Digitalisation : l’ACPR invite les assureurs à passer la surmultipliée

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La compétitivité du secteur financier français en dépend. Le pôle FinTech Innovation de l’autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) publie, ce 20 mars 2018, une étude inédite sur la révolution numérique dans l’assurance française.

Les assureurs ont pris le virage numérique. Selon l'ACPR, il est encore plus serré que prévu.
Les assureurs ont pris le virage numérique. Selon l'ACPR, il est encore plus serré que prévu.
ipopba/Getty Images/iStockphoto

11 assureurs* y ont activement participé, détaillant leur activité, leur modèle d’affaires, leur stratégie et leur profil de risque. C’est, selon  François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France et président de l’ACPR « une étude de référence que publie l’ACPR sur les enjeux de la révolution numérique pour le secteur financier français ». Publiée le 20 mars 2018, sous format « Analyses et Synthèses », ce rapport a été conduit par le pôle FinTech Innovation de l’autorité qui a vocation, depuis juin 2016, à guider les acteurs dans leur parcours règlementaire et à dialoguer avec les assureurs établis sur leur programme de digitalisation. A ce titre, il s’agit donc plutôt d’un état des lieux utile pour le gendarme de l’assurance.

L’assurance du 21e siècle

Il en ressort, d'abord, un niveau de maturité inégal des assureurs (et des 6 banques interrogées) face au choc structurel que représente la révolution numérique. En jeu : le volume exponentiel de données structurées et non-structurées à traiter via de nouveaux algorithmes (notamment auto-apprenants) qui transforment la relation clientèle, le marketing, la tarification, la gestion des risques,…

Selon l’étude, le modèle de distribution centré sur l’agence physique est clairement mis à l’épreuve, tout comme l’hégémonie des acteurs en place. De nouvelles formes de concurrence proviennent non seulement des Insurtechs et des Gafa, mais également des acteurs de la grande distribution et des télécommunications qui cherchent dans les services financiers leur relais de croissance. « Face à ces défis considérables, les établissements français ont désormais structuré leurs réponses stratégiques et je les invite à poursuivre leurs efforts en ce sens dans les métiers et dans toutes les fonctions de leurs établissements. C’est essentiel pour la solidité et la compétitivité du secteur financier français, au service des consommateurs et de l’économie », argumente François Villeroy de Galhau.

Son rapport plaide ainsi pour un recours plus fréquent à la décentralisation et à l’adoption de processus de décision plus courts. « Cela appelle aussi le déploiement de politiques RH qui doivent gérer la reconversion de certains employés, assurer la montée en compétences d’autres et parvenir à recruter des profils très recherchés comme les ingénieurs en données et les experts en expérience utilisateur », peut-on lire dans l’étude. Ce, sur fond de changement du modèle économique de revenus avec, par exemple la monétisation de services de coaching et d'alerte, la fourniture de services non assurantiels comme des produits de téléphonie ou de sécurité et les offres packagées. Autant d'innovations qui passeront par des partenariats avec les start-up, même si de nombreux assureurs semblent privilégier le pilotage interne de leurs innovations afin d’en garder la maîtrise technologique.

La SI en première ligne

Les systèmes d’information, au cœur de cette révolution, doivent se moderniser. L’étude confirme qu’ils résultent encore trop souvent d’une sédimentation progressive de couches applicatives sur des infrastructures anciennes… Or, les nouveaux usages des consommateurs exigent plus d’agilité, d’ouverture et de sécurité. La vente à distance, notamment, les chahute. Leur stratégie consiste à généraliser l’autonomie des clients en phase d’approche et de renseignement mais aussi de souscription (assurance emprunteur, MRH, auto…).

 

L’étude met en exergue, sur ce point, la dépendance croissante des assureurs aux prestataires technologiques. La fourniture de services financiers sur smartphone les asujettit aux systèmes d’opération comme iOS et Androïd et aux opérateurs de télécommunications. L’exemple d’un assureur qui dépendrait, par exemple, de Facebook Messenger, hébergeant des outils de chatbots, est parlant. Mais les acteurs dépendent aussi des prestataires de Cloud, en termes d’infrastructures (serveurs, réseaux,…) comme de logiciels (applications, données).

La digitalisation vue comme un risque

Car l’étude de l’ACPR entend faire ressortir la mise à l’épreuve que constitue aussi la révolution numérique pour le modèle d’affaire des assurances. Modèle qui repose pour beaucoup sur une maîtrise de l’ensemble de la chaîne de valeur, allant de la relation clientèle à la conception de produits et à la gestion des risques. L’afflux de nouveaux concurrents qui se positionnent comme des intermédiaires commerciaux suscite ainsi des remous visibles dans l’étude. Démarcher, vendre, suivre la relation à distance avec les consommateurs dans le respect des obligations règlementaires, du devoir de conseil et de recueil de consentement est schizophrénique.

Les résultats détaillés de l’étude ont été présentés et discutés par le collège plénier de l’ACPR le 1er décembre dernier et serviront à l’ACPR dans ses discussions avec les instances françaises et européennes.

*AG2R La Mondiale, Allianz, Aviva, Axa, CNP, Covéa, Crédit Agricole Assurance, Generali, Groupama, Macif et Maif.

 

 

 

 

 

 



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