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Gérard Andreck (Macif) : «La guerre des chefs n'aura pas lieu à la Fédération française de l'assurance»

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Retiré des affaires depuis plus d’un an, Gérard Andreck a néanmoins conservé des liens étroits avec la vie politique et économique du secteur. L’ancien président du Gema et de la Macif livre sa vision de la construction de la maison commune de l’assurance ainsi que des chantiers de transformation en cours dans le groupe mutualiste.

Gérard Andreck, administrateur honoraire du groupe Macif.
Gérard Andreck, administrateur honoraire du groupe Macif.
photos : Laetitia Duarte
INTERVIEW  

La Fédération française de l’assurance (FFA) prend forme. Quel regard portez-vous sur l’architecture de cette maison commune de l’assurance ?
J’ai passé les deux dernières années de mon mandat de président du Gema à échanger avec Bernard Spitz sur le dossier de la maison commune. Ensemble, nous avons cheminé avec l’idée de progresser vis-à-vis de nos deux ­familles. Les commissions réunissant la FFSA-et le Gema ont constitué une première étape qui appelait à un échelon supplémentaire. Le constat était identique, mais le produit, tel qu’il émergeait, n’était toutefois pas vendable. Lors de mon remplacement, j’ai considéré qu’avec Pascal Demurger, les conditions étaient désormais réunies pour permettre le saut de nos deux syndicats. Le sujet n’est pas simple, ­d’autant que j’éprouvais quelques inquiétudes. Le projet initial de la FFSA était de se doter d’une organisation exclusivement censitaire (NDLR : importance liée au poids), laquelle n’aurait pas accordé une représentation suffisante aux mutualistes de toutes tailles, compte tenu de leur poids relatif en assurance de ­personnes. Autre point sur lequel j’étais en désaccord : la disparition des sensibilités en procédant à des adhésions directes. Or, il fallait conserver des pôles de façon à créer des lieux de concertation. À l’arrivée, le point d’atterrissage final me convient globalement.

Justement, la sensibilité mutualiste ne risque-t-elle pas de se perdre dans le nouvel ensemble ?
En changeant d’échelle, les petites mutuelles ne doivent pas être oubliées ou moins bien traitées. Le Gema est une petite famille où tous les membres ont voix au chapitre quelle que soit leur taille. La FFA doit veiller à maintenir un environnement favorable à l’expression des besoins et des questionnements de ces petites mutuelles. Pour le reste, on ne peut pas présumer de ce qui peut se passer, même si la présence de trois vice-présidents et un droit de veto assurent une certaine ­sécurité et stabilité.

La configuration d’un comité de présidence FFA, composé d’un président et de trois vice-présidents, n’est-elle pas de nature à encourager les querelles politiques ?
Dans un premier temps, les quatre qui ­piloteront l’ensemble feront face à une obligation de résultat à la fois professionnelle et morale. Il ne faut pas, sous couvert de ­problèmes de personnes, briser un projet politique par ailleurs difficile à faire admettre à certaines sociétés. Ce serait contre-productif et poserait de sérieuses difficultés dans l’avenir. La guerre des chefs n’aura pas lieu.

Le modèle de gouvernance du Gema (le président est un dirigeant en exercice) vous semble-t-il plus pertinent que le modèle d’une présidence à temps plein non exécutive à l’instar de la FFSA ?
J’avoue ne pas avoir tranché. De temps en temps, je dois reconnaître qu’être à la fois président d’un syndicat professionnel et ­dirigeant en fonction peut avoir un avantage certain sur le métier à proprement dit. Apporter l’expérience de l’entreprise et le retour du terrain constitue un atout indéniable lorsque vous négociez avec Bercy. Ce sont des petits détails qui font parfois la différence. Tout ne figure pas dans les rapports que vous soumettent vos collaborateurs.

La perspective d’une adhésion de la FFA – et par conséquent des mutualistes – au Medef est-elle de bon aloi ?
Paris vaut bien une messe … Approuver le projet d’ensemble ne doit pas créer de contraintes quant aux principes fondateurs des sociétés. Cette question ne doit pas être bloquante dans le rapprochement des deux organisations. Tout ne sera pas toléré. Il faut être pragmatique. ­Depuis des années, de facto, le Gema n’adhère pas au Medef, mais dispose d’une convention collective assurance pilotée avec la FFSA, ­laquelle adhère au Medef. Cela ne m’a jamais choqué. Tout le monde ne devrait pas être contraint d’adhérer individuellement. L’autre option serait d’adhérer à l’Union des employeurs de l’économie sociale et solidaire (Udes). ­D’ailleurs, les statuts prévoient également une adhésion de la FFA à l’Udes. Mais la rejoindre ne fait pas partie des réflexions actuelles.

La disparition du Gema semble, a priori, actée. Est-ce la contrepartie au rassemblement de la famille mutualiste (FFSAM, Gema et Roam) ?
Cette option est sur la table, ce serait même un progrès considérable. Un pôle mutualiste au sein de la FFA ne doit pas signifier la ­prééminence du Gema. Le nom de baptême sera un sujet important qui sera, me semble-t-il, vite tranché. La vraie question concerne le sentiment d’appartenance et la considération accordée à chacun. Les querelles entre chapelles ne sont plus de mises.

