Mutuelles : surprenante rupture dans le secteur de la santé

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Quasiment toutes les plus grandes mutuelles sont engagées dans des processus de rapprochement. Mais l’union s’avère un combat. Même les plus beaux projets peuvent capoter, comme en témoigne un clash inattendu dans le monde mutualiste des professions de santé...

Une union mutualiste qui entendait développer couvertures d'assurance et services pour les professions de santé.
Une union mutualiste qui entendait développer couvertures d'assurance et services pour les professions de santé.

Viverem a très peu de chances de souffler sa première bougie, en juillet prochain. Et de fait, selon les informations recueillies par l’Argus de l’assurance, Groupe Pasteur Mutualité a saisi la justice afin d’obtenir la dissolution de cette union mutualiste de groupe (UMG) aux dépens de la Mutuelle nationale des hospitaliers (MNH). Bref, comme le révélait notre confrère Fil social, le divorce est réel entre les deux groupes mutualistes à l'origine de cette union.

Développer une offre affinitaire

«C’était pourtant un beau projet, qui avait du sens», réagit un acteur de l’assurance de personnes. «C’est un gâchis immense», commente un proche du dossier. Lorsque les deux groupes mutualistes annoncent, en ce début juillet 2015, la création de l’UMG (voir schéma ci-dessous), l’ambition affichée est de développer une offre affinitaire auprès des professionnels de santé du public et du privé dépassant largement l’assurance, pour concerner également les services et la banque.

Professions de santé du public et du privé

Les deux acteurs réunis représentent un chiffre d’affaires de quelque 800 M€ en assurance de personnes et leur positionnement est complémentaire. Groupe Pasteur Mutualité, issu de l’Association générale des médecins de France, est très présent chez les professionnels libéraux, alors que la MNH est historiquement positionnée sur l’hôpital.

Et ils se connaissent bien. Avant de se jeter dans le grand bain de l’UMG, ils ont notamment créé une société de courtage, Orsane, afin de conquérir les contrats collectifs des établissements privés dans le cadre de la généralisation de la complémentaire santé et noué un partenariat avec Thélem assurances sur le dommages.

La BFM, sujet de discorde

Qu’est-ce qui a provoqué cette rupture ? Aucun des deux acteurs n’a souhaité officiellement s’exprimer. Le dossier s’avère très complexe. Selon les informations que nous avons pu obtenir, les relations se seraient dégradées à l’automne. Groupe Pasteur Mutualité aurait eu le sentiment d’être progressivement exclu du fonctionnement de Viverem. Ses collaborateurs auraient ainsi disparu d’un nouvel organigramme publié en décembre 2015.

Parmi les sujets de discorde figurerait également la Banque française mutualiste (BFM), dont la mutuelle des hospitaliers est devenue actionnaire majoritaire en 2014. «MNH a fait valoir seule que Groupe Pasteur Mutualité prendrait une participation de 40 M€ dans la banque, alors même que ce dernier n’a jamais étudié ce dossier »,  assure un intervenant proche de GPM. La politique active d’acquisition de MNH – on évoque le rachat du Quotidien du médecin – aurait également été source de tensions.

L'avenir de la société de courtage

Le divorce serait simplifié dans la mesure où le mariage ne serait pas totalement contracté. Les conventions d’affiliation à ce qui devrait être la première UMG – groupe prudentiel n’auraient pas été encore validées par l’ACPR. Quelques points restaient en suspens, mais ne seraient pas à l’origine de la rupture. Cela dit se pose également la question du devenir de la société de courtage Orsane détenue à 50/50 : les deux frères ennemis peuvent-ils continuer à faire des affaires ensemble ?

Un second divorce pour la MNH

En tout état de cause, cette union avortée laissera des traces. Même si chacun est a priori en capacité de vivre  seul, aucun n’a réellement la taille critique dans un monde de l’assurance de personnes de plus en plus concentré. D’autant plus pour mener une stratégie ambitieuse d’offre affinitaire.  En sachant que MNH vit là son second « divorce », après sa décision de quitter l’UMG Istya en 2012. Un départ qui fait toujours l’objet d’un contentieux, la mutuelle souhaitant récupérer sa mise de fonds, de l’ordre de plusieurs millions d’euros.  «C’est impossible !  L’ACPR a dit non sur le principe», commente un bon connaisseur du dossier.

 

 



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