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Optique, la plus-value réseaux

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Les réseaux qui ont été mis en place par les complémentaires santé ont, sans conteste, contribué à favoriser l’accès à optique. Mais l’enjeu va au-delà d’une maîtrise tarifaire.

DOSSIER  

Porter des lunettes en France, serait-ce un luxe ? En 2015, un équipement optique (deux verres et une monture), coûtait en moyenne la modique somme de 319 €, selon le cabinet GFK. Première raison avancée : le trop grand nombre d’opticiens en France. « Le nombre de points de vente a progressé de 45 % en douze ans. Comme ils ne réalisent que trois ventes par jour, ils sont contraints de pratiquer des prix ­élevés pour être rentables », ­explique ­Christophe Marques, économiste chez Asterès. En majorité couverts par leur complémentaire santé, les consommateurs ne seraient pas regardants sur leurs dépenses et ne feraient pas jouer la concurrence. « Les remboursements des lunettes par les complémentaires santé ont contribué à faire grimper les prix. Le secteur n’est pas réglementé et les opticiens sont libres de fixer les tarifs selon les garanties des clients, qui sont souvent généreuses », rappelle ­Mathieu Escot, responsable des études à UFC-Que Choisir.

Reprendre en main la régulation des tarifs

Face à cette spirale inflationniste, les organismes complémentaires santé n’ont cessé d’agir pour alléger leurs factures en matière d’optique et, par ricochet, freiner l’augmentation des cotisations. Dans un contexte de désengagement de l’Assurance maladie, elles prennent en charge 71,6 % des dépenses d’optique médicale, contre 4,3 % pour les financeurs publics, selon la Drees (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques). Leurs solutions ? L’adaptation des garanties et les réseaux de soins dans les spécialités peu ou mal prises en charge par la sécurité sociale. Accès à des prestations de qualité, prix attractifs, services préférentiels… Telles sont les promesses de ces plateformes de santé développées depuis une dizaine d’années. Celles-ci visent à réduire les restes à charge des assurés tout en régulant les remboursements. « Nous ne sommes pas là uniquement pour encaisser des cotisations et verser des remboursements. Notre rôle est aussi d’orienter les assurés vers des ­professionnels de santé qui ­proposent des équipements de qualité aux meilleurs prix. Pour cela, nous devons négocier et contrôler. Les complémentaires santé ne sont pas des financeurs aveugles », insiste Virginie Bonnier, responsable des offres santé et prévoyance individuelles chez Groupama, qui, avec Pro-BTP, ouvre l’accès aux réseaux ­Sévéane.

Le principe est simple. Les ­réseaux nouent des partenariats avec des professionnels de santé qui s’engagent à pratiquer des prix négociés et à respecter des critères de qualité, tant au niveau de l’équipement vendu, qu’en matière de services. En contrepartie, ces derniers bénéficient d’une clientèle supplémentaire, les organismes ayant mis en place des interfaces Web, des applications sur mobile et des outils de géolocalisation pour faire connaître les opticiens agréés auprès de leurs adhérents. Pour peser davantage sur le ­marché, les réseaux ont joué la carte de l’effet de taille, en regroupant le plus d’acteurs. « Notre réseau de soins représente 7 millions d’assurés susceptibles de consulter nos 3 000 professionnels conventionnés. Par notre taille, nous avons une force de négociation supplémentaire. En échange d’un effort sur leurs prix, les opticiens ont la possibilité de réaliser des ventes supplémentaires et donc du chiffre d’affaires », assure Jean-Marc ­Boisrond, président du directoire d’Itelis, le réseau d’Axa et Humanis, qui revendique des remises de 40 % sur les verres et 15 % sur les montures.

Sabine Staehly, directrice générale de la Mutuelle complémentaire d’Alsace (MCA)
« Nous prônons la liberté de choix du professionnel de santé »

