Quand digital rime avec qualité de vie au travail

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Engagée dans une profonde transformation numérique, La Mutuelle générale a veillé – au travers d’un accord – à ce que les nouvelles technologies n’empiètent pas sur la vie privée de ses salariés.


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C’est l’une des thématiques développées au sein du monde de l’assurance au cours des derniers mois. Que ce soit du côté des employeurs ou des salariés, la qualité de vie au travail (QVT) est dans toutes les têtes, et La Mutuelle générale n’échappe pas à cette tendance.

Le 21?juin dernier, la direction de la mutuelle et trois organisations syndicales représentatives (CGT, FO et CFE-CGC), soit environ 80 % des voix recueillies lors des élections professionnelles, ont signé un accord sur la QVT et l’égalité professionnelle. Avec une particularité : la transformation numérique est au cœur de ce texte. « Notre accord sur la qualité de vie au travail est l’un des premiers du genre à intégrer le digital à ce niveau d’importance. Car nous estimons que si les nouvelles technologies sont au service de la compétitivité de l’entreprise, elles doivent aussi être respectueuses de la vie privée », indique Stéphane Gannac, directeur des ressources humaines de La Mutuelle générale. Depuis deux ans, le numérique est entré de plain-pied au sein des ressources humaines de la mutuelle. Des outils collaboratifs – tels qu’un réseau social d’entreprise – sont apparus. Des plateformes d’e-learning ont été développées, et surtout une partie des salariés a été équipée de smartphones professionnels. « Pour autant, nous veillons à ce que ce développement des Nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) se fasse dans le cadre d’une bonne articulation vie pro/vie perso de nos collaborateurs », explique le DRH de La Mutuelle générale.

julien pelletier, responsable veille, prospective et international à l’agence nationale d’amélioration des conditions de travail (ANACT)
« La QVT, un levier de performance »

  • Pourquoi les entreprises s’emparent-elles du sujet Qualité de vie au travail (QVT) ?
    La première raison est réglementaire. L’accord national interprofessionnel (ANI) du 19?juin 2013 a incité les partenaires sociaux à aborder la question de la qualité de vie au travail lors des négociations annuelles obligatoires (NAO). La loi Rebsamen de 2015 a ensuite renforcé ce texte, puisque depuis le 1er janvier 2016, les entreprises sont obligées de négocier un accord QVT. En outre, se saisir de ce sujet, c’est l’occasion pour les employeurs d’aborder la question des risques psychosociaux (RPS) sous un autre angle, mais aussi de susciter l’engagement de leurs salariés dans un contexte de transformation.
  • C’est-à-dire ?
    Au travers de la digitalisation, le secteur de l’assurance subit d’importantes mutations. Or, le changement est source d’anxiété et de désengagement. Les accords QVT – notamment la mise en place d’espaces de discussion – sont une manière d’impliquer les salariés. Mais cette notion de QVT renvoie également à des enjeux sociétaux. Un exemple : de plus en plus de salariés français forment aujourd’hui des familles monoparentales. Pour répondre aux problématiques vie pro/vie perso de ces collaborateurs, les employeurs ont donc décidé d’intégrer les questions de télétravail ou de crèches d’entreprise dans leurs accords. De cette façon, la QVT peut être perçue comme un levier de performance pour les entreprises.
    Propos recueillis par N. T.

La vie après le travail est un droit

De fait, des mesures concrètes ont été inscrites dans l’accord QVT. Au premier rang desquelles figure le droit à la déconnexion. Entre 20?heures et 8?heures la semaine, ainsi que les week-ends, les ­emails envoyés par, ou aux ­collaborateurs sont désormais automatiquement accompa­gnés d’un bandeau invitant le destinataire à ne pas y répon­dre pendant ce laps de temps, sauf urgence.

