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Economie collaborative : oser l'assurance de demain (Spécial digital)

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Parce qu’elles inventent de nouveaux usages qui bouleversent les schémas traditionnels, les start-up de l’économie collaborative imposent aux assureurs de revoir leurs habitudes techniques et commerciales.


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Comment assurer la voiture d’un particulier louée par un tiers ? Comment garantir l’arrivée à destination d’une personne utilisant le covoiturage ? Comment couvrir les logements qui font l’objet d’échanges entre particuliers ? Autant de questions auxquelles les assureurs sont confrontés quand un OuiCar, un BlaBlaCar ou un GuestToGuest vient frapper à leur porte ? L’assurance s’est d’abord montrée frileuse face à ces nouveaux usages. Il a ainsi fallu deux ans à la fondatrice du site de location de véhicules entre particuliers, OuiCar, pour trouver une assurance prenant le relais de celle du propriétaire (lire page 30).

100 000 € Chiffre d’affaires généré à la Maif par une dizaine de partenariats dans l’économie collaborative.

Les assureurs réactifs

Mais les temps ont changé et les acteurs de l’économie du partage ne sont plus regardés comme des Ovni. L’assurance a compris l’importance de maîtriser ces nouveaux modèles au croisement de problématiques cruciales pour le secteur : le digital, la couverture des usages innovants, l’assurance temporaire et les garanties embarquées dans des biens et des services. Plusieurs assureurs en ont fait un engagement stratégique, à l’image de la Maif. La mutuelle a, depuis 2009, noué « 36 partenariats avec des start-up qui continuent toutes à se développer, et une trentaine d’autres sont à l’étude », selon Thomas Ollivier, responsable économie collabo­rative et pratiques émergentes.

Assureurs et start-up entrent alors dans la sphère du partenariat pour élaborer ensemble des solutions innovantes, qui seront le plus fréquemment vendues comme une partie d’un service plus global. Ces alliances recouvrent des exigences fortes du fait des risques relevant de nouveaux usages. « Le point-elle, c’est la capacité d’adaptation des deux parties. Dans certains cas, une évolution des process des start-up sera peut-être nécessaire, et de notre côté, il nous faut être en mesure de modifier notre approche du risque », témoi­gne Olivier Willems, directeur en charge du développement de Generali France. Cette logique de cocréation est aussi une façon pour les assureurs et leurs intermédiaires de sécuriser ces affaires d’un nouveau genre. « Avec les start-up, nous avons l’opportunité de nous glisser très tôt dans le modèle pour le rendre plus assurable : amélioration du processus de notation ou de la sécurité autour des données de géolocalisation », illustre François Bucchini, directeur général adjoint, en charge de l’activité affinitaire et risques spéciaux chez Gras Savoye. Les assureurs vont ainsi chercher à vérifier que les jeunes pousses assument leur rôle de tiers de confiance vis-à-vis de leurs utilisateurs.

Tout est à inventer…

L’une des difficultés pour l’assurance reste la fragilité du secteur. Comme le rappelle Mathieu Heslouin, créateur de la start-up VoulezVousDiner (qui propose aux internautes de dîner chez des inconnus), sur un groupe de 10 start-up, 5 réussissent… dont 2 seulement avec une croissance dynamique. D’où une certaine prudence des assureurs. « Notre démar­che s’apparente à celle d’un investisseur, quand bien même nous n’entrons pas au capital des start-up avec lesquelles nous nouons des partenariats, nous investissons en temps pour les accompagner et nous prenons un risque en tarifant une offre pour laquelle nous n’avons pas d’historique », confirme Olivier Willems chez Generali. Car le principal défi des assureurs est bien d’élaborer une offre à partir d’une feuille blanche. Même si les garanties ressemblent à celles des contrats traditionnels, c’est le cas pour la location de véhicules, par exemple, les critères habituels de tarification ne peuvent être utilisés, sachant que le profil du conducteur n’est pas connu. Dans ce contexte, les assureurs doivent simplifier leur approche et apprendre en marchant. « Dans la phase de conception des garanties, nous admettons de ne pas tout savoir, on fixe les tarifs en faisant des projections. Une fois le contrat en place, on fait le point et on ajuste », explique Thomas Ollivier de la Maif. Avec le temps, les assureurs auront une vision plus précise des résultats techniques et pourront affiner leurs tarifs. Mieux vaut donc pérenniser les partenariats pour tirer profit des connaissances acquises et du développement de la start-up, car comme le souligne Thomas Ollivier : « de sa croissance dépend l’assiette de cotisation qui va permettre, à terme, de couvrir les risques ».

Pas question pour autant de sacrifier aux exigences techniques. Chez Generali, « ces programmes d’assurance doivent répondre aux mêmes critères d’équilibres techniques que nos autres contrats. Mais on se laisse une marge d’apprentissage avec le partenaire et le courtier. Nous savons que nous ne serons pas immédiatement dans le vrai ».

