Harvey, Irma, Maria … : Scor dans le rouge au troisième trimestre

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Le quatrième réassureur mondial enregistre une perte nette de 267 M€ au troisième trimestre, du fait de la sinistralité climatique « exceptionnelle ». Mais il assure que cela n’affectera pas sa solvabilité.

« C’est notre métier de faire face à ce type d’événements. Nous absorbons le choc », relève Denis Kessler, PDG de Scor. Après 6 ans de faible sinistralité catastrophe, la fin de l’année 2017 a été marquée par une série de catastrophes naturelles « exceptionnelle », de par « sa fréquence ». Ouragans Harvey, Irma, Maria, double tremblement de terre au Mexique : « Une séquence de plusieurs événements sur une période aussi courte est assez peu probable », souligne Denis Kessler. Néanmoins, le quatrième réassureur mondial avait « anticipé cette possibilité ». « Ce type d’événement exceptionnel est inclus dans nos projections et dans la manière dont on gère notre capital ».

Pour Scor, la saison cyclonique exceptionnelle sera donc un « earnings event », mais «pas un capital event ». En clair, les résultats financiers du réassureur vont en pâtir, mais ses fonds propres sont suffisants pour l’encaisser. Le réassureur a confirmé les pertes annoncées pour cette série de catastrophes : 430 M€ net d’impôt et de rétrocession (près de 600M€ avant impôts). Par conséquent, il enregistre une perte nette de 267 M€ au troisième trimestre, contre un bénéfice de 163M€ un an plus tôt. Sur les neuf premiers mois de l’année, son résultat net s’affiche à 25 M€, en baisse de plus de 94% sur un an. Sans présager de l’avenir, il y a fort à parier que les résultats de l’année 2017 seront mauvais, ce qui a été sanctionné par une baisse de 2% du cours de Bourse à l’ouverture.

"Diversification" et protection du capital

Scor se félicite néanmoins de ne pas boire la tasse autant que ses concurrents, grâce à la « diversification » de son business model. Plus exposés, le Lloyd’s et Swiss Re ont annoncé, respectivement, des pertes de 3,8 Mds€ et de 3 Mds€ générées par ces événements. Selon l’agence de notation Standard and Poor’s, qui a placé le Lloyd’s sous perspective négative et XL Catlin sous perspective stable, ces deux réassureurs devraient avoir des difficultés à reconstituer de nouveaux fonds propres dans les 3 prochaines années. Ce n’est pas le cas de Scor : « nous sommes profitables et nous n’avons pas mangé notre capital », affirme Denis Kessler. Contrairement aux événements majeurs du World Trade Center en 2011, l’agence maintient toutefois ses notes pour l’ensemble du secteur.

La politique de rétrocession mise en place par Scor – par laquelle le réassureur s’assure lui-même en cédant une partie des risques– lui a permis « d’absorber le choc ». Le réassureur, qui affiche un ratio de solvabilité de 213%, maintient les objectifs de son plan stratégique et sa politique de distribution de dividendes. Son programme de rachat d’actions qui doit s’achever en juillet 2019 est également maintenu. Le capital contingent, c’est-à-dire l’augmentation de capital automatiquement déclenchée à partir d’un certain niveau de sinistralité, ne devrait pas être déclenché, confirme Denis Kessler.

Vers une hausse "significative" des tarifs

Mieux, le réassureur se dit « bien positionné » pour « souscrire comme il le souhaite » dans un « environnement de marché plus favorable ». En effet, la forte sinistralité devrait faire repartir les prix à la hausse, mettant fin au cycle bas observé depuis 6 ans qui pèse sur les marges des réassureurs. Pour Victor Peignet, directeur général de Scor Global P&C, il s’agira d’une « hausse significative » et « non marginale » des prix, bien plus que la fourchette de 0 à 5% estimée par Standard and Poor’s.

«Il faut rétablir les capacités pour pouvoir prendre des risques l’an prochain », justifie Denis Kessler. Et de souligner que « la réassurance mutualise les risques au niveau mondial », l’impact des cat’ nat’ subies aux Etats-Unis et aux Caraïbes se faisant donc ressentir sur « les autres marchés et les autres lignes de business ». Pas sûr que les cédantes européennes l’entendent de cette oreille. « Allez expliquer à un assureur auto italien qu’il va payer sa réassurance plus chère parce qu’il y a eu un ouragan aux Caraïbes… », souligne ironiquement une source de marché. Alors que les rencontres annuelles de Baden Baden se terminent, les négociations en vue des renouvellements de traités au 1er janvier 2018 se poursuivent.

 



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