Mauvais climat pour les primes habitation

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Suite à la sinistralité climatique exceptionnelle intervenue au premier semestre 2016, les assureurs pourraient renchérir plus fortement qu’à l’accoutumée le tarif de leur MRH en 2017.

La tendance était déjà, depuis trois ans, à la revalorisation systématique, des primes d’assurance habitation. Des réajustements annuels, ­variables d’un assureur à un autre, mais en moyenne d’environ 3,8 % d’après nos calculs, basés sur les dernières données de la Fédération française de l’assurance (FFA). Soit une augmentation de cotisation pour les assurés d’environ 9 €/an, la prime se situant, pour mémoire, à 234 € HT en moyenne (251 € pour un occupant et 129 € pour un non-occupant). « Cela répond à une augmentation de la charge annuelle sinistre qui est en progression constante. La sinistralité clémente d’une année (ndlr : par exemple 2014) ne suffit pas à geler les tarifs en habitation et ce ne serait pas raisonnable de ne pas se projeter sur le moyen terme », avise Jean-Philippe Dogneton, directeur du pôle IARD de la Macif. De plus, à la charge des sinistres s’ajoute le coût de la réassurance, en hausse chez la plupart des assureurs, qui le répercutent donc sur le prix de la cotisation. « Ces dernières années, l’accu­mu­lation d’événements nombreux, mais de moindre intensité, où nous sommes peu réassurés, coûte cher », souligne aussi Norbert ­Bontemps, directeur assurance des particuliers chez Groupama.

2017, hausse des tarifs ?

Bref, 2017 devrait, comme les années précédentes, être placée sous le signe des revalorisations tarifaires, si ce n’est que cette hausse pourrait s’avérer bien plus forte. « Les inondations nous ont tous impactés, coûtant 70 M€ à notre groupe. La fréquence des ­incendies a, elle aussi, été plus importante », justifie Jean-­Philippe Dogneton. À l’échelle de la profession, le coût des dommages relatifs aux événements naturels a, en effet, atteint en un semestre le niveau de l’année 2015, soit plus de 1,2 Md€ ! Une sinistralité de pointe marquée par la grêle qui a, notamment, endommagé le ­Cognac, le Chablis, le Beaujolais et le Madiran le 27 mai, suivie presque aussitôt par les inondations qui ont touché le Centre, le Nord, l’Est et la région parisienne jusqu’au 8 juin. Techniquement, le trio tempête-neige-grêle représente 10,2 % du montant de la prime MRH et les catastrophes naturelles, en sus, 9,7 %.

D’après les données collectées par le cabinet de conseil en stratégie Fact & Figures (voir ci-dessus), le coût des indemnisations au titre des garanties « Grêle-tempête-neige » et cat’nat’ pourraient grimper en flèche en 2016. Et la courbe du ratio combiné dépasser à nouveau les 100 %.

Avec quelle répercussion sur les tarifs ? La plupart des acteurs de l’IARD sont actuellement en pleine analyse. Ils effectueront leurs premières estimations fin septembre. « La prime MRH pourrait subir une augmentation plus importante que l’année précédente », confirme Philippe ­Pétré, directeur marketing de La Banque postale pour qui il faut, cependant, attendre l’épisode cévenol (ndlr : orages violents qui s’abattent à l’automne dans les régions méditerranéennes) pour mesurer l’ampleur des dégâts et donc des ­actions techniques correctives à apporter… Ou pas. « Notre conseil d’administration se décidera sur le package tarifaire à la fin du mois », confirme, en écho, Jean-Marc Willmann, DGA solutions et services d’assurance de la Maif.

Vers une augmentation supérieure à 4 % ?

« Vraisemblablement, la hausse dépassera nettement 3 % », assure le directeur dommages d’une compagnie. Facts & Figures prévoit, de son côté, une hausse de 2,5 % après une augmentation constatée, pour sa part, de 2,6 % sur l’année en cours. Selon le cabinet, les dernières intempéries du printemps ne devraient pas peser sur les tarifs en 2017, car leur coût sera en partie pris en charge par le régime des catastrophes naturelles et par la branche automobile. Et les ­acteurs de la MRH conservent des marges de manœuvre appréciables... « Le secteur s’est doté d’une capacité nette à absorber 700 à 800 M€ de charge de sinis­tres supplémentaires, du fait des tarifs révisés, tout en rétablissant son résultat technique (ndlr : ratio combiné de 96 % en 2015) », souligne son président Cyrille Chartier-Kastler.

Enfin, les fondamentaux (dégâts des eaux, vols et incendies) ne donnent pas de signaux d’alerte. Et le calcul n’est pas forcément mathématique ! Dans cette branche, comme en automobile, la concurrence et la fidélisation des assurés sont, depuis la loi Hamon, de nature à temporiser les velléités de révision à la hausse. L’an dernier, le taux de résiliations a augmenté de 0,7 point pour s’établir à 13,4 % des contrats… « L’équipe spécialisée en tarification travaille avec celle de la gestion économique et du marketing et l’arbitrage s’effectue en fonction de la sinistralité, mais en pesant le pour et le contre relatif à la concurrence et au positionnement souhaité de notre produit MRH », reconnaît Jean-Marc Willmann. « Au vu des indicateurs, tous les acteurs devront probablement opérer des ajustements. Mais l’augmentation devrait se situer largement en dessous de 5 % », esti­me Jean-Philippe Dogneton qui ira plus loin en travaillant ses choix de mutualisation, et la structuration de ses tarifs. Les assureurs affineront donc surtout la segmentation de leurs primes en fonction des risques, particulièrement climatiques.

D’importantes disparités selon les acteurs

Au cours des dernières années, les mutuelles sans intermédiaires ont moins augmenté leurs tarifs que les compagnies à réseaux d’agents : 2,2 % contre 3,5 %. Entre 2014 et 2016, la hausse moyenne a été, selon Facts & Figures de 2,7 % pour les MSI et de 4,1 % pour les agents. « Un des facteurs explicatifs est la mauvaise tarification d’une partie des portefeuilles des agents en MRH », précise Cyrille Chartier-Kastler, président du cabinet de conseil. En matière de conquête, la Maaf, qui augmente ses tarifs tout comme ses consœurs, est celle qui a, selon lui, la plus forte dynamique.
H.-M. T.


Jean-Marc Willmann

Jean-Marc Willmann

Directeur délégué des solutions et services d'assurance de la Maif

Jean-Marc Willmann est né le 2 août 1958 1980 : diplôme en business de l’ESCP Europe. 1982-89 : ingénieur commercial grands comptes puis responsable marketing dans le secteur des assurances du groupe [...]

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article extrait de l’argus de l’assurance

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