precedent Suivant Dossier Eurocroissance 2 / 2

Eurocroissance : les CGPI boudent le match

Par - Publié le

,

,

,

,

L’eurocroissance fait un flop auprès des conseillers en gestion de patrimoine indépendants (CGPI). Entre contraintes de blocage du capital et rémunération incertaine, ils lui préfèrent des produits plus traditionnels.


 pgiam/ istock

C’est un argumentaire à charge auquel se livrent les conseillers en gestion de patrimoine indépendants (CGPI). Les griefs contre l’eurocroissance sont nombreux, qu’ils soient conjoncturels, en lien avec l’effondrement des taux d’intérêt, ou plus structurels, concernant les caractéristiques même du produit. « On peut faire mieux et différem­ment », juge Géraldine Métifeux, du cabinet Alter Egale implanté à Paris. Ce qui résume bien l’opinion géné­rale des conseils en gestion de patrimoine indépendants concernant l’eurocroissance. Et d’égrener ses défauts : « Absence de liquidité, pas d’effet cliquet avant 8 ans, et faible rendement… Autant d’éléments qui en font un produit qui ne répond pas à l’intérêt de nos clients ».

Pour rappel, l’eurocroissance est un contrat en cas de vie ou en cas de décès, mono ou multisupport qui comporte des fonds diversifiés. Investis dans le financement de l’économie française, ces fonds ne prévoient de garantie en capital qu’au terme d’une détention minimale de 8 ans. Remplaçant les contrats euros diversifiés, l’eurocroissance peut résulter de la transformation d’un contrat d’assurance vie ou d’un contrat de capitalisation, avec maintien de l’antériorité fiscale.

Les fonds euros en tête

Le premier grief des CGPI contre l’eurocroissance tient à l’engagement long terme. « On lui préfère un fonds euros couplé avec des unités de compte », explique Julien Fleuret d’Haussmann Patrimoine à Paris. « Les fonds euros dynamiques ou flexibles reposent sur le même concept que l’eurocroissance, mais sans ses inconvénients : l’assureur garantit le capital au jour le jour, et ce type de fonds en euros investit entre 70 et 75 % en actifs de la compagnie d’assurance et entre 25 et 30 % en UC pilotés pour aller chercher de la performance sur les marchés. Si ceux-ci s’effondrent comme en début d’année, on peut couper la position pour éviter une perte en capital, et attendre l’année suivante pour se réexposer. On peut également arbitrer un fonds euros flexible pour revenir au fonds classique ou vers des UC pour dynamiser le contrat si on le souhaite. » En revanche, « sur de l’eurocroissance, impossible de faire des allers-retours, explique Guillaume Hublot, KMH Gestion privé à Lyon. Au contraire avec les unités de compte, on peut couper le risque quand on veut ». Second grief : la contrepartie de l’indisponibilité des fonds n’est pas connue à l’instant T.

8 ans... c’est trop long !

Et cette liquidité de l’eurocroissance coûte cher. Il faut dire que le produit subit de plein fouet un time to market défavorable. Pour Alexis Poirot, du cabinet Fiducée Gestion privée de Besançon, « c’est une bonne idée mais au mauvais moment : les taux sont tellement bas qu’il n’est pas possible d’apporter de la performance ». Sentiment partagé par Julien Fleuret : « L’eurocroissance aurait dû être lancé quand les rendements obligataires étaient plus élevés et que les compa­gnies avaient plus de grain sur les fonds euros. Quel est l’intérêt à bloquer 8 ans, sans carotte fiscale et pour un rendement incertain ? ». « Quitte à bloquer pendant 8 ans, je préfère proposer autre chose à mon client, on est loin des 2,90 % de rendement moyen annon­cé lors du lancement du produit, avec des analyses à 3,50 % », regret­te Philippe Camoin, d’Hélios Patrimoine Investissement à Aix-en-Provence. Finalement, « l’euro­croissance peut s’inscri­re dans une approche retrai­te, à un horizon de 20 à 30 ans, estime Cyrille Chartier-Kastler, président de Facts&Figu­res et du site GoodValueforMoney.eu. Dans un Madelin ou un Perp, ça peut avoir du sens car, à cet horizon, on peut envisager des montages qui tiennent la route. »

Autre obstacle, les conseillers ne disposent pas de retour d’expérience sur ce placement. Et pour cause : sa communication est diffi­cile. « Les performances des eurocroissance dépendent du mois d’entrée. Résultat, au bout de 2 ans, on a 24 communications différentes, alors si l’on transpose sur 8, 12 ou 20 ans… Son monitoring est un véritable casse-tête pour l’assureur », explique Guillaume Hublot. Faute de recul et de track-records, l’avantage client est difficilement perceptible. Et cette absence de visibilité et de compréhension par le client renvoie au devoir de conseil du CGPI. « Si l’on n’est pas certain que le client a bien compris l’intérêt du produit et que le produit lui convient, il en va de notre responsabilité de ne pas le lui vendre », soulève Julien Fleuret. En outre, la rémunération de CGPI sur ces produits est plus faible. Selon Cyrille Chartier-Kastler : « La problématique du CGPI est d’optimiser le temps passé avec son client. Or, vendre de l’eurocroissance rapporte 0,20 à 0,30 % contre 0,50 % pour des unités de comptes auquel s’ajoute la rétrocession ».

Pierre-Grégoire Marly, professeur agrégé des facultés de droit
« Le devoir de conseil s’alourdit »

« Avec les supports eurocroissance des contrats d’assurance vie, le devoir de conseil des distributeurs s’alourdit en raison de la complexité du produit. En particulier, l’évaluation du profil de risque de l’épargnant devra être adaptée à cette complexité qui résulte de l’ambivalence du contrat, à mi-chemin entre contrat en euros et contrat en unités de compte. De même, concernant l’information précontractuelle, malgré la note spécifiquement prévue par les textes publiés en juillet dernier, les professionnels concernés ont tout intérêt à redoubler de vigilance pour s’assurer de la bonne compréhension du produit par le potentiel souscripteur. »


precedent Suivant Dossier Eurocroissance 2 / 2


Effectuer une autre recherche

Rechercher

article extrait de l’argus de l’assurance

Tous les vendredis, l’information de référence
des institutionnels et des réseaux
 Contactez la rédaction
 Abonnez-vous