Le texte insis­te aussi sur « l’exemplarité des managers » dans l’utilisation des smartphones : il leur est deman­dé d’éviter les communications auprès de leurs équipes les soirs et week-ends. L’accord précise enfin qu’aucune procédure disciplinaire ne pourra être mise en œuvre à l’encontre d’un salarié qui ne répondrait pas à une sollicitation (par email ou télé­phonique) professionnelle, en dehors de ses heures de travail.

« C’est a priori évident, mais c’est mieux que cette recommandation soit inscrite noir sur blanc », souligne Valérie Delhom­me, déléguée syndicale centrale FO de La Mutuelle générale. En outre, afin de sensibiliser les collaborateurs aux risques potentiels d’une surconnexion sur leur santé, des actions d’infor­mations seront désormais réalisées sur l’Intranet de la mutuelle, alors qu’un ­module sur l’articulation vie privée/vie pro sera intégré à la formation des nouveaux managers.

Mais l’accord ne s’arrête pas là. Grâce aux ordinateurs portables, il est désormais possible de travailler à distance. « Or, cette nouvelle organisation du travail peut parfois poser des problèmes mana­gériaux », souffle un syndicaliste. La Mutuelle générale a en tout cas souhaité aborder cette thématique dans son accord QVT. « La direction et les organisations syndicales rappellent que le présentéisme dans l’entreprise ne doit pas être associé à la notion de mérite et d’efficacité », peut-on lire dans le texte.

L’assurance montre l’exemple

Outre les entreprises, les branches du monde de l’assurance se mobilisent autour de la qualité de vie au travail. Fin décembre, la Fédération française de l’assurance (FFA) et quatre organisations syndicales représentatives (CFDT, CFE-CGC, CFTC et l’Unsa) ont signé un accord, non-normatif, relatif à la QVT. « Avec la branche sanitaire, sociale et médico-sociale privée à but non-lucratif, l’assurance est l’une des premières branches en France à s’engager sur cette thématique », constate Fabienne Phocas, chargée de mission à la CFDT Banques et Assurances. Scindé en deux parties, cet accord précise notamment – dans un glossaire –les définitions des notions liées à la QVT (droit à la déconnexion, médiation, risques psychosociaux...). Selon nos informations, la branche des institutions de prévoyance ou de retraite complémentaire (IPRC) pourrait vite lui emboîter le pas, puisqu’au cours du premier trimestre, un accord QVT devrait être signé.

Le télétravail s’invite aux négociations

Dans ce sens, une négociation sur la mise en place du télétravail a été ainsi ouverte au sein de la mutuelle en septembre dernier. « Nous n’étions pas forcément ­favorables à cette mesure, mais comme beaucoup d’autres avancées ont été inscrites dans le texte, nous avons accepté ­finalement de signer », indique ­Valérie ­Delhomme, mettant en avant les horaires des réunions qui ont été limités ou encore le lancement d’un service d’assistance ­social (voir encadré ci-contre).

En fait, une seule organisation syndicale représentative n’a pas souhaité parapher l’accord : la CFDT. Pourquoi ? Parce qu’une des mesures qu’elle soutenait – à savoir la mise en place d’une conciergerie – n’a pas été intégrée. La moitié des 2 000 salariés de La Mutuelle générale travaillant en région, la direction estimait qu’il était compliqué de mettre en place ce service dans chacun de ses 70 sites se situant en province.

Elle semble toutefois avoir revu aujourd’hui sa position. « Nous réfléchissons actuellement à un partenariat avec une conciergerie… digitale ! », conclut le DRH de La Mutuelle générale.

Les 5 mesures phares de l’accord de la Mutuelle Générale

  • Un droit à la déconnexion entre 20 h et 8 h la semaine, et durant l’ensemble du week-end.
  • Une plage horaire pour les réunions limitée à 9 h-18 h.
  • Un service d’assistance sociale accessible à tous les salariés.
  • Des chèques Cesu proposés aux collaborateurs rencontrant des difficultés de garde.
  • Une formation aux risques routiers obligatoire pour les salariés effectuant plus de 20 000 kilomètres par an.



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article extrait de l’argus de l’assurance

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