Interview d'Eric Galbraith, directeur général de la British Insurance Brokers Association (Biba) : « Faire reconnaître la spécificité de notre métier »
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Acteur majeur de l'assurance dommages au Royaume-Uni, le courtage subit la crise et monte au front contre plusieurs réglementations. Explications avec l'association Biba, qui regroupe près des deux tiers des courtiers du pays.
Comment le courtage a-t-il évolué ces dernières années ?
La taille de notre secteur s'est réduite au fil des ans en raison d'une conjonction de facteurs. D'une part, un certain nombre de courtiers ayant créé leur affaire dans les années 70 et 80 sont arrivés à l'âge de la retraite et l'ont vendue. Par ailleurs, nous avons assisté à un mouvement de consolidation au début des années 2000, une période qui s'est révélée favorable à des cessions aux montants élevés. Enfin, le courtage en assurances est depuis 2005 une industrie réglementée par la FSA [Financial Services Authority, l'autorité de régulation britannique, NDLR] , et cela a imposé des coûts plus importants au secteur. À titre d'exemple, si l'enregistrement d'un courtier équivaut à quelques euros dans plusieurs pays européens, nous parlons outre-Manche d'un montant à six ou sept chiffres.
Avec quelles conséquences ?
La conjonction de ces trois facteurs a eu pour effet de réduire la taille du courtage en assurance dommages. Cependant, ce secteur reste tout à fait dominant dans l'assurance commerciale, où 80 % des risques sont gérés au travers de courtiers. Pour l'assurance dommages, ce pourcentage est beaucoup plus proche des 56 %.
Comment le secteur a-t-il supporté les crises qui se sont succédé ces dernières années ?
L'effet a été plutôt indirect, dans la mesure où ce sont nos clients qui ont souffert de la crise financière. La tendance générale dans les entreprises a été de réduire les coûts. L'impact sur les primes a donc été significatif.
Le Royaume-Uni va enregistrer de nombreuses modifications dans sa réglementation et sa supervision. Qu'attendez-vous de l'introduction prochaine de la Financial Conduct Authority (FCA) en lieu et place de l'actuel régulateur, la FSA ?
Notre ambition est avant tout de faire reconnaître la spécificité de notre métier et de demander un régime qui soit beaucoup plus approprié et proportionnel au niveau de risque, généralement bas, de nos membres. Nous avons d'ores et déjà prêché la bonne parole auprès du Trésor, et nous avons même publié une recherche qui identifie les risques très limités posés par les courtiers. Enfin, nous travaillons avec un certain nombre de Pairs du Royaume-Uni pour faire amender des clauses contenues dans la loi sur les services financiers [Finance Bill, NDLR].
Pourquoi critiquez-vous aussi le Financial Services Compensation Scheme (FSCS), un dispositif d'indemnisation des consommateurs en cas de défaut des établissements financiers ?
Nous sommes tout à fait favorables à un système de compensation qui indemnise les clients en cas de faillite d'un établissement financier. En revanche, nous sommes beaucoup plus inquiets sur le modèle de financement de ce dispositif, qui repose actuellement sur cinq classes d'activités, dont l'assurance, à son tour divisée en deux sous-classes, les assureurs et les intermédiaires. Or, cette dernière ne recouvre pas seulement les quelque 3 500 courtiers en assurances, mais également plus de 10 000 entreprises dont le coeur de métier n'est pas l'assurance, les banques par exemple.
Les limites de ce modèle ont été mises au jour à l'occasion du scandale des assurances emprunteurs (Payment Protection Insurance, PPI), un produit prioritairement vendu par des prêteurs et des courtiers de crédit. Un nombre croissant d'entre eux se trouve aujourd'hui dans l'impossibilité de satisfaire les remboursements des clients, qui ont dû être pris en charge par d'autres acteurs, dont les courtiers en assurances.
Que souhaitez-vous ?
Nous demandons aujourd'hui à la FSA que les courtiers en assurances soient désormais inclus dans une sous-division distincte, et nous faisons aussi campagne pour le retrait du principe des subventions croisées. Dans aucun autre pays en Europe les courtiers en assurances sont exposés à la possibilité de compenser les défaillances du secteur bancaire. Il n'y a aucune raison que nous fassions exception à cette règle.
Dans aucun autre pays en Europe, les courtiers en assurances sont exposés à la possibilité de compenser les défaillances du secteur bancaire.
BIBA FÉDÈRE LA MAJORITÉ DES COURTIERS
- La British Insurance Brokers Association représente les intérêts des courtiers en assurance dommages au Royaume-Uni. Elle compte 2 000 membres, employant 100 000 personnes. Elle a fusionné en novembre 2011 avec the Institute of Insurance Brokers, autre organisme représentant le courtage.
- Sous contrôle de la Financial Services Authority (FSA) - et bientôt de la Financial Conduct Authority (FCA) - , les quelque 3 400 courtiers britanniques appartiennent à la catégorie des intermédiaires financiers, qui recouvre un total de 13 000 sociétés.







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