La disruption vue par trois dirigeants de l’assurance

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La surexploitation du mot disruption peut agacer, mais traduit néanmoins un véritable questionnement des acteurs de l’assurance sur l’évolution de leur modèle économique. Stéphane Dedeyan (Generali), Laurent Ouazana (Ciprès) et Adrien Couret (Macif) livrent leur opinion.

Trop intermédié, sans lien continu avec ses clients, le secteur de l'assurance est toujours sujet à l'ubérisation...
Trop intermédié, sans lien continu avec ses clients, le secteur de l'assurance est toujours sujet à l'ubérisation...

Jusqu’à l’écoeurement, disruption est devenu, petit à petit, un mot sinon LE mot poil à gratter dans le monde de l’assurance, toujours en proie à une transformation digitale à marche forcée. Les acteurs de ce secteur, en prise directe avec les évolutions sociétales (mobilité, logement, santé, épargne, retraite…) sauront-ils encore s’adapter ? Et surtout, s’adapter avant que d’autres ne se positionnent ? Pour le savoir, Maxime Letribot, associé chez EuroGroup Consulting a interrogé plusieurs personnalités du secteur dans son dernier ouvrage intitulé «Innovation / Disruption : risque ou opportunité pour le secteur de l’assurance », bientôt publié par le cabinet de conseil. L’Argus a pu consulter l’ouvrage et vous livre, en avant-première, trois avis de trois dirigeants:


Adrien Couret, directeur général délégué en charge de la stratégie, de la performance et des risques du groupe Macif :

l’ubérisation est pour demain car la position stratégique des assureurs est prenable !
« Il existe une fragilité fondamentale pour les assureurs, que le digital et la généralisation de l’approche client vont rendre encore plus évidente et risquent de dramatiquement accentuer. Cette fragilité se situe dans le modèle relationnel des assureurs, qui est un modèle de relation discontinu, à contretemps de l’usage, et généralement passif. La discontinuité de la relation d’assurance tient essentiellement à la nature de la prestation qui est aléatoire et ponctuelle. Elle génère une faiblesse naturelle du nombre d’interactions entre l’assureur et l’assuré, concentrée sur l’équipement en contrats et la gestion des sinistres. Quand tout va bien, on ne pense pas à son assureur et à la protection pourtant essentielle qu’il délivre. Or, dans un monde de plus en plus connecté, le temps relationnel que l’on n’occupe pas risque toujours d’être pris par un autre, et à dessein. Il y a fort à parier (…) qu’une nouvelle économie de la prescription devrait prendre son essor : assurance de l’usage, assurance personnalisée, assurance communautaire, assurance localisée… Un modèle à rebours de la consommation de masse sur laquelle la distribution et le marketing des assureurs sont globalement assis

Stéphane Dedeyan, directeur général délégué, Generali France, président de la Commission Assurances de personnes à la Fédération Française de l’Assurance (FFA) :

La révolution client
« L’assurance affronte deux révolutions en une. La première, commune à toutes les entreprises, est la révolution digitale. La couverture des risques est une activité de services, fondée sur l’échange d’informations, qui n’est protégée par aucune barrière physique. Elle est donc encore plus vulnérable à la désintermédiation numérique. La seconde révolution, spécifique, est la réforme Solvabilité II. Combinées à des taux d’intérêt durablement bas, ces règles prudentielles imposent aux compagnies un pilotage plus subtil de leur capital et de leur activité. Ces deux révolutions se fondent en une seule : la révolution client. Celle-ci affecte bien plus que la relation commerciale traditionnelle (tarifs, distribution, sinistres…) ou la protection du consommateur (objet des attentions répétées du législateur). Elle oblige à réinventer les modèles économiques, les organisations et les comportements. Et elle invite dirigeants et managers à des remises en question radicales. Car trop intermédié, le modèle des assureurs souffre, en plus, d’une image dégradée alors qu’ils ont en charge la responsabilité la plus noble : la protection des biens et des personnes (famille, santé, patrimoine…). »



Laurent Ouazana, Président de Ciprès Assurances :

Les innovations perpétuelles de l’assurance

«Si l’innovation disruptive est de transformer un produit ou un service complexe, coûteux et réservé à une élite, en le rendant simple et peu onéreux, donc accessible au plus grand nombre, alors l’assurance a déjà entamé la trajectoire de la disruption, sans forcément coller un mot ou une expression sur les révolutions qu’elle vit chaque année. (…) L’innovation produit, l’innovation service et, demain, l’innovation compliance seront permanentes et partagées entre tous les maillons de la chaîne, et si certains avaient prédit une « uberisation/désintermédiation » de l’assurance, elles réconcilieront obligatoirement le digital avec l’intermédiation.(…) les assureurs de demain contribueront à éliminer leurs aléas, donc leurs assurances, en misant gros sur la prévention. Après tout, chacun ne doit-il pas être plus responsable de la gestion de son risque (et de lui-même), alors même que la collectivité l’est pour ses conséquences financières ? Si la Sécurité sociale française – le régime obligatoire – n’a pas su imposer cette prévention, l’assurance facultative le peut sans doute par une incitation forte, afin de préserver la mutualisation des risques, garante de l’équilibre du système.». 

 

Rendez-vous, sur ce thème, au :

Congrès Assurance Digitale 2016

Transformation digitale / Expérience client : les facteurs clés de succès

Programme et inscriptions sur ce lien

 


Stéphane Dedeyan

Stéphane Dedeyan

Directeur général délégué de Generali France

Stéphane Dédeyan est né en octobre 1965 . Diplôme de l'École des hautes études commerciales (HEC). Diplôme de l’Institut des actuaires français (IAF). 1990-94 [...]

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Laurent Ouazana

Laurent Ouazana

Président de Ciprés

Laurent Ouazana est né en janvier 1965. 1986 : diplôme de l'École nationale d'assurances (Enass). 1987-98 : direction courtage de La Bâloise-La Suisse assurances. 1998-2000 : poste de [...]

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Adrien Couret

Adrien Couret

Directeur général délégué stratégie, performances et risques du groupe Macif

Adrien Couret est né le 10 novembre 1983. 2003-07 : diplôme de l’École des hautes études commerciales (HEC) de Paris. 2006-07 : master 2 en gestion des entreprises de l’Institut [...]

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