Quid de la Mutualité Française (FNMF) ?
Je pense qu’il y avait une opportunité. À qui la faute ? À terme, j’espère qu’ils pourront être reconnus pour ce qu’ils sont et participer à ces travaux. Au regard des passerelles qui existent entre les mutuelles issues du code de la ­mutualité et du code des assurances, la logique voudrait qu’un jour tout le monde se retrouve sous la même bannière. Nécessité fait loi. Les mouvements de rapprochements à l’œuvre et les partenariats entre mutuelles santé et ­d’assurance lèvent les contradictions. Le futur président de la FNMF aura la capacité de prendre les problèmes par le bon bout et ne sera pas doctrinaire. La FNMF a besoin d’un président compétent, clairvoyant et fédérateur.

SON PARCOURS

Gérard Andreck, 71 ans, est géologue de formation. Il entre à l’administration générale de la Macif en 1969.
  • 1997 Directeur général du groupe Macif
  • 2006-2014 Président du groupe Macif
  • 2008-2014 Président du Groupement des entreprises mutuelles d’assurance (Gema)
  • 2010-2015 Membre du Conseil économique, social et environnemental (Cese)
  • Depuis 2014 Administrateur honoraire du groupe Macif

En 2014, vous aviez encouragé le rapprochement de Macif avec Matmut au sein de Sferen. Deux ans après, la construction du groupe prudentiel avance-t-elle suffisamment ?
Le chantier de mise en commun progresse ­plutôt bien. Les échanges ont lieu au niveau des conseils d’administrations. Chacun a pris la mesure et la distance nécessaires. Les travaux techniques et les groupes de travail ­fonctionnent dans les délais invoqués par l’autorité de contrôle. Les échos sont plutôt positifs. Je pense que nous allons y arriver. Il faudra toutefois ­veiller à mettre le maximum en commun au sein de la Sgam de Sgam, sinon ce ne sera qu’une coquille vide. Tout ne sera pas convergeant à l’instar de Covéa où coexistent toujours trois marques et trois réseaux.

La gouvernance de la Sgam de Sgam Sferen a-t-elle vocation à être tournante ?
La répartition actuelle de la gouvernance est la bonne. Une présidence tournante est ­souhaitable, mais elle ne doit pas s’inscrire dans un renouvellement annuel, peu propice à un travail de fond sur les instances dirigeantes. L’alternance tient compte aussi des hommes. Le président doit avoir une fibre politique forte, costume que Daniel Havis endosse parfaitement. Le tour viendra sûrement pour Alain Montarant, qui est actuel­lement concentré sur son métier de président et la conduite des travaux sur Macifutur. Pour cela, il dispose de la confiance et du soutien d’une majorité des administrateurs de Macif.

Fin janvier, le groupe Macif dévoilait Macifutur, le plan stratégique 2016-2020, fondé sur la centralisation. Une orientation qui a suscité un mouvement de grogne de quelques élus régionaux …
Le groupe veut modifier l’organisation politique et technique avec une centralisation marquée qui n’était pas forcément celle ­attendue en ­régions par les élus de terrain. Ils ont l’impression d’être dépossédés d’une partie de leurs préro­gatives. Tout un travail pédagogique est à l’œuvre. Nous n’avons sans doute pas suffisamment porté nos efforts de communication sur les nouvelles missions du délégué de proximité. Il était nécessaire de mieux mobiliser nos délégués de terrain. ­Historiquement, les délégués Macif développaient notre présence dans les entreprises et les départements. Avec le temps, ils ont ­privilégié leur rôle politique. Nous leur redemandons de renouer avec la proximité, d’animer des secteurs et des sections, mais pas de vendre ni opérer des affaires commerciales. Certains ont confondu le rôle de prescripteur avec celui de vendeur.

Un mot sur la reconnaissance du mutualisme. En France, la loi ESS l’a plutôt accompagnée là où le Statut de mutuelle européenne (SME) se situe toujours dans une impasse …
Depuis la loi ESS, je n’ai jamais rencontré autant de politiques et dirigeants qui connaissent désormais les contours économiques du mutualisme. À ce titre, la Chambre française de l’ESS, présidée par Roger Belot, constitue un outil majeur pour nous faire ­progresser sur la voie de la reconnaissance. Ceci dit, les mutuelles d’assurance n’étaient pas celles qui en avaient le plus besoin. En Europe, nous avons connu des oppositions très vives, pour ne pas dire des déchirements sur la mutuelle européenne, entre pays et entre familles mutualistes. Les raisons de l’échec étaient presque écrites. Si l’on ­souhaite relancer le SME, il faudra mieux préparer notre dossier, qui s’est souvent limité à sa dimension politique, pour démontrer les conséquences économiques. Le soutien ­appuyé de Nicolas Schmit, ministre de l’ESS au Luxembourg et proche de Jean-Claude Juncker, au SME peut relancer le dossier.


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Gérard Andreck

Gérard Andreck

Ancien président du groupe Macif et du Gema

Gérard Andreck est né le 16 juillet 1944 à Pamiers (Ariège).   Géologue. 1969-72 : rédacteur contentieux à la Macif. 1972 : chef de bureau de Roubaix, puis [...]

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article extrait de l’argus de l’assurance

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