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Expatriés : une activité d'experts

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À défaut d’être follement novateur au niveau des offres et des garanties proposées, le marché de l’expatriation est, en revanche, un laboratoire d’innovation dans la gestion des prestations et la maîtrise des coûts de santé.


bowie15/Getty Images/iStockphoto

De retour de 13 ans d’expatriation en Grande-Bretagne « où les défaillances du système de santé ont fait émerger un système parallèle d’assurance au premier euro », David Eline, fondateur de My-Matchmaker.com, un sélecteur d’assurances santé internationales privées (ndlr : « Talent du courtage » de L’Argus 2016, catégorie « Assurance de personnes ») s’est intéressé à ce marché « en plein boom ». Les couvertures de type IPMI (International Private Medical Insurance) pèsent aujourd’hui 15 Md€ de primes à travers le monde et connaissent une croissance proche de 15 % par an.

Interdit aux salariés (1) de France, où l’affiliation à la Sécurité sociale est obligatoire, l’IPMI est avant tout destiné aux expatriés. « C’est incontestablement l’offre la plus innovante dans le domaine de la santé », estime David Eline qui a décidé d’accompagner son développement avec sa société. « Je préfère parler de sélecteur que de comparateur, car nous avons passé deux ans à mettre au point le modèle informatique de compa­raison qualitative des garan­ties. » Ce modèle ne fonctionne encore que sur les offres destinées aux expatriés. Mais il devrait être élargi à l’ensemble du marché de la santé. Le segment de l’expatriation fait de plus en plus figure de laboratoire de l’innovation en assurance de personnes. En terme de garanties, l’innovation reste assez limitée : elle relève essentiellement de la segmentation. MSH International vient ainsi de lancer Start’Expat pour les expatriations courtes (de 1 mois à moins d’1 an) en complé­ment de ses gammes Relais’Expat+ (complémentaire au Pack Expat CFE) et First’Expat+ (assurance au premier euro).

Le vrai prix de la santé

En quittant la France, les expatriés découvrent le vrai prix de la santé. Dans certains pays, il peut être exorbitant : « Aux USA, il faut compter en moyenne 21 000 € de cotisation annuelle pour couvrir une famille de quatre personnes (1) », explique Stéphane Aubert, dirigeant du cabinet ExpatCourtage. La facture peut dépasser les 30 000 € pour un couple de retraités en Suisse, à Singapour, à Hongkong ou au Brésil. Ces informations sont aussi utiles aux assureurs : « En France, nous manquons de données sur le coût réel de certaines pathologies, observe Guillaume Pleynet-Jésus, directeur adjoint Assurances collectives de Gan Eurocourtage. À l’étranger, la tarification est ouverte aux assureurs : c’est du pain bénit pour nos actuaires. »
1. Dont le chef de famille a 50 ans ou moins.

Un nouveau marché

April International, plus présent sur le marché des particuliers, a créé des offres spécifiques pour les jeunes, avec Crystal Studies pour les étudiants et le Pack Spécial PVT pour les jeunes de moins de 30 ans bénéficiant du Programme vacances-travail (Working Holiday Visa). Chubb a fait des garanties « missions professionnelles » sa spécialité : « Nos 170 programmes internationaux structurés couvrent 60 % du CAC40, explique John Pillet, responsable du marché Grands comptes en assurance de personnes et affinitaires. Nous avons créé l’application Chubb Mobile Smart à l’usage des employeurs et des salariés, qui permet aux DRH de suivre leurs collaborateurs en temps réel, aux risk managers de maîtriser leurs risques et aux béné­ficiaires de savoir que faire en cas de problème. »

La digitalisation est, en effet, le principal levier d’innovation de l’assurance pour les expatriés. « Nous proposons des services qui n’existent pas encore dans les complémentaires santé classiques, explique Fabrice Tuffigo, directeur marketing, digital et innovation chez MSH International. Il estime que l’innovation est mue par « trois grandes forces : la digitalisation, la conformité et la médicalisation des services ».

