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Le boom de l’assurance sans frontières

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En croissance de 10 à 15 % par an, le marché de l’expatriation aiguise l’appétit des assureurs qui entendent bien le disputer aux courtiers spécialisés, historiquement très actifs.


bowie15/Getty Images/iStockphoto

Avant, il y a quarante ans, les expatriés devaient se débrouiller eux-mêmes : faute de trouver sur le marché des garanties adaptées à leur situa­tion, les associations de Français de l’étranger ont créé leurs propres couvertures santé, prévoyance, retraite et assistance.

Aujourd’hui, l’expatriation apparaît comme l’un des marchés les plus porteurs de l’assurance de personnes : la population expatriée augmente de 2,5 à 3 % par an et ses besoins de protection sont considérables. Plus d’1,7 million de personnes ont pris la peine de s’enregistrer au registre des Français de l’étranger, mais le ministère des Affaires étrangères estime que leur nombre réel est plus proche de 2 à 2,5 millions de personnes.

« La demande croît naturellement avec la mondialisation », indique Guillaume Pleynet-Jésus, directeur adjoint Assurances collectives de Groupama Gan Vie. L’expatriation représente un volu­me annuel de 10 Md€ de primes, en croissance de 10 à 15 % par an. « C’est notre principal levier de développement, poursuit Ludovic Joly, direc­teur Assurances de person­nes et affinitaires de Chubb en France. Les garanties de mobilité internationale représentent plus d’un tiers de notre nouveau business en assurance de personnes. » Il s’empresse d’ajouter qu’à ses yeux, le terme même d’expatrié n’a plus vraiment de sens : « Les grandes entreprises gèrent leurs program­mes de mobilité internationale en parlant de TCN (Third Country Nationality – NDLR : littéralement, ressortissants de pays tiers, terme s’appliquant aux personnes dont la nationalité est différente de celle de leur entreprise et de celle du pays où elles travaillent). Elles doivent, en effet, être capables de couvrir leurs expatriés, mais aussi les Indiens travaillant en France pour une entreprise américaine, par exemple. » Cela représente plus de 100 millions de personnes à travers le monde, soit environ un tiers de quelque 300 millions d’expatriés.

On comprend mieux pourquoi les assureurs français se penchent sérieusement sur la question. Au plan mondial, le marché de l’expatriation est tenu par les filiales spécialisées de géants de l’assurance : les Américains Beta Global, Cigna Global, Aetna International et l’Allemand Allianz Worldcare. Il est en pleine recomposition, avec des mouvements de concentration intenses : Cigna a racheté le groupe belge Vanbreda, Aetna a intégré le réseau asiatique Good Health Worldwide, Allianz a fusionné sa branche expatriés avec Mondial Assistance et le réseau irlandais AWS pour donner naissance à Allianz Global Assistance. Mais en France, le marché reste aux mains des courtiers spécialisés. « C’est un marché d’expertise », commente Guillaume Pleynet-Jésus. « Il demande une grande technicité et une certaine sensibilité aux problématiques de la vie à l’étranger, poursuit Vincent de Meyer, directeur général d’April International Expat. Ce n’est pas un hasard si la plupart des cabinets ont été créés par d’anciens expatriés. »

  • 73 % des expatriés estiment qu’il est important ou très important de garder un lien avec le système français de protection sociale.
  • 81 % des expatriés sont couverts en santé, 44 % en retraite, 42 % en prévoyance et 30 % en assistance rapatriement.
  • Sur les 81 % d’expatriés couverts en santé, 46 % le sont par leur employeur ou celui de leur conjoint et 35 % à titre individuel.
  • 70 % des expatriés n’envisagent pas de revenir vivre en France dans les 5 prochaines années.
    Source : 4e Baromètre Humanis « Expatriation et protection sociale »

Des expatriés experts

Stéphane Aubert peut en témoigner. Après avoir vécu au Vietnam, en Grande-Bretagne et au Maroc, il a créé ExpatCourtage pour couvrir tous les expatriés, c’est-à-dire aussi bien les salariés que les seniors, les chefs d’entreprise, les étudiants… « Aujourd’hui, tout le monde s’y met, mais il y a dix ans, c’était novateur. » À ses yeux, le courtage apporte une véritable plus value : « Nous avons une démarche proactive de conquête des clients, sur les salons spécialisés, mais aussi sur Internet, car la population expatriée est ultra-connectée. » Les opérateurs français ne semblent toutefois pas décidés à laisser ce marché aux mains des groupes mondiaux ou des courtiers. La MGEN a débauché, l’an passé, l’ex-directeur du développement d’Allianz Worldcare, François Pierret, pour lancer MGEN International Benefits. En décrochant le marché du Pack CFE, la couverture de base proposée par la Caisse des Français de l’étranger, Humanis International s’impose comme l’un des grands spécialistes. « Le Pack Expat CFE est notre offre phare car la Caisse des Français de l’étranger reste une porte d’entrée importante pour la plupart des expatriés, explique Sylvaine Emery, directrice des activités internationales d’Humanis. Mais dans bien des pays, ses garanties ne sont pas assez couvrantes au regard du poids des frais de santé. » Le leader français de l’expatriation reste néanmoins un courtier : MSH International (groupe Siaci Saint Honoré) pointe au 5e rang mondial de ce marché, avec 55,5 M€ de chiffre d’affaires et 300 000 personnes couvertes.

Qui sont les expatriés ?

Chaque année, environ 100 000 Français partent vivre à l’étranger. Ils rejoignent les 2 à 2,5 millions d’expatriés installés essentiellement en Europe (49,3 %), mais aussi en Afrique (14,9 %), en Amérique du Nord (13,7 %), au Proche et Moyen-Orient (8,1 %), en Asie et Océanie (8 %) ou en Amérique Centrale et du Sud (6 %). Ils sont majoritairement actifs (50,4 % ont entre 26 et 60 ans) et peuvent avoir des enfants (25 % de la population expatriée a moins de 18 ans). 80 % des actifs sont salariés, mais les indépendants (artisans, professions libérales ou entrepreneurs) qui partent créer leur propre business à l’étranger sont de plus en plus nombreux. En revanche, les « vrais » contrats d’expatriation ne sont maintenant accordés qu’aux cadres dirigeants : 80 % des salariés sont employés en contrat de travail local, avec un pack « coût de la vie et protection sociale » nettement moins intéressant. Autres populations en croissance : les seniors (15,2 % ont plus de 60 ans) et les jeunes (9,3 % ont entre 18 et 25 ans). Les premiers partent chercher une meilleure qualité de vie et du soleil. Quant aux jeunes, ils sont de plus en plus nombreux à faire un ou deux ans d’études à l’étranger, ou à bénéficier d’un Working Holiday Visa qui, comme son nom l’indique, permet aux Français de moins de 30 ans de travailler pour financer leurs vacances dans la douzaine de pays qui l’accordent (1). Le nombre de jeunes concernés augmente de 15 % par an. Il est ainsi amené à doubler tous les six ans.
1. Australie, Nouvelle-Zélande, Canada, Argentine, Brésil, Chili, Colombie, Mexique, Uruguay, Japon, Corée du Sud, Hongkong et Taïwan.


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