L’assurance vie britannique en réforme permanente

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Alors que le secteur britannique de l’assurance doit encore évaluer l’impact de la récente introduction de la réforme des retraites, d’autres transformations se préparent. Les assureurs s’adaptent.

Standard Life propose aux personnes âgées de 55 ans de récupérer, si elles le désirent, tout ou une partie de leur épargne retraite.
Standard Life propose aux personnes âgées de 55 ans de récupérer, si elles le désirent, tout ou une partie de leur épargne retraite.
AFP

Le jour J est arrivé pour l’assu­rance vie britannique. Le 6 avril, la réforme des retraites, annoncée en mars 2014 par le Chancelier de l’échiquier, est entrée en vigueur. Depuis cette date, les retraités britanniques ont la possibilité, dès l’âge de 55 ans, de retirer en cash des actifs de leurs fonds de retraite à cotisations définies « quand ils le veulent et comme ils le veulent ». Une partie est taxée à hauteur du taux marginal d’imposition, après un abattement fiscal de 25 %.

Informer les clients

Dans l’intervalle qui a séparé l’annonce de l’implémentation de la réforme, les assureurs britan­niques n’ont pas chômé. Ces sociétés, à l’image de l’ensem­ble des fournisseurs de produits de retraites, ont été contraintes d’informer leurs clients des changements occasionnés à leurs retraites et de les renvoyer vers l’organisme indépendant PensionWise afin de prendre conseil : « Cette réforme a fait peser un certain nombre de contraintes en matière de ressources, aussi bien humaines qu’informatiques, au sein d’Aviva » explique John Lawson, responsable de l’élaboration des politiques au sein de l’assureur britannique. « Nous avons ainsi dû former nos salariés du service client de manière à ce qu’ils répon­dent au mieux à la volonté de nos clients et notre site contient aussi de plus en plus de documentations à vocation éducative. »

Recrudescence d’appels

Passée l’épreuve de la préparation à la réforme, les assureurs s’attendaient donc à une recrudescence des appels juste après l’introduction de cette initiative. Standard Life, l’un des plus gros fournisseurs de produits de retraites outre-Manche, a ainsi enregistré près de 3 000 appels dans la semaine du 6 au 10 avril, auxquels se sont ajoutées quelque 1 000 demandes d’informations en ligne. De son côté, Legal & General a également enregistré 30 % d’appels en plus tandis que Scottish Widows, dans le giron du groupe bancaire Lloyds Banking Group (LBG), déclarait avoir géré quelque 12 500 appels durant cette même semaine et répondu à un millier d’instructions passées en ligne par ses clients. Chez Aviva, on signale que le nombre d’appels est resté stable, à une période tradi­tionnellement dynamique en raison du démarrage de la nouvelle année fiscale. Pour l’essen­tiel, les appels ont porté sur les moyens de retirer du cash, selon l’ABI, l’association des assu­reurs britanniques.

Déclin des annuités

S’il est encore trop tôt pour faire un bilan des plus approfondi, la réforme des retraites a d’ores et déjà provoqué un déclin important des ventes de rente viagère individuelle chez les principaux assureurs du secteur depuis son annonce en mars 2014. En baisse de 16 % chez Aviva l’an dernier, le volu­me des affaires nouvelles pour ces rentes a chuté de 49 % sur une année chez son concurrent Prudential. En amont de l’introduction de la réforme, cet assureur a d’ailleurs réagi en lançant un nouveau produit fin décembre (Flexible Drawdown), permettant aux assurés de retirer des revenus « sans limite » à compter d’avril de cette année. « Dans l’ensemble, les assureurs disposant d’une vaste gamme de produits sont susceptibles de s’être mieux adaptés aux changements de cette réforme, dont le cadre plus large vise à encourager les individus à épargner davantage durant la période d’accumulation du capital » résume Tony Silverman, analyste chez AM Best.