La complexité réglementaire est sans doute la chose la mieux partagée à travers le monde. « Les réglementations sociales et fiscales sont aussi complexes et mouvantes ailleurs qu’en France, sourit Sylvaine Emery, directrice des activités internationales d’Humanis. Certains pays tendent même à fermer leurs frontières : aux USA, l’ObamaCare (ndlr : qui devrait être abrogé par Donald Trump) rend la mise en conformité des contrats si complexe que cela représente une véritable barrière à l’entrée ; quant aux Émirats arabes unis, dont plus de 90 % de la population est expatriée, ils exigent depuis 2014 une couverture locale. » La conformité réglementaire est donc au cœur des préoccupations de tous les spécialistes de l’expatriation : « Nous voulons que nos assurés partent en toute connaissance de cause et dans la sérénité », commente Sylvai­ne Emery.

Cet enjeu de conformité va de pair avec l’obsession de maîtrise des coûts manifesté, notamment, par les entreprises, « qui sont très sensibles au discours sur la conformité et la cohérence de leurs programmes internationaux, observe John Pillet. Dans une économie mondialisée, avec des entreprises valorisant la mobilité internationale, il est inconcevable de ne pas avoir une stratégie cohéren­te de protection sociale. À nous de veiller à ce que les pro­gram­mes internationaux ne présentent ni trous de garanties ni redondances. »

Vincent de Meyerom, directeur général d’April International Expat
« L’innovation est d’abord digitale »

  • L’assurance expatriation est-elle innovante ?
    On ne peut pas dire que le marché est très novateur en matière de garanties. Il est en revanche très innovant sur les usages, digitaux notamment. Pour répondre à la demande des assurés, nous avons développé des applications mobiles permettant de réaliser la plupart des transactions. Il suffit, par exemple, de transmettre la photo de sa facture ou de sa feuille de soins pour être remboursé. Nous sommes maintenant en train d’expérimenter d’autres canaux de communication, tels que les messageries WhatsApp ou Messenger, qui sont très utilisées par les expatriés.
  • La population des expatriés est de plus en plus diverse. Les offres d’assurance aussi ?
    Contrairement à la plupart des assureurs, qui ont abordé le marché de l’expatriation par les entreprises, nous avons commencé par couvrir les particuliers. Nous avons donc très tôt perçu la diversité de cette population. Ces populations très différentes ont naturellement des besoins différents. Il faut donc segmenter et proposer des offres packagées prêtes à être souscrites en quelques minutes, ou bien construire des offres sur-mesure.

Des assureurs créent des réseaux de soins

Pour Fabrice Tuffigo, « la conformité est un accélérateur de comple­xité » et une forme de barrière à l’accès au marché : « Les petits courtiers risquent d’avoir du mal à suivre. » Mais le principal obstacle est ailleurs : le niveau des coûts de santé, stratosphérique dans certains pays (voir encadré), conduit les assureurs à créer des réseaux de soins. « Toutes les grandes compagnies ont noué des accords avec des prestataires et des établissements de santé dans le monde entier, notamment dans les pays où les coûts de santé sont très élevés, explique Stéphane Aubert, fondateur du cabinet ExpatCourtage. Cela leur permet de maîtriser les coûts, mais aussi d’orienter leurs assurés vers des prestataires agréés : c’est un conseil précieux quand on est à l’étranger. »

MSH International voit précisément dans la médicalisation de ses services l’un de ses principaux leviers de développement. Ce n’est pas un hasard si la filiale de Siaci Saint Honoré a confié sa direction générale à Frédéric Van Roekeghem, qui a dirigé la Caisse nationale d’assurance maladie des travailleurs salariés (CNAMTS) de 2004 à 2014… Avec une équipe de 20 médecins qui connaît bien les risques liés à l’expatriation, le courtier a su mettre en place des services adaptés : « Nous disposons mainte­nant de corners MSH China dans les grands établissements hospitaliers de Pékin et Shanghai, nous proposons un servi­ce de téléconsultation avec les psychologues et les psychiatres d’Eutelmed, nous avons mis au point un process “maternité” (suivi de grossesse, conseil dans le choix de la maternité, visite d’une puéricultrice à domicile après la naissance…) », détaille Fabrice Tuffi­go. Ces services ne sont pas nés en un jour : cette expertise devrait permettre aux coutiers spécialisés de garder un temps d’avance sur les nouveaux entrants. Jusqu’à quand ?


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