, nous étions convaincus qu’il fallait insister sur le fait que nous étions totalement transparents quant aux données que nous utilisions, et à l’impact qu’elles avaient sur le changement de score de l’assuré et sa tarification. Nos clients ont parfaitement compris cet alignement de leurs intérêts avec les nôtres et l’intérêt général. En revanche, quand nous avons testé la publicité télévisée, le grand public n’a pas compris ce qu’on lui proposait. Ça tombait plutôt bien, car nous n’étions pas encore suffisamment sûrs de notre équilibre technique pour nous développer à grande échelle.
  • L’êtes-vous aujourd’hui ?
    Le niveau moyen de réduction tarifaire (21 %) est en ligne avec la baisse de la sinistralité. Nous n’avons pas encore assez de recul sur les sinistres rares, mais dans l’état actuel des choses, rien ne prouve que nous nous sommes trompés. Nous avons donc accéléré notre développement : nous enregistrons actuellement 1 000 nouveaux contrats par mois. Ça nous va plutôt bien !

 

Le juridique est-il prêt ?

Les nombreux cas de fraude au « coup du lapin » ont du reste fait évoluer la législation italienne : depuis 2012, il est obligatoire de prouver, boîtier connecté à ­l’appui, que le choc censé avoir causé un coup du lapin a eu lieu au-delà d’une certaine vitesse.

La question juridique va se poser de façon pressante avec l’autonomisation des véhicules. « La règlementation, pour définir un véhicule terrestre à moteur, donc assujettis à l'assurance automobile obligatoire, impose qu'un conducteur soit au volant de son véhicule. La nature même du véhicule autonome - sans conducteur - va donc impliquer que la législation évolue », souligne Édith Delahaye. Et demain ? « Les constructeurs se positionneront en première ligne de la responsabilité vis-à-vis de leurs clients. Les voitures semi-autonomes pourraient être vendues ou louées avec une assurance responsabilité civile incluse. Quitte à ce que le constructeur se retourne, en cas de sinistre, contre ses fournisseurs ou prestataires». Les constructeurs automobiles sont-ils appelés à devenir le premier canal de distribution des assurances auto ? Ils ne semblent pas pressés de prendre position : il est vrai qu’ils ont été très mobilisés, ces dernières années, par leurs ­enjeux industriels. «Ils ont clairement raté le coche», estime un observateur.

La réduction des coûts de distribution des assurances auto risque toutefois de se poser à très court terme, si la réduction de la sinistralité ampute le business des assureurs.

Certaines prévisions sont alarmistes : avec les véhicules autonomes, le marché pourrait littéralement s’effondrer. Associé du cabinet Exton Consulting, Jean-Louis Delpérié table sur une chute de 40 à 50%. Un chiffre qui ne convainc pas Godefroy de ­Colombe : à ses yeux, «la baisse de la sinistralité sera largement compensée par la hausse des coûts. La batterie d’une Renault électrique coûte 15 000 € : vous en connaissez beaucoup, des pièces mécaniques qui valent 15 000 € ?» De fait, et malgré les conventions nouées avec les réparateurs, le coût des sinistres matériels a augmenté de 15% sur cinq ans. Quant aux ­sinistres corporels, ils ont augmenté de plus de 250% depuis 2000. Inflation des coûts d’un côté, chute de la sinistralité de l’autre : l’assurance auto va devoir trouver un nouvel équilibre.


precedent Suivant Objets connectés 3 / 3

Godefroy De Colombe

Godefroy De Colombe

Président-directeur général de Direct Assurance, du groupe Axa

Godefroy De Colombe est né le 2 mars 1975. 1998 : Diplôme de l'école des Hautes Études Commerciales (HEC). Diplôme de l'Institut d'État des relations internationales de Moscou. 2002 [...]

Lire la suite

Effectuer une autre recherche

Rechercher

article extrait de l’argus de l’assurance

Tous les vendredis, l’information de référence
des institutionnels et des réseaux
 Contactez la rédaction
 Abonnez-vous