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Eurocroissance, les assureurs en phase d'échauffement

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L’eurocroissance pâtit d’un contexte très défavorable. En attendant des jours meilleurs, les assureurs, toujours poussés par la nécessité de proposer une alternative aux fonds euros, testent des produits voisins de ce nouveau type de contrat, qui permettent d’initier l’épargnant aux risques.

Préconisés par le rapport Berger-Lefebvre, les fonds eurocroissance, formellement créés par la loi de finan­ces rectificative du 29 décembre 2013, sont nés sous les meilleurs auspices. La formule se veut triplement gagnante alors que les fonds euros sont à la peine : orienter une partie de l’épargne des Français vers « l’économie réelle », doper les rendements versés aux assurés tout en maintenant une garantie du capital et, enfin, alléger les exigen­ces en fonds propres des assureurs. D’ailleurs, celle qui était encore la FFSA, n’hésitait pas à évoquer « l’assurance vie du XXIe siècle ».

Un bilan en demi-teinte

Un peu moins de trois ans plus tard, le bilan est plus que contrasté. Les offres n’ont pas submergé le marché, et la collec­te sur ces nouveaux supports se révèle très faible, à peine 773 M€ en 2015, selon les chiffres de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR). Prédi­ca confirme ainsi que les résultats ne sont pas au rendez-vous : le support eurocroissance « objectif programmé » n’affiche que 372 M€ d’encours à fin septembre 2016, « en deçà de nos ambitions », commente la compagnie filiale de Crédit agricole Assurances.

JEAN-MARC CRESTANI, directeur épargne et clientèle patrimoniale, AG2R La Mondiale
« Une alternative pour entrer dans le risque »

  • Quelle est votre position par rapport aux fonds eurocroissance ?
    Aujourd’hui, nous sommes dans les pires conditions pour créer un fonds croissance ou eurocroissance en raison des taux très bas des obligations qui rapportent à peine à 1 %. Notre fonds croissance est prêt mais, pour le commercialiser plus largement, nous attendons que les taux du fonds euros baissent largement et que les taux d’intérêts remontent. En attendant, nous proposons à nos clients une nouvelle option dans nos contrats d’assurance vie.
  • En quoi consiste cette option ?
    Elle consiste à proposer, dans les contrats de La Mondiale Partenaire, une garantie du capital à un horizon de 4 ans. Avec cette option baptisée Option Capital protégé 2020, le capital sera investi à 70 % sur le fonds euros et à 30 % sur 3 fonds de diversification avec une faible volatilité, ce qui devrait permettre de booster le rendement de ce nouveau support si les trois fonds de diversification performent. On se rend compte que les épargnants ont du mal avec l’horizon à 8 ans. Cette option constitue une alternative pour entrer dans le risque, car aujourd’hui, on va vers une remise en cause de la garantie à tout moment.

Compenser les taux bas

Alors certes, la commercialisation des contrats eurocroissance nécessite des investissements importants. « Ces fonds ont des impacts lourds pour les systèmes de gestion, du fait d’un fonctionnement très spécifique », souligne Gildas Robert, directeur métier- actuariat conseil chez Optimind Winter. Et elle pose des diffi­cultés liées au devoir de conseil. Sans compter que les assureurs qui, affichent de belle collecte en unités de compte (UC), n’ont pas d’intérêt à déve­lopper de tels produits, afin, justement, de ne pas diluer leur collec­te en UC. C’est le parti pris de Neuflize Vie ou encore de Groupama Gan Vie. Mais la princi­pale raison de ce mauvais départ et de la frilosité des assureurs est ailleurs, elle tient au contexte monétaire, comme l’explique Jean-Marc Crestani. « Aujourd’hui, nous sommes dans les pires conditions […] en raison des taux très bas des obligations qui rapportent à peine 1 % », commente le directeur épargne et clientèle patrimoniale chez AG2R La Mondiale. À partir de là, difficile de convaincre les assurés que la formu­le sera véritablement gagnan­te. Le potentiel de rendement supplémentaire des fonds eurocroissance est trop incertain pour compenser la perte de la garantie à tout moment du capital. À titre d’exemple, les performances du fonds eurocroissance de Generali (fonds G croissance 2014) affichaient au 1er janvier un timide 3,10 % d’espérance de gain à un horizon de 8 ans. « Outre le contexte de taux bas, le time to market n’est pas forcément le bon. Il n’est pas enco­re acquis pour l’épargnant qu’il faille renoncer aux fonds euros classiques. Cette prise de conscience peut encore prendre du temps », ajoute Jean-Marc Crestani. Certes, les taux de rendement des fonds euros se dégradent en moyenne de 0,20 % par année, mais pour 2015, le taux moyen servi par le marché était encore de 2,27 %, selon les chiffres de l’ACPR, contre 2,54 % pour 2014, 2,80 % en 2013 et 2,91 % en 2012.