Autre impératif : veiller à la qualité de services, sachant que l’assurance n’est qu’une des composantes d’une prestation plus globale. « À lui seul, un gestionnaire de sinistres de la Maif porte la réputation d’un partenaire comme Koolicar », note Thomas Ollivier.

… Ou à réinventer

Sous l’influence des start-up et des nouveaux modèles qu’elles imposent, les assureurs sont donc en train de réinventer progressivement leur modèle. Mais les différences de culture sont encore importantes et les deux univers ne vivent pas au même rythme. « Tous les ans, nous multi­plions notre activité par trois ou quatre », témoigne ainsi Marion Carrette, fondatrice de OuiCar. Et la phase d’implantation à l’international peut arriver très vite. « Un porteur de projet à qui je demandais s’il avait des idées de développement à l’étranger m’a répondu : Non pas tout de suite, dans un an » relate Olivier Willems. Or, comme le rappelle Jean-Marc Pailhol, directeur market management et distribution d’Allianz SE, les programmes d’assurance de dimension internationale sont surtout pensés pour des grands comptes : « ce sont des solu­tions trop complexes et trop coûteuses, qui ne permettent pas de répondre de manière efficace et rentable aux besoins des start-up ». D’où des réflexions chez Allianz et d’autres assureurs, pour élaborer des solutions internationales plus adaptées. Malgré les décalages et les risques, certains assureurs s’engagent avec conviction dans l’économie collaborative, même si ce n’est pas, pour l’instant, un véritable relais de croissan­ce. « Il faut beaucoup investir au départ », rappelle Thomas Ollivier. Un enjeu d’autant plus crucial que le modèle de l’économie collaborative aura à terme un impact sur les contrats considérés comme traditionnels. « Ces usages, lorsqu’occa­sionnels, pourraient être intégrés dans une MRH ou un contrat auto », précise-t-il. Pour les assureurs, l’enjeu est bel et bien de préparer l’avenir.

Le réassureur, premier porteur de risques !

Qui l’eut cru ? Dans l’écosystème assurantiel des start-up, le principal porteur de risques est d’abord... le réassureur ! Du moins au début. Face à un risque émergent, un nouveau produit, un canal de vente atypique ou une nouvelle population, le premier réflexe de l’assureur consiste à solliciter les réassureurs. Dans près de 9 cas sur 10, ces derniers exigeront un partage de sort qui se matérialisera au travers d’un traité en quote-part. Concrètement, réassureurs et cédantes se partagent un pourcentage des primes collectées, lequel est plus important pour le réassureur, et des sinistres du portefeuille de la cédante. Au fur et à mesure que le degré de mutualisation, de maturité et d’historique se renforce, le sort se rééquilibre progressivement en termes de résultats et de risques : « Avec le temps, la cédante est en capacité de s’approprier ses risques, ce qui se traduira par une augmentation du niveau de rétention. L’idée étant que le réassureur redistribue davantage de résultats envers la cédante », souligne Arnaud Chevalier, directeur de clientèle réassurance vie, accident et santé chez Aon Benfield.
Sébastien Acedo

Ouicar et l’assurance : un scénario à rebondissements

  • 2007 Une nouvelle activité à assurer
    Fin 2007, avant de créer OuiCar, Marion Carette cherche un assureur pour couvrir les voitures louées entre particuliers, une nouvelle offre proposée sur son site Zilok. Generali, partenaire de cette plateforme de location de biens entre particuliers, « ne souhaitait pas assurer les véhicules », résume-t-elle. Les recherches durent deux ans !
  • 2009-2012 Recherche bonne formule désespérément
    En 2009, MGARD, filiale d’Axa France, propose à Zilok une assurance qui supplante celle du propriétaire. « Mais nous n’étions pas satisfaits du parcours client : il fallait sortir de notre plateforme pour éditer la carte verte sur le site du courtier. » En 2011, MMA démarche la start-up et lui propose un contrat flotte via Covéa Fleet. Il n’y a plus de rupture du parcours client.
  • 2012-2015 L’activité décolle… l’enjeu la gestion de sinistres
    En 2012, la location de véhicules sort du giron de Zilok pour donner naissance à OuiCar. 2 500 voitures sont proposées à la location. La start-up quitte l’agent MMA qui suit ses programmes d’assurance et se tourne vers Verlingue pour son rôle de gestionnaire sinistres. Au printemps 2015, le courtier choisit L’Équité (Generali France).
  • 2015 Diversification-international de nouveaux besoins
    En juin 2015, OuiCar fait entrer la SN CF à son capital et se fixe de nouveaux défis : la location de véhicules professionnels et le développement à l’étranger. Marion Carrette se met en quête d’un nouveau partenaire : « Il était devenu important pour nous d’être davantage acteur de nos solutions d’assurance en cocréant les produits ». En février 2016, Axa France devient l’assureur de OuiCar (assurance tous risques et assistance). Une offre unifiée pour l’Europe devrait voir le jour courant 2016.


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