Gérard Bekerman (Afer) : « Je ne crois pas au krach obligataire »

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Président de l’Association française d’épargne et de retraite (Afer), Gérard Bekerman critique le concept de risque systémique. Pour ce spécialiste, le risque demeure individuel et les assureurs ont les réserves de capitaux qui leur permettent de lisser dans le temps l’effet des taux. Exit, donc, la possibilité d’un krack obligataire.

Gérrd Beckerman, président de l'Afer
Gérrd Beckerman, président de l'Afer
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Président de l’Afer, l’Association  française d’épargne et de retraite, mais aussi du conseil de perfectionnement du Magistère Banque et finance et du Master de techniques financières et bancaires à l’université  Paris 2 Panthéon-Assas, Gérard Bekerman intervenait récemment en son autre qualité de professeur à Financia Business School. L’occasion d’évoquer avec lui la probméatique du risque systémique.

Le marché de l’assurance est « sur-régulé» en raison, notamment, du risque systémique qu’il représente. Or, c’est un concept inapproprié selon vous. Pourquoi ?

Le risque systémique est une globalisation d’un risque individuel, laissant à penser que nous serions en présence d’un risque collectif. Je pense que nous avons plutôt affaire à des risques discrétionnaires, individuels. Grâce à l’intelligence de notre régulateur, l’approche repose bien sur cette notion individuelle et non pas collective. Ainsi, l’ACPR, l’autorité de contrôle, dispose déjà d’un arsenal de moyens de régulation suffisants pour surveiller le risque de chaque compagnie d’assurance et interdire, s’il le faut, les rachats de la part des assurés.

La loi Sapin 2 qui globalise les risques serait donc une hérésie ?

L’intention de la loi est louable: protéger les épargnants. Mais dois-je soigner mon voisin quand je suis malade? Doit-on interdire toute la circulation quand un automobiliste fait une accident?  L’esprit de l’amendement qui a été intégré à la loi aurait dû respecter l’extraordinaire capacité de la communauté financière à surmonter tel risque individuel (théorie des anticipations rationnelles, phénomène de propagation...). On est dans le virtuel et l’anxiogène. L’amendement initial 21 Bis de cette loi sur l’interdiction des retraits a déjà eu des  effets néfastes sur la collecte nationale. La réalité discrétionnaire des risques devait conduire au respect de la règlementation en vigueur. Légiférer était inutile. En mettant en place une mesure législative à caractère collective, appliquée à une situation discrétionnaire, on crée un risque de marché, on enfreint la démocratie financière et on trouble la confiance des épargnants.

 

"On enfreint la démocratie financière"

 

L’éventualité d’une hausse subite des taux effraie toutefois les économistes …

Elle effraie surtout  un législateur qui n’a pas saisi la réalité du marché obligataire. Le métier d’un assureur, c’est d’assurer. Les compagnies savent gérer une hausse des taux longs. Je n’ai pas connu depuis la dernière guerre d’assureur qui ait fait faillite en raison d’une remontée des taux. Le fameux krach obligataire est dans l’esprit de la loi bien plus que dans la réalité des choses. Les assureurs disposent d’une réserve de capitalisation conséquente qui leur permet de lisser dans le temps l’effet des taux. Dans les années 1980, on a connu des taux longs supérieurs à 15% et il n’y a pas eu de krach obligataire. Ce n’est pas le niveau des taux qui compte c’est la tendance, dans le temps. Quand les taux, effectivement, augmentent beaucoup dans un laps de temps court, le risque de krach obligataire est possible. L’histoire financière ne nous en donne aucun exemple.



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