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Petit à petit, l'habitat connecté fait son nid

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Dans le maquis des nombreux objets connectés permettant de sécuriser le domicile, les assureurs vont devoir proposer de vrais services de pilotage, d’installation et de maintenance, s’ils ne veulent pas se faire doubler par les énergéticiens, les fabricants ou les professionnels de l’immobilier.


ILLUSTRATIONS : JESUFFANZ/GettyImages

À son lancement par Axa, en juillet 2015, «La Maison connectée» est apparue comme l’offre d’assu­rance la plus aboutie en matière d’habitat connecté. Alors qu’Allianz s’est associé à Panasonic et Generali à OBI Worldphones, Axa a fait le choix d’un système ouvert, en nouant des partenariats avec Myfox (caméras de surveillance et capteurs d’intrusion), Kiwatch (caméras de surveillance), Philips (lumière connectée) Nest (détecteurs de fumée) et Orange (détecteurs de fuites et de fumée).

Les détenteurs d’un contrat MRH d’Axa peuvent acquérir ces objets connectés à des prix négociés (jusqu’à 40% de réduction par rapport au prix public) et les ­relier à une application leur ­permettant de voir en direct ce qu’il se passe chez eux, détecter les incendies, les dégâts des eaux et les intrusions, recevoir une alerte en cas d’incident, contacter les secours ou le service d’assistance, ou encore activer différents services de réparation, de surveillance, d’intervention ou d’accompagnement dans les ­démarches administratives.

La Matmut et la Macif ont suivi en lançant des offres conçues sur le même principe. «Maison connectée» de Matmut propose de «garder un œil en permanence sur votre domicile» avec des outils de télésurveillance, de détection de fuite, d’inondations ou de monoxyde de carbone, et de contrôle des consommations d’énergie. La Macif s’est davantage focalisée sur la télésurveillance avec son offre «Macif Protect», développée avec sa ­filiale IMA Protect.

Ces exemples le montrent : le marché de l’habitat connecté reste un maquis difficile à explorer pour le grand public. Car il ne suffit pas d’acquérir un système de télésurveillance, des détecteurs de fuites et de fumées ou un dispositif de gestion du chauffage et de l’éclairage : encore faut-il les installer, les interconnecter à un outil de pilotage centralisé, gérer les alertes, intervenir en cas d’incident, assurer la maintenance…

François-Xavier Jeuland, président de la Fédération française de domotique (FFD)
« Les assureurs sont plus rassurants que les Gafa »

  • Dans le domaine de l’habitat, quels objets connectés ont trouvé leur public ?
    Encore peu, malheureusement. Mais les choses commencent à bouger. La rupture n’est pas technologique : elle est avant tout commerciale. Il faut inventer de nouveaux modèles économiques autour des objets connectés. Prenons le cas du détecteur de fumée, qui me semble être un bon exemple de l’objet connecté de demain : personne n’est prêt à payer 150 € pour ce type d’équipement. Mais si mon assureur me l’offre pour faire de la prévention et, accessoirement, savoir ce qui se passe chez moi, je peux être prêt à signer. En Grande-Bretagne, on voit déjà beaucoup de fournisseurs d’énergie installer des thermostats connectés.
  • Quelles offres vous semblent les plus pertinentes ?
    Rien ne me paraît vraiment abouti. Les offres d’Axa, Orange ou La Poste me paraissent encore trop verticales, alors que les assurés ont besoin d’offres transverses et, surtout, accolées à des services. Les assureurs sont probablement les mieux placés pour les déployer, car ils peuvent sortir les objets connectés d’un univers purement « techno » pour les emmener dans une logique de service et de protection. En tout cas, ils sont plus rassurants que les Gafa (Google, Amazon, Facebook, Apple) !

 

Un défi organisationnel plus que technologique

Cela passe par le développement de nouvelles compétences (domo­ticien est, à n’en pas douter, un métier d’avenir !) et par la mise en place de réseaux de presta­taires agréés, «à l’image de ce que les assureurs auto ont fait avec les réparateurs et les ­experts», estime François-Xavier Jeuland, président de la Fédération français de domotique.

Dans ce paysage encore flou, une certitude demeure : l’habitat sera de plus en plus connecté. «La baisse du prix des composants électroniques et des coûts de commu­nication rendent possibles une adoption massive de ces nouveaux produits», lit-on en introduction du Livre blanc de la maison connectée publié par le cabinet Exton Consulting en 2016. Non seulement, «les objets connectés se répandent, mais les équipements traditionnels (de chauffage ou d’électroménager) vont incorporer progressivement ces nouvelles fonctionnalités».

Pour les assureurs, l’habitat a un double atout : la réglementation y est moins contraignante que dans le monde de la santé, où le développement des offres Pay as you live est inimaginable en France ; de plus, contrairement au marché de l’automobile, les assureurs n’ont pas besoin de passer par les constructeurs pour développer de nouveaux services connectés. «Ils peuvent donc y exercer plus facilement leur leadership», conclut le livre blanc. À condition de prendre les autres acteurs de vitesse : les énergéticiens, les télécoms, les fabricants d’objets connectés et, plus encore, les Gafa sont aux aguets.

«Google et Amazon rêvent de prendre le contrôle de toutes les maisons !», sourit un observateur. Amazon a trouvé une formidable clé d’entrée avec Écho, son assistant vocal capable de parler, de donner des informations et de piloter tous les équipements techniques d’une maison.

«Au Consumer Electronic Show de Las Vegas, tous les stands et les ­démonstrateurs étaient équipés de tablettes depuis des années, se souvient François-Xavier ­Jeuland. Cette année, ils avaient tous leur Écho».

Cette fonction de hub centralisant le pilotage et la gestion des équipements est l’autre clé de la prise de contrôle des maisons connectées.

Il y a un alignement d’intérêts entre les assurés et l’assureur. Après les fournisseurs d’énergie, les assureurs sont considérés comme légitimes pour proposer des services liés à la domotique.

Amélie Oudéa-Castera, directrice marketing et digital du groupe Axa

Une question de confiance

Elle suppose une relation de confiance entre l’utilisateur et le gestionnaire. De ce point de vue, les assureurs ne sont pas forcément plus mal placés que les Gafa : la question de l’exploitation des données personnelles collectées va, en effet, jouer un rôle clé. Les assureurs ont tout intérêt à jouer la carte de la transpa­rence s’ils veulent garder le contrôle des maisons connectées.

Ils y ont tout intérêt : la prévention des sinistres débouchera, là encore, sur une réduction de la masse assurable. Les assureurs ne pourront compenser cette perte de chiffre d’affaires que s’ils se positionnent comme prestataires d’un service global de ­surveillance, de prévention et d’assistance.


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Amélie Oudéa-Castera

Amélie Oudéa-Castera

Directrice marketing et digital du groupe Axa jusqu'en 2017

1999 : Master en sciences politiques et gouvernement de l'institut Sciences Po Paris 2001 : maîtrise en droit de l'université Panthéon Sorbonne (Paris I) 2001 : MBA de ESSEC Business School 2004 : Master 2 [...]

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article extrait de l’argus de l’assurance

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