Fonds euros/UC : la banque centrale européenne sème le trouble

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Le quantitative easing (QE) pourrait avoir un côté positif sur l’économie et donc les UC, mais les assureurs se retrouvent en mauvaise posture pour gérer leur fonds euros.

Les assureurs seront-ils sacrifiés par la banque centrale européenne (BCE) sur l’autel de la reprise ? En tout cas, ils pourraient y laisser des plumes après le passage du QE, ce programme de rachats d’obligations souveraines par la BCE qui vise à injecter des liquidités afin de sortir la zone de la déflation (voir ci-contre). Un rap­port du FMI publié le 15 avril met en garde contre la persistance des taux d’intérêt faibles qui pourrait constituer une menace pour un quart des assureurs vie européens.

Si ce programme est une aubaine pour les emprunteurs, c’est une tout autre affaire pour les épargnants qui verront fondre les rendements de leurs fonds euros. En réaction, ils pourraient, soit arrêter d’épargner et consommer, soit se rabattre vers les UC et financer l’économie réelle. La tâche s’avère complexe pour convaincre les Français d’investir dans des actions. De leur côté, les assureurs devront investir dans des actifs plus risqués. La seule issue est une reprise de la croissance et l’arrêt du programme de la BCE avant septembre 2016. En effet, « plus le QE durera longtemps, plus il sera pénalisant pour les assureurs, car leur inertie, favorable en période de baisse des taux, leur sera défavorable en période de remontée », selon Gildas Robert d’Optimind Winter.

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Faute de pouvoir baisser le taux de refinancement déjà quasiment tombé à 0 % (0,05 % depuis septembre 2014), la BCE utilise comme instrument de politique monétaire une mesure dite non conventionnelle : le quantitative easing (QE) ou assouplissement quantitatif. Il consiste à racheter des obligations déjà existantes – la BCE n’ayant pas le droit de financer directement les états –, pour in fine ramener l’inflation à 2 % à moyen terme. Ce programme, qui a débuté le 9 mars dernier, vise à investir chaque mois 60 Md€ jusqu’à fin septembre 2016. Il s’agit de titres libellés en euros de qualité investissement grade sur des maturités de 2 à 30 ans. Chaque banque nationale de la zone euro y participe proportionnellement à sa détention du capital de la BCE : la Banque de France devra ainsi racheter chaque mois environ 9 Md€ de titres.

 

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Ces titres sont rachetés sur le marché secondaire, « marché de l’occasion » des obligations. Mais toutes les institutions financières ne sont pas vendeurs. Ce sont surtout les banques centrales étrangères (asiatiques notamment) qui ont vendu leurs titres en mars pour un montant de 60 Md€. En effet, les placements en zone euro ne sont plus intéressants pour des investisseurs étrangers du fait de la baisse de l’euro. En revanche, banquiers et assureurs européens ne sont guère vendeurs. Fin mars, Jérôme Grivet, DG de Crédit agricole Assurances, avait indiqué que le bancassureur n’était pas vendeur. Les investisseurs de long terme préfèrent conserver en portefeuille leurs anciens titres, émis à des taux intéressants.

 

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Cet afflux de liquidités destinées à racheter des dettes souveraines a pour effet de gonfler leur prix et donc de faire chuter leur rendement. Du coup, les nouvelles émissions obligataires des états de l’euro zone s’alignent sur ces rendements bas. Leur taux n’ont jamais été aussi faibles : début avril, un tiers des obligations souveraines sont en territoire négatif. La France émet des emprunts à 2 ans à -0,14 %, l’Allemagne à -0,16%. L’OAT à dix ans est descendu sous les 0,40 %. Un choc dur à encaisser pour les assureurs vie qui investissent 85 % à 90 % de leurs fonds en euros en obligations. S’ils gardent encore leurs anciens papiers qui rapportent un peu, la collecte nouvelle, très dynamique, ainsi que les tombées obligataires, vont être fatalement réinvesties dans des obligations aux taux très bas.

 

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Pour trouver du rendement, les banques sont incitées à prêter aux ménages et aux entreprises. Déjà, une enquête de la BCE montre que les banques ont utilisé leur surplus de liquidité lié au QE « pour accorder des prêts ». Les assureurs, eux, sont contraints de se tourner vers des actifs plus risqués : obligations souveraines à maturité plus longue et/ou de pays plus risqués, obligations corporate et si possible, actifs alternatifs comme l’immobilier, les infrastructures ou le private equity... Les UC investis dans des actions de la zone euro devraient voir leur rendement grimper : le CAC 40 ou l’Eurostoxx 50 ont déjà gagné plus de 20 % en trois mois. à l’inverse, les rendements des fonds euros devraient chuter.

 



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article extrait de l’argus de l’assurance

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