La résurgence de la variole nécessiterait théoriquement de vacciner 7 milliards de personnes

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Chargé des relations avec les gouvernements au sein de la société de biotechnologie Bavarian Nordic, Jacob Thorup Cohn tire la sonnette d’alarme : l’Europe n’anticipe pas les risques liés aux maladies infectieuses, alors que les pandémies et les risques associés sont une préoccupation croissante pour la santé publique et l'économie mondiale. Elle donnent aussi le vertige aux assureurs, qui ne couvrent pour l'heure que l’assurance décès et non sans casse-tête technique.

Jacob Thorup Cohn, Bavarian Nordic
Jacob Thorup Cohn, Bavarian Nordic

Chargé des relations avec les gouvernements, Jacob Thorup Cohn prêche la bonne parole pour le compte du groupe privé international Bavarian Nordic et s’égosille sur un sujet finalement assez peu médiatique : les maladies infectieuses. Spécialisée dans la recherche et la production de médicaments anti-cancer et de vaccins anti-maladies infectieuses émergentes, son entreprise collabore à ce jour avec le groupe pharmaceutique américain Johnson & Johnson pour trouver un antidote au virus Ebola. « Nos tests cliniques sont très avancés et nous espérons pouvoir, dans un délai raisonnable, proposer un produit sur le marché », affirme Jacob Thorup Cohn.

sensibiliser les gouvernements européens pour qu'ils financent la recherche

Tel un lanceur d’alerte (toutefois un peu intéressé en cela que Bavarian Nordic a besoin de fonds pour mener ses recherches coûteuses et fabriquer les vaccins), il tente de sensibiliser les gouvernements européens aux ravages de la résurgence de maladies tropicales et infectieuses dans des pays souvent pauvres et dénués de capacités de recherche médicale. Mais où le fléau  - faute d’y être combattu – se répendrait rapidement dans les pays limitrophes et au-delà. « Depuis Ebola en 2013, les choses bougent, observe cet expert. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) préconise, par exemple, la création d’une plateforme collaborative entre gouvernements et groupes privés afin de renforcer les équipements pharmaceutiques en cas de pandémie ». Dans la réalité, il faut facilement deux ans rien que pour faire aboutir le process d'homologation d'un vaccin et une décennie pour son développement. « Nous devons donc commencer la recherche bien avant que les maladies deviennent incontrôlables, comme cela a été le cas avec Ebola. Si on attend l'apparition de l'épidémie pour s'emparer du problème, il est déjà trop tard, argumente Jacob Thorup Cohn. C’est trop tard, quand les gens commencent à mourir ».

Le retour des vieilles maladies

A l’heure où le SRAS fait encore des ravages, que Zika crée la panique dans les îles où la grippe prend toujours plus de nouvelles variantes inquiétantes, le sujet est saillant. « Il y aura toujours de nouvelles maladies, mais ma plus grande frayeur, c’est le retour d’une vieille pandémie comme la variole », confie le vice-président des affaires gouvernementales de Bavarian Nordic qui ajoute « la variole, c’est le taux de létalité* d’Ebola conjuguée à la vitesse de propagation de la grippe ».

Son scénario donne des sueurs froides : le monde dispose d'un stock de 900 millions de vaccins (pas forcément à jour) et, en cas de résurgence de la variole, la capacité de production mondiale ne tourne qu'autour de 200 à 250 millions de vaccins par an. Or, il y a 7 milliards d'habitants sur terre... Et la vaccination constitue le seul moyen de traitement. Ainsi, de 300 millions de personnes tuées de la variole au 20e siècle quand il n’y avait pas de globalisation des transports, le bilan - si l'on se base sur l'estimation d'un taux fatal d'un tiers d'une population - serait désastreux. Le coût économico-social afférent reste à calculer… « La collaboration public-privé doit s’intensifier, notamment en Europe, qui doit anticiper ces fléaux », conclut-il.

* Proportion de cas fatals liés à une maladie ou à une affection particulière, par rapport au nombre total de cas atteints par la maladie.
 

Les assureurs face aux pandémies : un rôle à déterminer
Coût humain, collatéraux, économiques : les pandémies donnent le vertige aux assureurs qui ne couvrent pour l'heure que l’assurance décès et non sans casse-tête technique. « Les assureurs pourraient aider à la recherche sur le long terme. Mais l'essor des maladies infectieuses et de l'intérêt médiatique les concernant les amèneront peut-être à devoir s’assurer que les gens puissent l’être, au moins qu'ils aient la garantie d'obtenir un vaccin… », estime Jacob Thorup Cohn.


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