Maif sauve temporairement la start-up Morning

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Maif, principal actionnaire de la start-up Morning, qui s'est vue retirer son agrément le 8 décembre 2016, par l'ACPR, a réinjecté plus d'un million d'euros pour garnir la jeune pousse en trésorerie et lui permettre d'être à nouveau agréée. Suite à sa liquidation judiciaire, différents scénarios sont à l'étude et des repreneurs se seraient manifestés.

Morning a retrouvé son agrément de l'ACPR suite aux fonds versés par Maif, mais la suite reste à écrire.
Morning a retrouvé son agrément de l'ACPR suite aux fonds versés par Maif, mais la suite reste à écrire.

C’est un article de La Tribune, mi-décembre dernier, qui a mis le feu aux poudres et porté ombrage, comme un symbole, aux différentes lunes de miel qui se multiplient entre assureurs et start-up. La jeune pousse toulousaine, Morning (ex-Payname), en liquidation judiciaire, rejetait haut et fort la responsabilité de son échec sur son principal actionnaire, Maif, qui avait investi 4 M€  en 2015. La mutuelle d’assurance, quant à elle, faisait part de problèmes de communication et surtout de divergences majeures de stratégie avec le fondateur, Eric Charpentier. Le partenariat n’en avait, à priori, que le nom, de part et d'autre.

Désillusion d'une FinTech qui voulait changer le monde

Montée en 2014, cette FinTech entendait changer le monde en « réveillant la banque » avec une carte et un compte de paiement  instantané, simple et transparent. Une néobanque collaborative sans banquiers, en quelque sorte, agréée pour commercialiser des produits bancaires. Indépendante, même géographiquement, car nichée dans des locaux de 600 m2 à Saint-Elix-le-Châteaux, un village de 750 habitants près de Toulouse, Morning envisageait d’être rentable en 2019. Or, ses 75 000 clients (un chiffre loin de lui permettre d’atteindre cet objectif) ont eu la mauvaise surprise de voir leur argent bloqué suite à la décision de l'autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) de lui retirer son agrément, le 8 décembre 2016. En cause : l’entreprise n’avait plus de trésorerie.

Un combat médiatique entre une start-up et un grand groupe

Eric Charpentier livre, le 13 décembre, sa version des faits sur Linkedin, sous la forme d'un long plaidoyer à charge contre Maïf, son actionnaire : « Je suis un entrepreneur combatif, épuisé et dévasté ...  Il y a trois ans dans mon canapé quand je voulais créer une application de paiements de services à la personne, je n'imaginais pas me retrouver dans la situation actuelle.  Avec le collectif de Morning nous avons créé cette néobanque 100% Française et 100% indépendante porteuse d'un message d'un new deal bancaire. Comme la plupart des néobanques Européennes nous avons, au travers de la technologie, apporté une nouvelle expérience bancaire où l'utilisateur reprend le contrôle de son argent avec un certain nombre de fonctionnalités. Une nouvelle expérience qui modifie profondément le modèle économique bancaire, la fin des frais bancaires, et l'exigence de proposer de vrais services aux utilisateurs. Maintenant que tout ceci est largement compris, je reste combatif parce que cette aventure formidable personne n'aurait plus l'imaginer (…) L'équipe s'est élargie avec une ambition devenue claire : nous allions construire une néobanque (qui) allait devenir Morning en même temps qu'elle allait s'installer à Saint-Elix-le-Château. Notre différence, « la banque faite par les consommateurs », nous la marquons aussi par un projet managérial et territorial (…) Mais Je suis épuisé car je n'ai jamais réussi à embarquer dans notre histoire notre principal investisseur. Il ne s'agit en aucun cas de faire du bashing, mais de regarder avec du recul cet échec cuisant qui a conduit à nos difficultés aujourd'hui. Il est évidemment facile de maintenant me reprocher une décision qui nous a mis en difficulté règlementaire. J'ai sûrement commis une erreur dans ce contexte, mais (…) notre investisseur ne nous a jamais accompagné et pourtant on avait tant à faire ensemble. Encore une fois, je ne leur jette pas la pierre, c'est peut-être la limite de l'exercice de la relation grand groupe investisseur.  (…) Oui Monsieur le Grand Groupe, je vous en veux, comme vous m'en voulez sûrement, mais en aucun cas l'équipe qui a construit ce projet ne peut se retrouver otage de cette situation, et encore moins nos utilisateurs (…) J'ai une grande fille de 15 ans qui rêve son papa en Steve Jobs pendant que ce grand groupe "en mode papa" discute avec "les autres papa" de la situation. » 

Maif remet au pot

De son côté, Maif n'a pas souhaité réagir à cette attaque en règle sur les réseaux sociaux. Une source interne évoque toutefois de multiples courriers d’alerte qui n'auraient jamais été pris en compte par Eric Charpentier. Une assemblée générale extraordinaire a eu lieu en terrain neutre vers Toulouse le 16 décembre 2016. Entre le 23 et le 28 décembre, 1 066 130 euros ont été versés sur le compte de cantonnement de la société. Une partie de la somme évoquée vient du rapatriement de fonds donnés en garantie à Mastercard. Maif a versé en complément la somme nécessaire sur le compte de cantonnement pour permettre la levée de la sanction de l'ACPR. Aujourd’hui, différents scénarios sont à l'étude pour trouver une solution pour la suite de Morning. Trois repreneurs se seraient manifestés : la banque Edel, la plateforme de paiement Treezor et Mutualize. La Maif ne souhaite pas confirmer, évoquant des informations confidentielles.


 



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