« Les mutuelles du Gema ont massivement investi dans les dettes françaises »

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C’est seulement si la situation se dégradait très fortement que la répercussion serait nette sur les bilans, selon  Jean-Luc de Boissieu, secrétaire général du Gema.
C’est seulement si la situation se dégradait très fortement que la répercussion serait nette sur les bilans, selon Jean-Luc de Boissieu, secrétaire général du Gema.
B. MARTINEZ

La perte du triple A, dont les effets semblent encore difficiles à percevoir, vient questionner le monde des mutuelles d'assurance sur leurs investissements. «Les grandes mutuelles ont traditionnellement toujours investi en dette française », rappelle Jean-Luc de Boissieu, secrétaire général du Gema«Les titres de la dette d’Etat ont toujours été considérés comme un placement sans risque, rassurant, et qui correspondait bien au modèle de l’entreprise mutuelle. ». Ainsi, «au minimum un tiers des investissements des mutuelles du Gema sont en OAT. Si la situation venait se dégrader fortement, jusqu'à triple B par exemple, la répercussion serait très grave, mais ce n'est pas le cas pour l'instant. »
Les raisons d’un portefeuille très patriote sont historiques : sans véritables activités à l’étranger, les mutuelles sont attachées au pays où elles travaillent. Avant le passage à l’Euro, elles ont toujours pratiqué l’investissement en Franc, le privilégiant aux autres devises. L’Euro n’a rien changé à cette pratique, chacun continuant d’investir sur son propre marché. « Les administrateurs, qui sont issus de nos sociétaires, ont souvent préféré acheter français, ils se sont toujours montrés plutôt prudents, considérant qu’ils évitaient ainsi la spéculation », explique Jean-Luc de Boissieu. Autre avantage, les obligations d’Etat restent faciles à vendre rapidement – bien plus qu’un bien immobilier- et permettraient de faire face à un besoin urgent de liquidité, en cas de gros sinistre.

Si pour l’heure, l’alerte n’est pas encore donnée, une nouvelle dégradation de la France pourrait bousculer les comptes. «Le sort des assureurs a toujours été lié à celui de l’Etat français », insiste Jean-Luc de Boissieu. Certains assureurs ont déjà annoncé avoir réduit leur exposition aux dettes souveraines des pays voisins : la Maif a ainsi vendu au cours de l’année 2011 plus de la moitié des dettes souveraines et d’entreprise du Portugal, de l’Irlande, de l’Italie, de la Grèce et de l’Espagne. 

S'agissant d'obligations de l'Etat français, la situation serait plus complexe. « Les mutuelles n’ont jamais vendu par défiance des titres français. Quand cela s’est fait, c’était pour des raisons de gestion ».
Derrière la politique d’investissement des mutuelles, le cadre règlementaire est un élément qu’il faut prendre en compte. Solvabilité1 n’a rien changé en ce sens, puisque le dispositif prudentiel ne prend pas en compte l’évolution de la valorisation des actifs, l’accent étant mis sur le chiffre d’affaires pour le Dommage, et sur les provisions mathématiques pour l’assurance-vie. « Avec Solva 2, ce n’est pas la même chose.» La directive européenne encourage effectivement très clairement la possession d'obligations souveraines de la zone OCDE, classées comme des actifs sans risque.


Patrick  Artus

Patrick Artus

Chef économiste de Natixis

Patrick Artus né le 14 octobre 1951. Diplôme de l'Ecole polytechnique. Diplôme de l'Ecole nationale de la statistique et de l'administration économique. Diplôme de l'Institut [...]

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