Edito : Adopte une licorne !

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De part et d’autre de l’Atlantique, l’élevage de licornes est devenu la nouvelle obsession. Pour ceux qui seraient encore restés à l’abri du phénomène, une licorne est une start-up dont la valorisation, lors d’un rachat ou d’une mise en Bourse, dépasse le milliard de dollars. Groupon, Instagram, SnapChat, Uber ou Youtube sont de petites licornes. Twitter, LinkedIn ou WhatsApp (racheté 19 Md\$ par Facebook), sont de grosses licornes. Il existe même des « superlicornes », qui dépassent les 100 Md\$ de valorisation, comme Amazon, Facebook ou Google, notamment parce qu’elles ont mangé plus petites qu’elles.

La probabilité de transformer une jeune pousse lambda en licorne est de 1 sur 1 538.

Contre toute attente, il existe une abondante littérature, quasi académique, sur le sujet. De nombreux blogueurs, start-upers ou inves­tisseurs ont en effet contribué à populariser les travaux d’Aileen Lee (1). Cette spécialiste américaine du capital-risque, dont la boutique, tout un symbole, s’appelle Cowboy Ventures, est la première à avoir identifié et, surtout, nommé le phénomène des licornes, et tenté de pointer leurs caractéristiques communes. Car les licornes sont rares, d’où leur nom. Aileen Lee a aussi remarqué que les licornes potentielles ne le deviennent vraiment qu’à l’âge de raison (il faut en moyenne sept ans avant un rachat ou une mise en Bourse) et qu’elles se caractérisent par leur constance (elles restent en général fidèles à leur stratégie initiale).

La période 2003-2013 aurait produit 39 licornes aux États-Unis (soit une moyenne de 4 par an) à rapporter aux quelque 60 000 start-up qui ont vu le jour dans le domaine du logiciel et des nouvelles technologies. Autrement dit, la probabilité de transformer une jeune pousse lambda en licorne est de l’ordre de… 1 sur 1 538. L’Europe ne serait pas en reste : la banque d’affaires GP Bullhound, spécialisée dans les nouvelles technologies, a identifié 30 licornes nées sur le Vieux Continent au cours de la même période. La France en compterait au moins deux : Criteo et Vente-privee.com. Inutile de dire que le phénomène « French Tech » (et ses déclinaisons FinTech et InsurTech) a l’ambition plus ou moins avouée de faire éclore quelques licornes.

L’an dernier, l’équipe d’Orange Silicon Valley (2) a repris à son compte ces travaux pour tenter, à son tour, de percer le secret de la licorne, mais aussi pour montrer que tout un écosystème est en train de voir le jour autour de ces animaux oniriques. Il en ressort l’idée intéressante selon laquelle tout leader en place, quel que soit son domaine, a, compte tenu de son inertie, fort peu de chances de parvenir à se réinventer. Le salut viendrait donc non plus du core business, relégué au mieux au statut de vache à lait, au pire de mort-vivant, mais de tous les à-côtés qui pourront être développés (les « adjacencies », dans le jargon), et qui, peut-être, généreront un jour une licorne. De quoi remettre en cause des années de doctrine en matière de stratégie d’entreprise !

Sur ce terrain, l’assurance n’est pas en reste. Allianz, Axa, Covéa, Generali, la Maif, pour ne citer qu’eux, ont adopté des start-ups, rêvant sans doute d’en faire leurs licornes. On espère surtout que de leur rencontre, que l’on souhaite fructueuse, naîtront de drôles d’animaux qui se situeront plutôt en haut de la chaîne alimentaire. ?

1. « Welcome to the unicorn club : learning from billion-dollar startups », 2 novembre 2013.2. « Unicorns, startups & giants », Georges Nahon, printemps 2014.



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article extrait de l’argus de l’assurance

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