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Inondations : pourquoi la crue de la Seine à Paris n'a rien à voir avec celle de 1910

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La direction régionale de l’environnement a placé la Seine, en forte crue, en vigilance orange à Paris. Si un pic est attendu à un niveau de 6 mètres d’ici à dimanche, la capitale est encore loin d’un des niveaux atteints lors de la crue de 1910 à 8,62 mètres. Un scénario qui, s’il se reproduisait aujourd’hui, pourrait provoquer jusqu’à 30 Md€ de dommages directs, selon l’OCDE.

Si les estimations des services de l’Etat s’avèrent fiables, cette crue de la Seine dans la capitale se classe parmi les plus fortes depuis 1982, années où le fleuve avait atteint 6,13 mètres, soit au niveau des genoux du zouave du pont de l’Alma.
Si les estimations des services de l’Etat s’avèrent fiables, cette crue de la Seine dans la capitale se classe parmi les plus fortes depuis 1982, années où le fleuve avait atteint 6,13 mètres, soit au niveau des genoux du zouave du pont de l’Alma.

De la fiction à la réalité ? Ironie de l’histoire, en mars 2016, trois assureurs - Allianz, Axa et Generali – et l’Association française de l’assurance se prêtaient, aux côtés de l’Etat et des collectivités, à une simulation d’une crue centennale de la Seine dans la capitale.

Trois mois plus tard, ce scénario aurait bien pu se réaliser. Et pour cause : les pluies diluviennes qui se sont abattues depuis lundi en Ile-de-France ont provoqué d’importantes inondations en raison de la crue de deux affluents de la Seine (l’Ouanne et Loing). Jeudi 2 juin en fin d’après-midi, la direction régionale de l’environnement a placé la Seine en vigilance orange. De son côté, Vigicrues estime que « le maximum à Paris est attendu vendredi entre 5,3 et 5,9 mètres. »

Evolution de la situation entre mercredi 1er juin (à gauche) et jeudi 2 juin (à droite) : (Source : Vigicrues)

Les marges de manœuvre en amont de la Seine limitées

Joint par l’Argus de l’assurance, Stéphane Demerliac, chargé de projets hydrologie à Seine Grands lacs, l’établissement public territorial de bassin (EPTB) qui gère les quatre barrages-réservoirs en amont de la région parisienne pour empêcher les crues, prévoit « une pointe de la crue d’ici fin de semaine, dimanche au plus tard. Il y a des affluents qui ont connu en trois jours l’équivalent d’un mois de pluie. »

Les quatre bassins, d’une capacité totale de plus de 830 millions de mètres cube ont deux fonctions : écrêter la crue l'hiver mais soutenir l'étiage l'été (niveau de le plus bas d’un cours d’eau). Une crue survenant fin mai-début juin tombe donc très mal. Avec la crue, les quatre lacs affichent déjà un taux de remplissage de 92%. Pire, un lac-réservoir, celui de l’Yonne, affiche déjà un taux de remplissage de 100%, obligeant Seine Grands Lacs à dégager de l’eau pour des questions de sécurité. « La situation de notre capacité n’est certes pas confortable mais elle n’est, à ce stade pas inquiétante », souligne Stéphane Demerliac, qui concède toutefois que « ses marges de manœuvre seront limités en cas de survenance de nouveaux épisodes pluvieux dans les jours à venir. »

La crue la plus importante…depuis 1982

Si les estimations des services de l’Etat s’avèrent fiables, cette crue de la Seine dans la capitale se classe parmi les plus fortes depuis 1982, années où le fleuve avait atteint 6,13 mètres, soit au niveau des genoux du zouave du pont de l’Alma. Mais à 6 mètres, Paris est encore loin du scénario noir – et redouté - de la crue de 1910 où l’eau avait franchi le seuil de 8 mètres (8,62 mètres) et même de 1658 avec un record à 8,96 mètres !

Joint par l’Argus de l’assurance, la Mission des risques naturels (MRN), émanation de la FFSA et du Gema, a reconstitué l’historique des crues les plus importantes dans la capitale depuis 1866. Par le passé, on s’aperçoit que les crues de 1866, 1910 et 10983 affichent des périodes de retour hydrologiques maximum de 100 ans. En bref, le niveau d’eau enregistré lors de chaque évènement révèle qu’il avait une chance sur cent de se produire chaque année.

Source : MRN

Une crue de 1910 coûterait près de 30 Md€ en 2016

Avec une crue à six mètres dans la capitale, les dommages se révèlent limités et laissent place à quelques désagréments : fermeture des berges, protection des œuvres du Louvre, fermeture de la section parisienne du RER C. Dans la perspective d’une crue de 1910, les dégâts seraient cette fois-ci bien plus lourds. En 2014, l’OCDE évalue entre 3 et 30 Md€ les dommages directs « assortis d’une réduction significative du PIB qui atteindrait sur cinq ans de 1.5 à 58,5 Md€  soit de 0,1 à 3 % en cumulé. La réduction de l’activité des entreprises causée par l’inondation impacterait significativement la demande en main d’oeuvre avec jusqu’à 400 000 emplois qui pourraient être affectés  dans le cas extrême », peut-on lire dans son rapport.

La CCR, le réassureur public, estime, pour sa part, qu’une telle crue constituerait un sinistre de plus de 5 Md€ pour le régime Cat Nat (3,5 Md€ à 9,1 Md €). À titre comparatif, le coût pour le marché de l’assurance au titre de la garantie Cat Nat de la tempête Xynthia qui a frappé le littoral Atlantique en février 2010 est estimé aujourd’hui à 710 M€.

A quoi ressemblait la crue de la Seine en 1910 ?
- Des pluies diluviennes s'abattent sur la capitale.
- Les nappes souterraines sont saturées.
- Les sols sont gelés et imperméables.
- Le 28 janvier, la Seine atteint la cote de 8,62 m (l'eau atteint les épaules du zouave du pont de l'Alma, qui devient un repère pour les Parisiens).
- De nombreuses stations de métro sont englouties. Vieux d'à peine 10 ans, il devient inutilisable.
- Les habitants se retrouvent sans eau courante, sans électricité, sans chauffage.
- Les usines d'incinération d'ordures sont inondées (les déchets ménagers sont directement jetés dans la Seine).
- Une seule victime : une girafe du Jardin des Plantes.
- Coût des dégâts : entre 1,4 et 1,6 Md€.
- La Seine mettra 35 jours à regagner son lit.

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