Extension aux retraités

Mais alors qu’ils sont encore en train d’évaluer les conséquences de cette réforme, les assureurs vie vont déjà devoir répondre à de nouveaux changements : lors de la présentation du budget 2015/2016, le Chancelier britannique George Osborne a, en effet, proposé d’étendre aux personnes déjà retraitées la possibilité de vendre leurs rentes. Soumise actuellement à consultation, cette proposition pourrait se traduire à terme par la constitution d’un second marché à compter d’avril 2016 au travers duquel les assureurs ou d’autres acteurs pourraient racheter des rentes existantes. Selon Moody’s, l’initiative ne devrait cependant pas avoir d’impact sur la note décernée aux assureurs vie britanniques : « le contrat initial restera intact sur le bilan initial de l’assureur et n’aura pas d’impact sur le cashflow et sur les marges de profits du contrat existant pour le fournisseur de rentes », explique l’agence dans un communiqué.

Effet fiscal pour les plus aisés

Plus ennuyeux, le dernier budget prévoit aussi de baisser le seuil du montant viager global libre d’impôt de 1,25 million de livres à 1 million à compter d’avril 2016 et de relier le plafond à l’inflation à compter de 2018. Une initiative, qui selon le gouvernement, n’impacterait que 4 % des épargnants approchant l’âge de la retraite : « Bien que ce changement n’affecte qu’une poignée d’assurés, cela a un impact négatif sur la note des assureurs vie britanniques dans la mesure où cela va décourager les épargnes retraites des épargnants les plus aisés, des personnes qui sont souvent proactives dès lors que cela touche leurs arrangements en matière de régimes de retraites professionnels », fait valoir Moody’s dans une note. Signe que le secteur n’a jamais fini de s’adapter aux évolutions réglementaires.

Mark Button, directeur senior, services financiers de S&P
« Les assureurs se concentrent sur l’innovation produit »

  • Quel a été l’impact de la réforme des retraites annoncée en mars 2014 par le Chancelier de l’échiquier ?
    Dans l’ensemble, nous avons constaté un déclin approximatif de l’ordre de 50 % du volume des ventes d’annuités individuelles chez les assureurs vie britanniques, bien que ce chiffre varie d’une compagnie à l’autre. Dans certaines circonstances, ce déclin a été compensé par une hausse des ventes de bulk annuities*. Le marché s’attend à de nouveaux reculs cette année, de l’ordre de 50 % supplémentaire, tandis que 2016 devrait probablement s’ajuster à un nouveau niveau de ventes de différents produits de retraites.
  • Comment le secteur a-t-il réagi face au déclin ?
    Les assureurs ont réagi en se concentrant sur l’innovation produit, leur présence en ligne et leur visibilité. Un certain nombre de produits existaient déjà dans le pipeline des assureurs mais ils ont gagné en exposition à l’occasion de cette réforme.
  • Que pensez-vous de la création d’un marché secondaire annoncé lors du dernier budget en mars 2015 ?
    Cette initiative, si elle se confirme, augmentera les options et dopera la flexibilité des assurés existants. Pour autant, la création de ce marché présente un certain nombre de risques : l’assuré pourrait ainsi mal appréhender le retrait de ses actifs en cash et faire face à des difficultés financières dans quelques années. Les risques existent aussi pour les fournisseurs d’annuités, coupés de leurs relations avec leurs détenteurs d’annuités, de même que pour les acheteurs potentiels, susceptibles d’être accusés de défaut de conseils s’ils n’expliquent pas aux assurés tous les risques associés à la vente de leurs annuités. Plus généralement, nous ne pensons pas que ce marché gagne suffisamment en taille critique, en raison de la complexité de l’initiative pour l’ensemble des acteurs concernés. Sur le fond, cette réforme ne devrait pas entraîner de changements de notations.
    Propos recueillis par s.s.
    * Produit collectif type fonds de pension.



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article extrait de l’argus de l’assurance

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