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Harmonie Mutuelle - MGEN : les fiançailles qui ont tout changé (Dossier Mutuelles)

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La concentration des mutuelles est une tendance depuis dix ou vingt ans. Mais c’est l’annonce du rapprochement entre Harmonie Mutuelle et la MGEN qui a vraiment changé la donne.

Il y a encore quelques mois, la plupart des connaisseurs du monde mutualiste décrivaient Harmonie Mutuelle et la Mutuel­le générale de l’éducation nationale (MGEN) comme des rivaux qui se respectent : d’un côté, une MGEN gardienne du temple des valeurs mutualistes, et une Harmonie Mutuelle incarnant une mutualité décomplexée et conquérante, plongée dans le grand bain de la concurrence. Aucun ne se risquait à interpréter leurs coopérations – pour l’ACS ou les services de soins et d’accompagnement mutualistes (SSAM) – comme les prémisses d’un mariage.

L’ANI… et au-delà

Mais là encore, l’« effet ANI » s’est fait sentir, et les décrypteurs ont revu leurs discours : « C’est un mariage défensif. Avec la généralisation de la complémentaire santé à tous les salariés, la MGEN risque de perdre pas mal d’adhérents, tant des conjoints d’enseignants que des enseignants qui préféreront rejoindre le contrat obligatoire de leur conjoint », analyse le dirigeant d’une mutuelle interprofessionnelle. Il est vrai que les blogs montrent que la mutuelle est un vrai sujet de préoccupation pour bien des profs, avec des camps pro et anti-MGEN très tranchés.

Quant à Harmonie Mutuelle, plusieurs observateurs considèrent que sa course à la taille obéit à une logique purement financière. La mutuelle est loin d’être en diffi­culté. Mais avec un taux de couverture de marge de solvabilité de 308 % hors plus-values latentes (358 % y compris PVL), elle ne figure qu’au 26e rang du « Top 30 des mutuelles » par niveau de solvabilité en 2014, tandis que la MGEN se place au 8e rang. L’intérêt d’un rapprochement se mesure aussi par l’apport en fonds propres et donc l’impact sur la solvabilité : l’entrée de la mutuelle Viasanté dans le périmètre de combinaison d’AG2R La Mondiale a eu un effet très positif sur la solvabilité de la Sgam, comme l’ont montré les résultats 2014.

Vers des méga groupes

Ce méga rapprochement mutualiste pose bien d’autres questions, chacune des deux mutuelles était la principale composante d’une union mutualiste de groupe (UMG). Du côté d’Istya (UMG de mutuelles de la fonction publi­que), la question vient en particulier à l’esprit pour la mutuelle nationale territoriale (MNT). En janvier, cette dernière avait annoncé avec Smacl Assu­rances un projet de partenariat, dont la forme reste à préciser, afin de déployer une offre affinitaire auprès des collectivités terri­toriales et de leurs agents d’ici début 2016.

Cela signifierait-il que la MNT pourrait privilégier une telle appro­che affinitaire, à l’image de la Mutuelle nationale des hospitaliers, sortie d’Istya il y a deux ans. « Les deux projets sont totalement compatibles. Faire partie d’un groupe prudentiel avec d’autres mutuelles ne nous empê­che pas de développer un partenariat dédié aux collectivités dans un autre cadre avec Smacl Assurances », affirme Jérôme Saddier, directeur général de la MNT.

Le choix de l’indépendance

Enfin, malgré de puissantes forces centrifuges, quelques mutuel­les de taille moyenne affi­chent une volonté de rester indépendantes, ou de se cantonner à des liens non structurants (de type UGM), voire associatifs. C’est le cas de la Mutuelle familiale, qui a créé l’UGM Umanens avec Entis Mutuelles et Identités Mutuelles – à laquelle s’est jointe récemment Mutualia. Qiuant à la nordiste M comme Mutuelle, elle a choisi de créer une association, Amosem, avec des mutuelles de plus petite taille, comme la Smeno ou le Libre choix. « Nous échangeons des exper­tises, qui peuvent concerner le juridique, l’actuariat, la technique, des produits… », indique-t-on chez M comme Mutuelle.

Mutuelle Bleue, 16e mutuelle de santé française, suit toujours un projet stratégique qui privilégie la croissance interne. Avec un certain succès pour le moment : + 41,3 % en 2013. « De notre point de vue, la logique des regroupements n’a pas toujours produit les effets escomptés », déclare Olivier Raimbault, son directeur général.

Dans l’économie capitalistique, la question de la création de valeur des opérations de fusions acquisitions fait l’objet de centai­nes de travaux académiques. Selon le consensus, 20 à 50 % des opérations de croissance externe sont des échecs. La question mériterait donc d’être étudiée un jour aussi pour les rapprochements dans l’économie sociale.

Mathias Matallah, fondateur du cabinet jalma
« La même évolution que les Caisses d’épargne »

  • Avez-vous été surpris par l’annonce du rapprochement entre Harmonie Mutuelle et la MGEN ?
    J’y vois une certaine logique. En retraite complémentaire Agirc-Arrco, les fédérations envisagent qu’un acteur puisse avoir jusqu’à 30 % de parts de marché. On n’en était pas encore là en mutualité. In fine, les opérateurs restaient petits par rapport à des acteurs de l’assurance de personnes comme Axa ou AG2R La Mondiale. Le rapprochement entre Harmonie et MGEN donnera naissance à un acteur détenant 18 à 20 % de parts de marché. Ce n’est pas hégémonique. C’est comparable aux leaders de l’assurance dommage.
  • Reste-t-il une place pour les mutuelles de moins de 100 M€ ?
    à un moment donné, il faut bien voir que, même s’il reste des villages gaulois, nous verrons la même évolution que pour les Caisses d’épargne. Il y en avait 4 000 dans les années 1980 et il reste 22 caisses régionales. Je pense que c’est la gestion de la complexité, plus que les systèmes d’information, qui va progressivement éliminer les petits. La complexité réglementaire, au sens large, demande de tels moyens que les plus petites mutuelles ne sont plus en mesure d’y répondre. C’est là qu’intervient vraiment une notion de taille critique.


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article extrait de l’argus de l’assurance

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