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Economie collaborative : les biens et services, une nouvelle matière assurable

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Autrefois réalisés à titre gracieux, les échanges de biens et de services entre particuliers se monétisent, requérant une assurance sur-mesure. Un défi actuariel pour les assureurs.

Si-Gal / GettyImages?/ L’ARGUS DE L’assura nce
Si-Gal / GettyImages?/ L’ARGUS DE L’assura nce

Emprunter une perceuse, faire repeindre son portail ou monter une étagère : ces services, autrefois rendus par des voisins ou amis, ont désormais un prix. Les plateformes collaboratives de jobbing permettent de mettre en relation des travailleurs indépendants et des particuliers à la ­recherche d’un coup de main. Des échanges monétisés qui posent de nouvelles questions : si le « jobbeur » se blesse ou si le loueur de la perceuse retrouve son matériel dégradé, qui va les indemniser ?

Sollicités par les start-up, les ­assureurs commencent à s’intéresser à ces nouveaux usages. « En plein développement, cette économie payante d’échange de biens constitue de la nouvelle matière assurable pour nous », souligne Valérie Cohen, directrice technique produits IARD auto et habitation de Covéa. « Axa, Allianz (1) et la Maif font la course aux plateformes », témoi­gne Bertrand Tournier, CEO et fondateur de Youpijob. Ce dernier a signé un partenariat avec Axa en mars 2016. Son objectif : rassurer les consommateurs. « Ils nous ont permis de designer une assurance dédiée, c’est du sur-mesure. Pour nous, l’assurance est un prérequis, afin d’avoir un produit fini », ajoute-t-il.

Ces start-up cherchent ainsi à combler les « trous dans la raquette » laissés par les couvertures d’assurance traditionnelles. « Plusieurs modèles d’assurance peuvent exister, inclus automatiquement ou proposés en option par les plateformes, fonctionnant en première ou en deuxième ligne, notamment lorsqu’il faut couvrir des manques dans les assurances classiques dont les couvertures ne sont pas assez étendues », précise Thomas Ollivier, responsable Économie collaborative de la Maif, partenaire des sites Zilok, Les débrouilleurs, Stootie et Needelp.

Trouver un assureur…

Allovoisins.com, qui revendique 1 million de membres, a fait appel au courtier Verspieren pour trouver le « meilleur partenaire ». Après un an de recherches, il va, selon nos informations, officialiser en juillet prochain son partenariat avec Generali France. « L’assurance RC vie privée permet de couvrir partiellement les échanges entre particuliers. Mais notre offre va plus loin : elle garantit la caution pour la location de biens ou la bonne réalisation des travaux pour les services à la personne et couvre les accidents corporels », explique Édouard Dumortier, fondateur d’Allovoisins.com. La filiale de l’assureur italien s’intéresse à ce relais de croissance et aurait d’autres partenariats à annoncer en 2017. « On se positionne comme un business partner des plateformes positionnées sur l’échange de biens et de services. C’est un levier de différenciation et cela nous permet d’investir le champ de l’innovation », explique Karine Gangneux, directrice du développement des partenariats chez Generali France.

Pour les assureurs, qui revendiquent tous une démarche de coconstruction de l’offre avec leurs partenaires, l’enjeu est, en effet, d’être à la pointe des nouvel­les tendances de consommation. « Notre obsession, c’est l’expérience client : assurer la fluidité du parcours, y compris la digitalisation de la déclaration de ­sinistres », expli­que Audrey Fabresse, respon­sable Partenariats digitaux et Nouvelle économie chez Axa France.

… et établir une relation de confiance

Mais les relations entre les compa­gnies et les jeunes pousses innovantes, beaucoup plus agiles, ne sont pas toujours aisées. « Au ­final, nous avons l’impression d’avoir acheté un logo. Nous n’avons même pas un protocole de déclaration de sinistre intégrable à notre plateforme en ligne », ­regrette Bertrand Tournier de Youpijob. « Avec certaines start-up, nous lançons rapidement un minimum viable product (MVP) et ensuite nous adop­tons une démarche de test & learn, pour améliorer le parcours de la gestion de sinistre. C’est le cas avec Youpijob », répond Audrey Fabresse.

Certaines start-up, jugées trop petites ou pas assez rentables, ne parviennent même pas à assurer leurs risques. « Il est difficile d’assurer la location de petit matériel, car le produit n’est pas rentable pour les assureurs. Quel revenu financier peuvent-ils dégager pour la location d’une perceuse à 8 € par jour ? Cela représente beaucoup de paperasse pour 2 ou 3 € par transaction dans la poche de l’assureur », souligne Jean-­Baptiste Delmas, cofondateur de Bricolib, qui organise la location d’outils de bricolage entre particuliers.

Ces plateformes posent, en effet, de nouveaux défis actuariels. « En raison de la multiplicité d’interventions de nature différente (NDLR : plomberie, jardinage, cours à domicile...), nous avons dû construire une tarification horizontale pour la responsabilité civile professionnelle destinée à des profils et des comportements similaires. Jusqu’ici, la tarification en RC était établie de manière verticale selon les professions. C’était un bon challenge pour nous », explique Audrey ­Fabresse d’Axa France.

L’assiette de cotisations serait, en effet, plus difficile à constituer. « Il faut un gros volume de ces petits usages pour amortir le coût. Par exemple, si on assure des dommages corporels pour deux heures de bricolage et que l’on a un sinistre, cela va nous coûter cher. On passe d’une tarification à l’année à une tarification à l’usage », ajoute Thomas ­Ollivier de la Maif. Le jeu en vaut-il la chandelle ? « Si on ne pensait pas cela rentable à long terme, on n’irait pas », confie un assureur.

Nous avons mis un an pour trouver le meilleur partenaire, et nous avons construit l’offre d’assurance ensemble. L’assurance RC vie privée permet aujourd’hui de couvrir partiellement les échanges entre particuliers. Mais notre offre va plus loin : elle garantit la caution pour la location de biens ou la bonne réalisation des travaux pour les services à la personne et couvre les accidents corporels.

Édouard Dumortier, fondateur d’Allovoisins.com

Axa nous a permis de « designer » une assurance dédiée, c’est du sur-mesure. Mais, au final, nous avons l’impression d’avoir acheté un logo, nos relations sont unidirectionnelles. Les assureurs doivent accompagner l’innovation en mettant en place des outils comme un protocole de déclaration de sinistre intégrable à notre plateforme en ligne. Leurs process de traitement de sinistres ne sont pas adaptés à nos consommateurs qui recherchent de la simplicité.

Bertrand Tournier, CEO et fondateur de Youpijob

Il est difficile d’assurer la location de petit matériel, car le produit n’est pas rentable pour les assureurs. Quel revenu financier peuvent-ils dégager pour la location d’une perceuse à 8 € par jour ? Cela représente beaucoup de paperasse pour 2 ou 3 € par transaction dans la poche de l’assureur.

Jean-Baptiste Delmas, cofondateur de Bricolib


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article extrait de l’argus de l’assurance

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