Gildas Robert, directeur métieractuariat conseil, chez Optimind Winter
« Les fonds croissance plus adaptés au contexte de taux bas »

« La répartition provision mathématique/provision de diversification des fonds euros croissance/croissance va notamment dépendre du niveau de la garantie au terme. Si l’assuré opte pour un fonds eurocroissance (garantie de 100 %) sur un horizon de 8 ans, dans le contexte actuel de taux très bas, la quasi-totalité de la prime sera investie en actifs non-risqués de types obligations. Seule une faible partie fera l’objet d’une provision de diversification pour être investie sur des actifs plus risqués. Cela revient quasiment à reproduire un fonds euros, qui en plus, ne disposerait pas de la richesse latente des fonds euros actuels. Les fonds croissance, dont la garantie est inférieure à 100 %, permettent une provision de diversification plus importante, plus adaptée au contexte de taux bas. »

Le marché en danger

Il n’en demeure pas moins urgent de freiner la collecte en euros. La persistance de taux d’intérêts historiquement bas oblige les assureurs vendent de l’assurance vie euros classique à réinvestir massivement sur de l’obligataire qui rapporte peu, entraînant un effet de dilution des portefeuilles. En puisant sur leur richesse pour continuer à servir des taux de rendement attractifs, le marché se met en danger. C’est en tout cas ce que ne cessent de marteler le régulateur et les pouvoirs publics, à tel point que des mesures antisystémiques sont en passe d’être adoptées dans le cadre de la loi Sapin 2. C’est pourquoi certains assureurs empruntent des chemins alternatifs.

« En raison du contexte de taux bas et de son impact sur le potentiel de performance du support, nous avons choisi de ne plus proposer les garanties du capital à 100 % et 95 % de notre support eurocroissance. Seules sont maintenues les garanties à 80 %, 85 % et 90 % », explique Isabelle Perchereau, responsable marketing et ingénierie financière de Prédica. Moduler le niveau de garantie du capital permet, en effet, aux assureurs d’augmenter la sacro-sainte provision de diversification, seule capable de générer un rendement (voir encadré). La tendance actuelle est en effet à vendre ce que la Fédération française de l’assurance préconise d’appeler les fonds croissance (quand la garan­tie du capital est inférieure à 100 %). Outre augmenter la provi­sion de diversification, ils présentent un autre avantage de taille. « Dans le cadre de Solvabilité 2, plus la garantie de l’assureur est réduite, moins le besoin en fonds propres est important puisqu’une partie du risque est alors portée par l’assuré », rappel­le Corinne Jehl, actuaire, practice leader épargne, chez Optimind Winter.

Les assureurs proposent des solu­tions d’un nouveau genre à l’instar de la toute dernière, Option Capital protégé novembre 2020, d’AG2R La Mondiale qui offre une espérance de rendement plus élevé que le fonds euros classique contre une perte d’illiquidité du capital sur 4 ans, plus acceptable pour l’épargnant (voir ci-contre). Fin 2015, CNP Assurances a également lancé une offre similaire via un multisupport structuré avant de réitérer en début d’année avec l’option Flexi sérénité qui permet à l’assuré de moduler le niveau de protection du capital et l’éché­ance. De quoi séduire les assureurs, mais peut-être moins les épargnants. « L’assurance vie s’est construite sur les contrats en euros. C’est une épargne de bon père de famille avec un rendement élevé contre un engagement long. C’est ça qui a attiré les Français. Ils ne sont pas attirés par le risque. L’assurance vie reste plutôt un produit de préparation à la retrai­te. Donc les épargnants veulent du sûr. L’avenir dira si l’eurocroissance est un succès ou non mais les gens sont plutôt prudents », prévient François Carlier, délégué général de l’association de consommateurs CLCV.

« Le fonds euros restera au cœur de notre offre, affirme Isabelle Perchereau de Prédica, mais le client recherche un mixt entre rentabilité et sécurité. Proposer un support eurocroissance apporte une solution de plus dans l’offre euro et unités de compte que nous proposons à nos clients. C’est le potentiel de rendement et le niveau de risque qui conduira l’épargnant à aller vers l’un ou l’autre de ces supports. » Cette innovation a bien des intérêts, confirme Jean-Marc Crestani : « Les fonds eurocroissance sont une bonne formule dans la mesu­re où la garantie à tout moment n’est pas toujours utile et dépend de l’objectif d’épargne de l’assuré. » Et la possibilité ouverte par décret, cet été, de pouvoir transférer une partie des plus-values latentes des fonds euros a été bien accueillie par le marché.

Convaincre l’épargnant

Pour les assureurs, il faudra faire de la pédagogie à tous les niveaux s’ils veulent imposer un produit auquel beaucoup croient. « D’ici 10-20 ans, on peut imaginer que l’eurocroissance va s’imposer sur le marché de l’assurance vie. Ce modèle correspond davantage à la logique de l’assurance et de la mutualisation des risques que ceux des contrats en euros s’apparentant à des comptes bancaires et des contrats en unités de compte pure, dont les risques pèsent uniquement sur le souscripteur », estime Lionel Lefeb­vre, avocat au cabinet Orid. Et Isabelle Perchereau de conclure : « Nous considérons que le contexte actuel de taux bas ne remet pas en cause la pertinence à moyen terme de l’eurocroissance pour les clients. Notre objectif est bien de le remet­tre en avant dès que le contexte économique le permettra ». Et le ciel pourrait se dégager assez rapidement dans la mesure où la banque centrale américaine, la FED, a déjà anticipé une remontée des taux après l’élection prési­dentielle.


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