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L'Inde, futur hub de la réassurance en Asie ?

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Poussés par la nouvelle législation locale, les grands réassureurs ouvrent tous une succursale en Inde. Objectif : prendre position sur ce marché à fort potentiel en attendant qu’il prenne son envol.

Avec plus de 1,2 milliard d’habitants, l’Inde, deuxième pays le plus peuplé du monde, est un marché gigantesque.
Avec plus de 1,2 milliard d’habitants, l’Inde, deuxième pays le plus peuplé du monde, est un marché gigantesque.
hadynyah/Getty Images

Malmenés sur les marchés matures où les taux bas et la baisse des tarifs se prolon­gent, les réassureurs globaux comptent plus que jamais sur la diversification et lorgnent les ­marchés émergents au potentiel de croissance exponentiel. Parmi eux, l’Inde, dont le gouvernement fédéral s’est fixé pour ambition d’en faire « un hub de réassurance dans la région ».

Auparavant dominé par le réassureur public GIC Re (General Insurance Corporation of India), qui vient de s’introduire en Bourse pour plus de 1 Md$ (0,9 Md€), le marché indien s’est progressivement ouvert aux réassureurs ­internationaux. Mais pas à n’importe quelles conditions : soucieuses de favoriser les acteurs locaux, les autorités ont modifié leur réglementation. Elle impose désormais aux assureurs indiens de céder en priorité leurs risques aux « réas­sureurs locaux dont la note de crédit accordée par les agences de notation est satisfaisante »… en clair, GIC Re. Sont ensuite considérées comme prioritaires les succursales des réassureurs internationaux, présentant un taux de rétention minimal de 50 %.

Swiss Re, Munich Re, Hannover Re, XL Catlin, Lloyd’s of London : pour pouvoir continuer à réaliser des affaires en Inde, tous les ­grands réassureurs ont donc ­décidé d’y ouvrir une succursale. Scor, qui opérait déjà en Inde ­depuis quarante-cinq ans via sa base de ­Singapour, a obtenu en décem­bre 2016 les autorisations nécessaires de la part des autorités indiennes. « Le fait de pouvoir désormais implanter des équipes complètes en Inde va nous permettre d’être plus présents auprès de nos clients et d’avoir une contribution plus efficace au développement de ce marché dont le potentiel est considérable », explique Victor Peignet, directeur général de Scor Global P&C.

  • 2,8 Md$ Le poids du marché de la réassurance en Inde, selon le Lloyd’s.
  • 8 % Le taux de croissance annuel de l’assurance en Inde d’ici à 2025, selon Swiss Re.

Perspectives de croissance exponentielles

Pour l’heure, le marché de la réassurance en Inde pèse peu : 2,8 Md$ (2,35 Md€), dont 40 % sont cédés à l’étranger, selon les estimations du Lloyd’s. Mais il est impossible de l’ignorer en raison de ses perspectives de croissance exponentielles. « Le marché indien n’est pas mûr. Mais si on ne s’y positionne pas dès maintenant, on risque d’être à la traîne le jour où il décollera », reconnaît un grand réassureur. « On ne peut pas répliquer sur les marchés émergents ce que l’on pratique sur les marchés matures. Il est important d’être présent sur place pour apprendre le fonctionnement de la société et les rouages du marché local et ainsi se préparer à répondre à ses attentes », ajoute Walter Eraud, directeur général de Swiss Re France.

Compte tenu de la faible péné­tration de l’assurance, « le marché indien représente une grande ­opportunité pour le Lloyd’s », ­souligne Shankar Garigiparthy, ­directeur général de Lloyd’s ­India, la succursale ouverte à Bombay en avril dernier. « L’Inde représente aujourd’hui moins de 1,5 % des primes d’assurance tota­les dans le monde et près de 2 % en vie, alors qu’il s’agit du deuxième pays au monde en termes démographiques et de l’économie qui croît le plus rapidement », précise-t-il.

Axa ouvre une succursale à New Delhi

Les réassureurs ne sont pas les seuls à avoir compris l’énorme potentiel du marché indien. Axa ouvre ce mois-ci une succursale de réassurance à New Delhi, qui lui permettra de travailler dans tous les États du pays. Mais les ambitions ne sont pas les mêmes : « Pour Axa, la réassurance est un outil pour développer son activité en Inde », explique Mattieu Rouot, directeur de la protection sociale internationale chez Axa France. Sur le marché indien, cette succursale travaillera avec des clients institutionnels et des gouvernements locaux afin de mettre en place des systèmes assurantiels de protection sociale. « Le potentiel est énorme, car la moitié de la population ne dispose pas d’une couverture de base en santé. Il s’agit d’une des priorités du gouvernement indien : l’accès à la santé pour tous », précise Mattieu Rouot. Axa travaillera avec des assureurs locaux, publics ou privés, dont il portera le risque selon un système de quotes-parts. L’assureur français, qui ne se fixe pas d’objectif chiffré, « ne souhaite pas s’engager dans une stratégie de course au chiffre d’affaires », mais se montrera « sélectif » sur les projets.

Cat’ nat’ et assurance agricole

La hausse du niveau de vie, associée à la politique volontariste du gouvernement indien, devrait encourager le développement de l’assurance. Swiss Re prédit ainsi à l’assurance indienne une croissance annuelle de 8 % jusqu’en 2025. Parmi les secteurs les plus prometteurs, l’assurance santé et la protection sociale, les cat’ nat’ du fait de risques climatiques importants (inondations, sécheresses), mais surtout l’assurance agricole sur laquelle le gouvernement souhaite pousser les feux. « Le marché agricole indien ­devrait, d’après les prévisions, ­devenir le plus important au monde avec plus de 50 millions de fermiers d’ici à 2020 », fait valoir Shankar Garigiparthy.

À l’image d’Axa, qui compte appor­ter son expertise aux acteurs locaux pour bâtir des systèmes de protection sociale jusqu’ici ­absents du pays (lire encadré), les réassureurs internationaux se positionnent comme des pourvoyeurs de solutions, là où le ­savoir-faire local est insuffisant. Le Lloyd’s pense ainsi « pouvoir faire la différence sur le marché indien en matière de catastrophes naturelles. L’Inde est très vulnérable à ce risque ; le Lloyd’s a une grande expérience en la matière et la réputation d’apporter rapidement son soutien financier lorsque le pire se produit », met en avant Shankar Garigiparthy.

Mais tout ce qui brille n’est pas d’or. Si les taux de croissance sont prometteurs, l’Inde n’échappe pas non plus à la baisse des tarifs de la réassurance dommages. « Dans ce contexte de soft market, la rentabilité de la souscription en Inde reste un challenge », reconnaît Shankar Garigiparthy. « Ces dernières années ont été difficiles pour le marché indien. Les résultats n’ont pas été bons, mais nous croyons dans les signes encourageants que nous observons cette année », affirme Victor Peignet. Un pari sur ­l’avenir.


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article extrait de l’argus de l’assurance

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