  • Pourquoi avoir fait le choix de ne pas intégrer un réseau de soins ?
    Aujourd’hui, le marché des complémentaires santé est très concurrentiel. Pour nous différencier, nous prônons la liberté de choix du professionnel de santé. Les réseaux assistent et contraignent les assurés. MCA estime, au contraire, qu’ils sont responsables. Nous n’avons pas à nous immiscer dans leurs décisions de soins. Il appartient aux consommateurs de faire leur marché et de sélectionner la paire de lunettes qui leur convient et correspondra à leur garantie.
  • Les réseaux de soins permettent-ils aux complémentaires de réguler les prix ?
    Nous considérons que ce n’est pas notre rôle. Les assureurs appartenant à un réseau de soins veillent à réduire leurs frais, la qualité peut s’en trouver dégradée. Les cahiers des charges imposés aux opticiens ne tiennent pas toujours compte des dernières innovations. Avec les contrats responsables qui plafonnent les remboursements, le marché de l’optique a tendance à se réguler lui-même. Depuis cette réforme, nous avons encore moins de raisons de rejoindre un réseau. Qui plus est, ils sont coûteux pour les mutuelles : il faut compter deux euros par an et par assuré. Nous préférons rester compétitifs sur nos cotisations et laisser le libre choix aux assurés.

 

Établir un cahier des charges précis et contrôlé

Grâce, notamment, à cette modération tarifaire, à la libéralisation de la vente sur Internet, mais aussi à la réforme des contrats « responsables », le prix de l’optique médicale a, en 2015, baissé pour la première fois ­depuis 2001 (-0,3 %), d’après les comptes nationaux de la santé. Les dépenses, elles, progressent moins vite depuis 2013 (+1,2 % seulement en 2015), après une forte ­progression dans les années 2000 (+4,7 % en moyenne annuelle entre 2001 et 2012).

Plus concrètement, les réseaux de soins, après analyse des prix pratiqués sur le marché, édictent des prix à appliquer selon chaque produit et définissent des référentiels de verres, de fournisseurs et de montures. Carte Blanche ­Partenaires va même plus loin en imposant aux opticiens conventionnés de proposer systématiquement à ses bénéficiaires sa propre collection de montures, sans reste à charge.

Et, le ­cahier des charges ne s’arrête pas aux équipements. D’autres règles d’adhésion concernent le nombre de personnels diplômés, la performance des technologies utilisées, les options sur les verres, la traçabilité des produits… « Les clients n’ont pas toutes les connaissances pour comparer les équipements. Dans les enseignes, il existe des millions de références. Les réseaux de soins rendent les choses plus trans­parentes. Nous nous entourons d’experts du métier pour ­définir nos critères de qualité », ­précise Marianne Binst, directrice générale de Santéclair. Sans compter que les réseaux de soins n’hésitent pas à contrôler les prestations via des visites mystères, des vérifications de factures et des enquêtes client sur la qualité de l’accueil. En cas de fraude avérée, l’opticien peut être exclu de la plateforme. Ignorance de l’existence du réseau, attachement à un professionnel, crainte que la qualité ne soit pas au rendez-vous … malgré ces avantages tarifaires, seuls 14 % des porteurs de lunettes se tourneraient vers les réseaux d’opticiens. Un chiffre étonnant sachant que les réseaux couvrent 62 %, environ, des assurés français.

Attirer et fidéliser la clientèle

Pour les encourager à consulter leurs membres affiliés, les platefor­mes proposent une pano­plie de services préférentiels : entretien gratuit des lunet­tes pendant deux ans, garanties casse, ­période d’adaptation, livrai­son à domicile, rabais sur les produits de nettoyage... Les assurés peuvent également bénéfi­cier du tiers payant et de meilleurs rembour­sements lorsqu’ils se rendent chez un parte­naire. « Avec les contrats respon­sables, les garanties sont de plus de plus encadrées, estime ­Marianne Binst. Les réseaux de soins aident les complémentaires santé à ­fidéliser leurs adhérents et à se différencier face à leurs concurrents ».

Bruno Depyper, directeur santé d'Optical Center

« Les réseaux apportent entre 20 et 40 % de clients en plus »

« Les centres d’optique sont présents à chaque coin de rue. Depuis 2005, nous avons intégré des plateformes de santé. C’est un avantage concurrentiel. Grâce aux remboursements différenciés et autres incitations, ils apportent aux opticiens entre 20 et 40 % de clients en plus. Certaines complémentaires santé n’autorisent pas le tiers payant en dehors de leur réseau. Or, pouvoir le proposer est un argument de poids vis-à-vis des clients. Mais, les contrats sont moins favorables qu’il y a quelques années. Ils nous imposent de nouvelles contraintes, tant au niveau des tarifs, que du choix des fournisseurs et des produits. Il faut veiller à ce que les conventions ne soient pas préjudiciables à notre travail, ni trop intrusives. Avant les appels, les instances professionnelles doivent être consultées. »

 


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article extrait de l’argus de l’assurance

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